La suite ....


Avec cela, le dossier d'inscription définitive au(x) concours.
Il faut en effet choisir de s'inscrire pour les ENITA, les ENSA ou pour « véto », ou bien à plusieurs concours, comme le font presque tous les candidats, et envoyer le chèque du montant correspondant (désolée, impossible de retrouver de combien, je me rappelle juste que c'est environ moitié prix pour les boursiers ; je dirais autour de 40€ par concours tarif normal).
Le concours commence à devenir moins lointain, et on lorgne sur les voisins, pour savoir si ils sont inscrits au même concours, si ils vont nous faire de la concurrence…
Décidément, vive la prépa !


Février, après ces vacances que vous aurez mises à profit pour de nouvelles révisions d'un maximum de choses, réorganisation de l'emploi du temps ; les matières qui ne seront présentées qu'aux oraux sont mises de côté (langues vivantes, entretien avec jury), dans les cours comme dans les khôlles ; on renforce par contre les heures destinées aux épreuves écrites.


Le deuxième concours blanc (qui ne se fait apparemment pas dans tous les lycées), avec son nouveau verdict chiffré et sa liste de noms rangés par ordre de mérite, ne fait qu'augmenter la tension bien perceptible qui règne alors dans la classe.
Le concours n'est plus loin ; certains vont jusqu'à arrêter tout sport de peur de se casser un poignet : dans un mois, il va falloir écrire, et vite, car le temps manque souvent dans les épreuves...


« Vacances » de Pâques : tous les étudiants de « post » ne décollent pas de leurs livres et cours, si ce n'est pour désespérer, aller pleurer un coup, « péter un plomb »… avant de s'y remettre.
Le concours est dans 3 semaines… plus que 2 maintenant…


Retour en classe ; les professeurs semblent tendus aussi… les élèves de prépas sont un peu leur fierté, ils veulent de bons résultats, mieux que leurs collègues des autres établissements.
Il faut donc qu'ils rassurent, mais qu'ils secouent en même temps, qu'il motivent et fassent en sorte que chacun donne le meilleur de soi-même, soit au maximum de ses capacités le jour J…
Grande intensité ; on boucle les programmes, parfois facilement, en s'accordant quelques révisions collectives ; beaucoup plus à la va-vite dans d'autres matières…
Il faut écouter, et ingurgiter de nouvelles choses, mais en même temps réviser ce qui est un peu plus vieux, ne rien oublier…


Et voici le jour J !
Chacun a reçu sa convocation quelques semaines avant, l'invitant à se présenter une demi-heure avant le début de la première épreuve.
Trois-quarts d'heure avant le coup d'envoi, presque tous les candidats sont là, et découvrent leur numéro d'anonymat affiché sur la porte.

Seuls les candidats libres (souvent ceux qui ont raté leur concours après une année de post) sont étrangers aux lieux, puisque les 11 établissements sont centre d'examen pour les écrit du concours C.
C'est appréciable : on évite les recherches de logement et le stress des transports !

L'atmosphère est lourde ; certains parlent fébrilement entre eux, essayant de se rassurer mutuellement, ou stressant au contraire tous ceux qui s'approchent d'eux ; d'autres avalent café sur café ; d'autres encore, un peu blêmes, font les cents pas dans leur coin ; plus rares, les sûrs d'eux-mêmes, un rien de suffisance dans le regard, restent plus calmes…

Enfin (ou trop tôt ? les impressions sont mélangées), c'est le moment de l'appel.
Par ordre alphabétique, chacun s'installe dans la salle, avec le classique bout de papier collé sur la table (nom, prénoms, date de naissance, numéro d'anonymat).
Et c'est parti pour les épreuves écrites : la biologie, en premier, puis la physique et la chimie, le français, et enfin les maths.


Les humeurs sont variables, à la fin, mais tout le monde est content de pouvoir bénéficier d'une semaine de repos.


Rendez-vous 8 jours plus tard, pour entamer les révisions pour les oraux, et tant pis pour ceux qui ne seront pas admissibles et auront révisé pour rien !

Encore un dur moment pour les profs, qui doivent faire face à toutes ces incertitudes ; continuer à motiver ceux qui disent avoir raté leurs écrits, parce que « il est toujours difficile d'évaluer son travail, surtout dans des matières comme le français », et puis que « on a des surprises chaque année »…

Le planning des révisions se fait donc en fonction de ce que chacun présentera à l'oral.
Il faudra en effet passer :
> au moins une langue vivante (anglais, allemand, espagnol) et souvent une deuxième
> l'entretien avec le jury, qui est un peu différent pour les ENSA que pour les deux autres catégories
> une épreuve « scientifique » : au choix, mathématiques, physique ou chimie
> une épreuve « technique » ; là le choix est large et se fait en fonction du BTS ou DUT passé, et s'appuie sur les connaissances acquises dans ce dernier
> une épreuve de biologie

Des révisions sous forme de TP, surtout en bio, des exercices en commun avec rappel du cours et puis beaucoup de khôlles, voilà le programme pour les quelques semaines suivantes.


