Citation Envoyé par Pio2001
L'interprétation de Copenhague consiste à dire qu'il existe deux sortes d'objets. Les objets quantiques, qui obéissent aux lois quantiques, et les objets classiques, qui n'obéissent pas aux lois quantiques. Les observateurs (humains, appareils de mesure...) appartiennent à la seconde catégorie.

Dans l'expérience du chat, on considère le chat comme un objet quantique. On le décrit alors à la fois mort et vivant, jursqu'à ce qu'un objet classique (opérateur, robot avec caméra...) en fasse l'observation.

Le paradoxe, c'est que la frontière entre le quantique et le classique peut être placée à un niveau arbitraire. Entre l'atome et le mécanisme qui déclenche le poison, entre le poison et le chat, entre le chat et l'observateur, entre l'observateur et son patron, etc.
En fait, ce n'est pas un paradoxe, mais

1/ une incomplétude de la théorie : on ne précise pas le phénomène (et le critère associé) qui fait qu'un objet se comporte de façon classique ou quantique.

2/ une incohérence avec l'unitarité, le déterminisme et la réversibilité de la dynamique quantique. En effet, la réduction du paquet d'onde provoquée par d'éventuels objets classiques viole la dynamique quantique.

3/ une incompatibilité avec le principe de relativité du mouvement au moins au niveau interprétatif. En effet, admettre l'existence d'objets objectivement classiques correspond à l'hypothèse d'existence de la coupure de Heinsenberg de la chaîne infinie de Von Neumann (provoquant un phénomène objectif de réduction du paquet d'onde en conflit avec la localité relativiste).

Il faut toutefois noter que l'hypothèse d'une réduction objective du paquet d'onde n'exige nullement qu'un observateur humain joue un rôle spécifique dans l'obtention du résultat de mesure. Ce n'est ni l'ouverture de la porte, ni l'observation du chat par l'observateur qui provoque la réduction du paquet d'onde, mais un phénomène inconnu censé provoquer une sorte de brisure de symétrie (si ce phénomène est objectif) achevant le mécanisme encore incompris de la mesure quantique.

Dans l'hypothèse d'absence de réduction du paquet d'onde (pas d'objets classiques), l'observateur (pas sa conscience) joue un rôle dans l'obtention du résultat de mesure. En effet le phénomène de décohérence provoque une perte d'accès à l'information. L'observateur est mis dans un état quantique superposé par l'observation d'un système dans un état quantique superposé (vis à vis de la grandeur physique qu'il observe). Cela rend une partie de l'information inaccessible aux différentes composantes de l'état quantique de cet observateur.

Le phénomène de décohérence, étendu à l'environnement (observateur inclus), permet ainsi de rendre compte à la fois de l'irréversibilité, de l'indéterminisme et de la violation d'unitarité en terme de perte d'information accessible à l'observateur (comme pour l'explication thermodynamique de l'émergence d'une irréversibilité à l'échelle macroscopique en mécanique classique alors qu'au niveau fondamental les évolutions microphysiques classiques sont réversibles).

Ce résultat est obtenu sans conflit avec l'unitarité, le déterminisme et la réversibilité de la dynamique quantique, sans conflit, semble-t-il, avec le principe de relativité du mouvement et sans rajout de phénomène inconnu encore à découvrir.

Toutefois, si en définitive l'interprétation d'Everett s'avérait correcte (ou à peu près correcte), elle nous laisserait avec sur les bras une difficulté considérable pour réconcilier notre vision actuelle du monde avec la façon profondément choquante dont l'interprétation d'Everett nous amène à considérer l'information accessible à l'observateur (y compris, et c'est le pire, celle nous donnant le sentiment d'avoir une identité unique et bien définie à tout instant). BC