Très intéressante discussion...
Mais la question est à mon sens insoluble pour une bonne et simple raison : les discours dont a émergé la notion "d'esprit" (ou de conscience, quel que soit le nom que l'on donne à cette capacité qu'ont certains mammifères, dont l'Homme, d'avoir le sentiment de soi, puisque c'est essentiellement de cela qu'il s'agit) sont inattaquables car ils sont parfaitement incommensurables avec les savoirs qu'ils prétendent fonder. Cela a permis (et permet toujours) le grand succès de certaines religions, et cela a aussi été le grand génie de Descartes de détourner cette ambition de la religion vers la philosophie : le cogito , qui se constitue en origine cognitive absolue de toute connaissance, est globalement inattaquable (du moins sous un angle purement énonciatif) puisque toute étude le concernant serait nécessairement réalisé par lui-même sur lui-même.
Sortir de cette aporie n'est pas si facile. Le cogito a des points faibles, qui ont été largement étudiés, comme d'ailleurs et bien évidemment l'ensemble des "vérités révélées". Mais la science, et en particulier la biologie de l'évolution, nous apprend aussi que l'Homme n'est que le résultat provisoire d'une longue et complexe évolution. Que ses lointains ancêtres n'avaient très probablement pas accès à la conscience, et qu'elle n'est donc elle aussi que le résultat d'une histoire phylogénétique pas plus précise, ni de meilleure qualité, ni plus orientée que toutes les autres histoires évolutives de tous les autres êtres vivants qui partagent avec nous notre présent. La conscience est donc une propriété fonctionnelle, déterminable comme n'importe quelle autre propriété fonctionnelle.
Ceux qui crient au réductionnisme comme on crie au loup sont trop souvent des partisans d'un dualisme ontologique mâtiné de gnoséocentrisme pas toujours très engageant : il suffit de regarder autour de nous pour voir non seulement l'échec de cette terrible prétention typiquement humaine (puisqu'elle sépare définitivement l'Homme des autres vivants : l'Homme seul est inatteignable), mais aussi les dégâts dont elle est en grande partie responsable.
Je suis tout de même heureux de voir, dans ces longs développements, que beaucoup d'entre vous savent tout de même raison garder, y compris parmi les plus jeunes ce qui prouve, si besoin était, que la sagesse n'attend pas le nombre des années.
Bien cordialement, Guillaume.