Les résultats de l'admissibilité, c'est-à-dire les noms des heureux candidats retenus pour passer la deuxième partie (les oraux) seront connus courant juin, avec classiquement, les ENITA en premier, et les véto souvent en dernier.

Les admissibles recevront une nouvelle convocation, à Bordeaux ou à Paris selon les écoles et épreuves. Il leur faudra donc s'organiser rapidement, pour le voyage, l'hébergement.
Les oraux se déroulent en effet entre fin juin et début juillet, ce qui laisse peu de temps après les résultats d'admissibilité.


Les résultats définitifs, avec le classement dans les 3 groupes, seront connus en juillet.




MON EXPERIENCE :
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Impossible de me rappeler ni comment ni quand j'ai eu connaissance de cette prépa ; toujours est-il que la FIF (ingénieurs forestiers) me tentait vraiment…

Hiver 2002, j'écris à toutes les écoles pour obtenir leurs plaquettes, leurs statistiques…

Typiquement moi-même, me voici en train de faire un tableau avec leurs avantages, leurs inconvénients (internat avec possibilité de rester le week-end, pas d'allemand en LV2…), et surtout, leurs pourcentages de réussite.
Je voulais avant tout la FIF, à défaut les autres ENSA, pas franchement les ENITA, et je n'avais non seulement aucune envie d'être vétérinaire, mais je n'étais pas non plus autorisée à m'inscrire à ce concours avec mon BTSA gestion forestière.
Mon choix se fit donc en fonction des pourcentages d'étudiants admis en ENSA, et des possibilités de logements en internat.
Le N°1 fut ainsi Toulouse (ensuite Besançon, Rennes et Dijon, mais je ne saurais dire dans quel ordre).

Avril 2003, demande de dossier d'inscription au LEGTA de Toulouse, donc, et remplissage, par moi, par le prof principal, et par la directrice.
Envoi du dossier (vert, mais peut-être change-t-il de couleur selon les années ?) début mai.

Mi-juin, dernières épreuves du BTSA ; ça se passe pas trop mal.

Fin juin, résultats sur minitel (hé oui, l'agriculture n'est pas encore passée à internet ! lol) ; je l'ai !

Début juillet, je reçois une lettre de la commission pour les classes préparatoires au concours C…
Les mains un peu tremblantes, je vais ouvrir l'enveloppe… et si personne ne voulait pas de moi ?
Soulagement, satisfaction : c'est OK pour Toulouse !

Quelques jours plus tard, lettre d'acceptation en licence professionnelle… J'hésite peu, car il faut tenter cette prépa ; la licence pro, je pourrai toujours la faire l'année d'après… Je vais donc renvoyer mon coupon d'inscription.
Quelques jours plus tard encore, ce sont les notes du BTS… mention Bien !

C'est la satisfaction totale ; mes cousins ont obtenu respectivement leur Brevet et leur Bac ; toute la famille se réjouit…


2 semaines plus tard, hoquet de surprise en découvrant la liste des révisions, et les 8 livres à acheter pour le français…
Bienvenue en prépa !


Pourtant il fait beau, très chaud même (été 2003, la canicule) ; j'ai un copain, des collègues de BTS à aller voir chez eux, des clients pour des cours de maths…
Je révise rapidement les maths, un peu la bio, je survole la physique, j'ouvre seulement quelques pages de chimie, je ne lis qu'un livre et demi parmi les 7 sur lesquels nous devions faire des fiches de lectures…
Ca promet !!


2 septembre 2004, installation à l'internat.
C'est un bâtiment de 3 étages, tout en bas de l'immense « complexe agricole » d'Auzeville. Il est réservé aux prépas ; nous ne sommes que 9 de ma classe, les autres sont des prépas classiques, des BCPST (dits prépas « bio ») de première et deuxième année.
Au sous-sol, la cuisine, c'est-à-dire un four, un micro-onde, deux plaques électriques, un évier, pour ceux qui restent le week-end.
A côté, la salle télé, pas mal de chaises et deux grands tables ; on nous prévient que c'est surtout pour manger, que la télé ne sert que rarement le soir, et un peu le week-end, surtout pour le matches de rugby d'ailleurs… Toulouse oblige !
Il y a aussi 2 machines à laver et une grande salle avec un mur ajouré, pour servir de séchoir. Tant mieux, on pourra laver son linge sur place !

Je suis pourtant stressée, j'ai mauvaise conscience pour ces lectures non faites, peur aussi que les autres soient bien plus doués que moi…
Rendez-vous compte : la fille qui arrive dans ma chambre, en fin de journéee, a deux BTS différents !
Première nuit, le lit est agréable, mais de toute façon je dors toujours bien ; je suis timide, on n'a pas trop discuté…

Le lendemain matin, toute ma nouvelle classe se masse dans un couloir, pour l'inscription définitive, la remise des carnets de khôlles, les signatures…
Certains se connaissent déjà ; moi je parle un peu à une fille près de moi, puis à deux garçons qui ont l'air d'avoir fait le même BTS que moi. On veut évidemment tous les 3 la FIF, et il n'y a que 3 places pour toute la France.
L'un des deux me fait la réflexion « mais la concurrence, ça s'élimine ! »…
Bienvenue en prépa !


