Bon je viens de lire l'article et en voici mon opinion en quelques remarques (désolé, finalement j'ai fait un peu long... ), qui j'espère aideront à faire avancer le débat...
Critique générale
Je trouve que l'ensemble de l'article dans sa présentation est un tantinet "racoleur" dans le sens où 2 gravures sont attribuables à la bête du Gévaudan et les photos de loup le montre les babines relevées ou un morceau de viande rouge à la bouche. Cela est il dû à l'auteur lui même ou simplement à la rédaction de Histoire
Le préambule commence également par "Les écologistes qui souhaitent réacclimater les loups en France nous l'assurent: ceux ci ne s'attaquent jamais aux hommes." Puis plus tard on peut regretter sur la fin cette phrase (p.69 §2): "La réalité telle que l'observe l'historien vient contredire certains discours écologistes qui tendent à nier farouchement ce type de comportement".
Le condensé de l'article peut faire aussi réagir car comme c'est un condensé on a pas toutes les données. Il faut donc aller chercher l'article et le lire avant de réagir. (donner envie de lire l'article est d'ailleurs un des buts d'un résumé)
Malgré quelques critiques il faut préciser que l'auteur tient à préciser certains points et à relativiser les résultats:
* cette étude est une des études portant sur les rapports conflictuels que fait l'auteur (ouvrage "Le loup et l'homme en France depuis l'An Mil" en prévision en 2006 aux éditions Fayard).
* les loups n'ont pas toujours tort dans les rapports conflictuels avec l'homme.
* il faut séparer la réalité actuelle de celle de l'Ancien Régime (différences de conditions). [p66 §3 et dernier paragraphe de l'article]
* même si les décès ne sont que le sommet de l'iceberg (n'oublions pas dit l'auteur des disparus), il faut relativiser ce nombre d'attaques mortelles au nombre de loups présents en France aux époques considérées (entre 15000-20000 loups) [p69 §6]
Cette étude est donc tout comme étude de recherche critiquable et on peu regretter quelques pics envers les écologistes. La vérité est certainement entre cette étude et le 0 attaque de loups sur des hommes lancer par certains.
Présentation
Passons à une analyse plus précise...
- il s'agit donc d'une étude faite par JM Moriceau (professeur d'histoire moderne et rurale, qui a écrit de nombreux ouvrages sur le monde rural du moyen âge, ancien empire, etc.). Les données sont issues des registres paroissiaux qui constituent un "indicateur relativement fiable du phénomène". La période étudiée est 1580-1840.
- les résultats en chiffres : 1600 actes de décès pouvant être attribués à des attaques de loups. c'est notamment sur ce dernier point que l'article et l'étude est le plus critiquable.
Bon point pour l'auteur, celui ci précise bien que sur les 1600, il y a 435 cas imputables à des loups enragés (car la mort est survenue après les blessures, le fait que l'animal a attaqué au visage, etc.).
Reste donc 1165 cas de loups anthropophages.
Critiques sur les données
Pour moi, comme dans tout travail historique, les principales restrictions reposent sur les données:
Première restriction: les données sont issus des écrits paroissiaux, c'est à dire des écrits faits par des curés qui recevaient le corps afin de l'inhumer et qui recevaient le témoignage des circonstances de la mort des personnes. Ainsi, comment peut être sur que les personnes étaient vraiment mortes des suites d'une attaque de loup. Je pense que dans bien des cas, on peut en être sûr mais pour d'autres, c'est moins certains. Par exemple, p.66 §4, l'auteur cite un écrit d'un curé disant "Les loups ont mangé un enfant de [...] on m'a rapporté que la tête qui était très entière et dont le visage n'était point défiguré". Cas attribuable au loup, puisque, précise l'auteur, si on s'appuie sur les dires de Jacques de Fouilloux, spécialiste de la chasse au XVIème siècle "les loups ne mangent jamais la tête ni la peau des animaux qu'ils prennent". Toute la question en Recherche en Histoire est de savoir la véracité des données. J'espère que dans l'ouvrage de JM Moriceau, il sera précisé un peu plus sur le tri des données.
