En fait, la raison de mon doute sur le problème très délicat posé par certains no-go theorem et leurs relations (ansi qu'avec la croissance de l'entropie des systèmes "isolés") est la suivante :
la MQ donne lieu, via ses algèbres d'observables et ses dynamiques hamiltoniennes, à une dynamique d'évolution unitaire, déterministe et réversible des systèmes isolés.
En même temps, les postulats modélisant les résultats et les statistiques de la mesure quantique (processus irréversible, non déterministe et sur lequel, me semble-t-il, beaucoup de travail continue à se faire) sont (parfois) considérés comme faisant, aussi, partie de la MQ à un niveau fondamental. Ce deuxième groupe de postulats concerne (forcément) les systèmes quantiques ouverts.
Or, d'une façon ou d'une autre, la modélisation de la mesure devrait découler des postulats modélisant la dynamique unitaire, déterministe et réversible applicable aux systèmes isolés + des approximations supplémentaires permettant de modéliser plus ou moins finement la fuite d'information issue du choix d'une frontière d'isolement (et d'une modélisation incomplète de l'interaction avec ce qui est situé l'extérieur de cette frontière d'isolement). Sans ces approximations, il n'y aurait :C'est dans ce sens que vont, me semble-t-il, les travaux de R. Balian.
- ni irréversibilité du processus de mesure (le processus de décohérence est unitaire, déterministe et réversible)
- ni résultat de mesure, ni indéterminisme quantique.
La conviction parfois forte (non unanime, mais quand même répandue) selon laquelle on devrait accorder le même statut (d'hypothèses fondatrices) et le même degré de certitude aux postulats modélisant la mesure quantique qu'à ceux modélisant la dynamique quantique unitaire, déterministe et réversible modélisant l'évolution quantique des systèmes (certes) isolés ne me semble donc pas justifiée.
L'attribution d'un statut de loi phénoménologique aux postulats modélisant la mesure quantique (notamment la règle statistique de BORN, jouant un rôle essentiel, implicite ou explicite, dans beaucoup de no go theorem) ne rencontre pas encore l'unanimité, me semble-t-il, mais j'ai l'impresssion que ça change doucement au fil des ans (John Bell étant un des premiers à avoir attiré l'attention sur ce point).
En effet, il manque (en partie) l'équivalent de ce qui a été fait en mécanique classique (partiellement du moins. Je pense que même là il y a encore du travail en cours) : le passage d'une mécanique classique unitaire, déterministe et réversible à l'approximation thermodynamique statistique de cette même mécanique (2) comme par exemple la modélisation de l'évolution irréversible (c'est à dire non unitaire) d'un gaz "isolé" en partant d'un état initial de déséquilibre pour rejoindre son état de (quasi-)équilibre.
Il y a une dizaine d'années, certaines personnes (sur un forum moins sérieux je dois dire) m'ont affirmé avec beaucoup de conviction des choses qui, finalement, après consultation et analyse d'ouvrages de référence, se sont avérées soit fausses soit de nature à induire en erreur (heureusement que je ne me laisse pas convaincre facilement quand j'ai un doute). Donc, maintenant, je me méfie. Je veux comprendre ces travaux et parvenir à vraiment savoir, EN DETAIL, pourquoi tel ou tel phénomène réputé impossible est vraiment impossible, surtout quand j'ai l'impression qu'il y a peut-être un loophole (ou le risque d'une erreur subtile cachée dans une hypothèse implicite) dans telle ou telle démonstration.
Sauf conseil contraire ou complémentaire, ce que j'ai de mieux à faire, me semble-t-il, c'est de potasser aussi soigneusement que possible, les références dont je dispose sur ces différents sujets, en commençant par les bases de l'information classique et celles de l'information quantique, en continuant à potasser les thèses du LKB, les cours de Serge Haroche, les travaux de R.BALIAN sur la mesure quantique, etc, etc.
(1) et pour cause car comment dissocier information, entropie et statistiques (malgré certaines affirmations, trainant de ci de là, refusant de relier trop étroitement entropie de Shannon et entropie de Boltzmann par exemple).
(2) C'est "l'image" classique que nous recevons en sortie du filtre passe bas de l'entropie de Boltzmann que sont nos appareils de mesure macroscopiques.