Voilà mes premières heures en « post » ; le reste s'est passé comme je vous l'ai expliqué plus haut, avec la mise en route rapide, et les conseils multiples des professeurs.
Sur les cours que l'on devrait réviser chaque soir après les avoir vu en classe, le travail qu'il ne faudra pas laisser s'accumuler, les loisirs qu'il va falloir réduire, et puis notre ultime objectif, qu'il ne faudra pas perdre des yeux et pour lequel il faudra une motivation sans faille : le concours !
Etre les meilleurs, faire mieux que les autres prépas (parce que les profs doivent encourager une classe entière, donc on aurait qu'à dire que les méchants, ce sont ceux des autres établissements…), grignoter ces places à coup de demi points de plus…
Bienvenue en prépa !


L'année est passée, loin d'être rose ; je me suis découragée après la rentrée de Toussaint ; je n'ai plus du tout réussi à travailler à partir de février…
Je ne me sentais pas à ma place, au milieu de ces êtres qui ne pensaient qu'à s'améliorer pour un concours, à accroître leurs connaissances…


Beaucoup de pleurs, de fatigue… des fous rires aussi, parce que les baisses de moral facilitent les changements d'humeur rapides, et puis parce que j'ai eu la chance extraordinaire de me retrouver voisine de 2 filles avec qui je me suis très bien entendue, alors merci à elles… Merci Carine, merci Mélanie, pour tout ce qu'on a partagé, et cette solidarité dans les moments de déprime !
Le reste de la classe ne me convenait pas du tout ; ces gens ne me plaisaient pas, avec leur envie d'être les meilleurs ; je ne leur ai pour beaucoup quasiment pas adressé la parole de l'année, en dehors d'un éventuel bonjour matinal.

A noël, avec Carine et Mélanie, j'ai remporté le concours de la chambre décorée organisé dans l'internat, et le jury a créé spécialement pour nous le prix de l'artisanat…
Nous nous étions dit qu'au moins, nous aurions un concours… sans savoir combien nous avions raison, car aucune de nous trois n'a réussi ce qu'elle souhaitait !!


En janvier, je remplis tout de même le dossier bleu d'inscription au concours, ENSA seulement après réflexion, car je n'ai pas envie de passer 3 ans dans une école où les cours ne me plairaient pas vraiment, juste pour le prestige de finir ingénieur…
Je fais tout de même fait deux erreurs dans mon remplissage des deux pages, dont la première... me tromper de prénom !!! Un signe prémonitoire ?


Ainsi, le 10 mai 2004, après 2 jours de concours écrit remarquablement lamentable, particulièrement en physique et chimie (je me souviens avoir fini la première de la salle, inventé de toute pièce des noms de molécules, redéfini les formules de la dynamique…), c'est pour moi la fin de cette année ratée.

Nous avons droit à une semaine de repos ; j'en profite pour commencer ma formation d'Accrobranche.


La semaine suivante, retour en cours pour les révisions en vue des oraux.
Des griffures d'écorce plein les bras, la tête encore au milieu des branches, je me sens plus que jamais étrangère à tout ce remue-ménage…
Je sais que j'ai raté mon année, que je ne serai pas admissible.
J'avoue mon départ à la prof de bio, le dernier jour de ma présence, lorsqu'elle veut que l'on s'inscrive dans les plannings de passage en khôlles intensifs ; elle me dit que c'est bien dommage…
J'évite de croiser le prof de maths dans les couloirs, pour qu'il cesse de me répéter qu'il y a encore de l'espoir, qu'il faut s'accrocher.
Je ne dis rien aux autres non plus ; seules Carine et Mélanie sont au courant.
Je déménage ma chambre d'internat, le cœur à la fois léger, car je suis en vacances, pour de bon, et en même temps honteux de l'échec, de ma lâcheté…
Adieu la prépa !


Entre début et mi-juin, les résultats paraissent sur internet.
Au concours ENSA, environ 300 candidats se sont présentés ; seuls 66 sont admissibles, le dernier est un gars de la classe ; je suis 71ème…

Surprise, et puis mélange de culpabilité (j'aurais pu alors, en forçant un peu…) et surtout de soulagement, parce que je ne suis pas passée loin de la convocation pour les oraux (où je ne comptais pas aller, surtout sans révisions), et puis si j'avais été admissible, Jérémy, le 66ème, ne l'aurait pas été…
Ma mère est mi-furieuse mi-fière de ce que j'ai réussi à faire ; je hausse les épaules : ce n'était pas fait pour moi, toutes ces matières générales après deux années de BTS que j'avais tant appréciées…


Je sais que je suis incapable de me forcer, quand je n'ai pas envie de faire quelque chose, et pourtant, au fond de moi, une petite voix me dit « et si… si tu avais fait un effort… Pierre a réussi à y rentrer, à la FIF… peut-être que toi…».
Je ne saurai jamais ; adieu la prépa !


Encore mercià elle