Deuxième restriction: l'auteur ne fait pas la distinction, dans les écrits paroissiaux, entre "loup" et "bête". Bien qu'il discute [p.67 §4] l'appellation du loup dans les écrits, il considère que "bête" signifie "loup" (voir la citation p.67§2 "bête féroce", "griffe de la bête entrée dans la gorge"). Ce qui est d'autant plus regrettable, c'est que l'auteur incrimine le loup même dans le cas de la Bête du Gévaudan (p.67§7: "[...]la bête qui était un loup ou plusieurs loups [...]"; voir aussi p.69 §4). Pourtant dans ce cas là, la culpabilité du loup n'est franchement pas certaine (je pense que l'on peut aller jusqu'à dire que loup peut être innocenté dans ce cas). D'autres cas de "bête" sont également pris en compte et relié à celle du Gévaudan d'ailleurs (Bête du Gâtinais, du Limousin).
Troisième restriction: l'auteur met à jour un fait intéressant. Si on regarde l'évolution du nombre de décès dans la période étudiée, on remarque qu'on peut distinguer des pics de mortalité due aux loups dans les périodes de guerres ou de conflits. Pendant ces périodes, des cadavres étaient laissés à l'abandon et les loups pouvaient goûter à la chair humaine et ensuite en redemander d'où l'augmentation des attaques.
Une question se soulève: quand un corps est retrouvé à moitié manger, le curé va inscrire sur son registre : "mangé par un loup". Mais ne peut il pas s'agir d'un acte charognard de la part du loup ou même de tout autre animal. Ainsi, les données pendant les périodes de conflit sont elles vraiment fiables.
Résultats particuliers
Passons aux résultats plus précis, "en considérant que les données sont fiables".
Géographiquement (p.68 §2), toutes les régions sont touchées à part quelques unes commes le bassin parisien, couloir rhodanien, Massif Central.
Durant l'année (p.68 §4), tous les mois sont touchés mais la période de la fin du printemps à la fin de l'été semble être la plus touchée par les décès imputables aux loups (en même temps 58% des victimes, c'est pas non plus très significatif, mais n'ayant pas les données précises, je ne peux faire de tests stats). Cela va à l'encontre de ce que l'on croyait (voir la réaction un peu virulent de Louva "Pendant l'été ou le printemps ??????????? Pendant les hivers rudes peut-être que les loups approchaient des villes, mais en été ??????? Foutaises, c******* !!!!!!!!") mais cela peut s'expliquer. L'auteur précise donc que cette période estival correspond à une utilisation plus importante du milieu pendant cette période (gardiennage des troupeau, travail des champs, etc.). Ce qui parait logique. Tout comme les moutons ne sont pas attaqués en hiver car ils sont rentrés, les hommes c'est pareils. Cela est à mettre en relation avec mon précédent hurlement où je parlais des attaques de requins: plus ily a du monde dehors, plus il y a de chances qu'il y ait des attaques...
Cette répartition temporelle des attaques soulève un "problème": cela signifie que selon l'auteur les loups attaquent sans être affamés puisque pendant ces périodes les troupeaux sont sortis et que le gibier abonde.
Identité des victimes (p.68 §8-9-10): les victimes les plus touchées sont les enfants (80% des victimes entre 3 et 15 ans), les filles (surtout quand elles ont plus de 15 ans: 9 victimes /10 de plus de 15 ans sont des femmes. Ceci souligne que ce sont les personnes ne pouvant se défendre qui mourront sous les dents des loups.
Enfin, ce sont surtout les travailleurs ruraux qui sont touchés (gardiens de troupeaux.
Tout ceci correspond en fait, selon l'auteur, à l'organisation ancienne de l'élevage et du travail rural car c'était principalement les enfants qui étaient chargés du gardiennage des troupeaux (p.69 §1).