Bonjour,
Effectivement, c'est une question très intéressante et pas simple du tout.
Il y a énormément de paramètres à prendre en compte.
D'abord, un peu de faits (divers

), les interpretations et hypothèses ensuite.
Il existe des Lentivirus HIV-related chez d'autres espèces que celles des Primates que l'on assemble sous le nom de SIV (Simian Immunodeficiency Viruses). Il y en a un sacré paquet en fait, isolés à partir de quelques espèces de singes africains. Puisqu'il existe des HIV-related chez les Bovins, chez les Félins, chez les Equidés, on dit que SIV et HIV sont des Lentivirus de Primates. Comme avec le HIV, l'infection d'un hôte approprié avec un SIV a les mêmes conséquences (diminution du nombre des T CD4+, inversion du ration
CD4/CD8, infections opportunistes, etc.).
Après séquençage d'un tas de séquences d'isolats, 5 groupes distincts de Lentivirus primates sont définis, dont les deux qui nous intéressent (les 3 autres ne contiennent que des SIV) :
HIV-1/SIVcpz et HIV-2/SIVsmm ("cpz" pour "chimpanzé" et "smm" pour "sooty mangabey monkeys", genre
Cercocebus).
Les isolats viraux individuels de chacun de ces 5 groupes partagent une identité d'aa de la RT d'environ 55–60% (comparaison avec les membres de chacun des autres 5 groupes). Génétiquement, chacun de ces 5 groupes est appproximativement équidistant des autres. Tous les Lentivirus primates sont beaucoup plus proches les uns des autres comparé aux Lentivirus non primates connus. Cela impliquerait que les HIV et les SIV sont un groupe distinct chez les Primates et qu'ils n'ont pas dérivé récemment des Lentivirus non primates par transmission interspécifique.
Quoi qu'il en soit, l'histoire du HIV-1 est nettement moins claire que celle du HIV-2 (et la plupart des SIV...). Il y aurait deux possibilités.
La première est que le virus a toujours été présent au sein de la population humaine, sous une forme ou une autre, mais est toujours passé inaperçu en raison d'une prévalence trop faible et/ou parce qu'il est resté "confiné" au sein de populations isolées. Selon cette hypothèse, l'urbanisation des populations dans les pays en voie de développement et les possibilités de voyager auraient été responsables de l'introduction du virus dans les pays développés. Ainsi, le virus se serait ensuite répandu par les biais que nous connaissons (utilisation de seringues communes, contactes sexuels nombreux et non protégés).
La deuxième idée est que le HIV-1 serait entré au sein de l'espèce humaine relativement récemment, à partir d'une autre espèce. La prévalence augmentée et la mortalité élevée seraient alors les conséquences d'une infection du nouvel hôte auquel le virus n'est pas pleinement adapté.
L'hypothèse la plus probable serait en fait un mélange de ces deux idées. Le virus serait entré dans l'espèce humaine à partir d'un réservoir animal (par exemple, lors de contacte avec des singes chassés), mais a été jusqu'il y a peu incapable de se répandre de ces foci d'infection.
Laquelle des théories est la bonne, on ne sait pas. Ce qui est très intéressant c'est que quelques chimpanzés en captivité sont infectés avec le SIVcpz (il est dans le même groupe que le HIV-1...); c'est une publi de 1990, je crois. Pourtant, les chimpanzés dans la nature sont difficiles à étudier et de plus, la plupart de ceux étudiés jusqu'à présent ne sont pas infectés par le SIVcpz. Donc, la question serait si les isolats de SIVcpz obtenus à partir de ces quelques chimpanzés en captivité représentent un agent infectieux naturel pour les chimpanzés...
Il y a encore tant de choses à découvrir, amis et voisins, alors ne nous en privons pas
Sur ce, je vais quand même dormir... Cours de viro demain matin
Cordialement,