Bonjour Cécile,
Citation:
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Envoyé par Cécile Salut,
J'avais entendu parler d'une expérience psychologique très intéressante sur les enfants, pour savoir à partir de quel âge ils pouvaient "se mettre à la place de l'autre", ce qui me semble indispensable pour parler d'empathie. Il s'agissait d'une pièce de marionnettes, dans laquelle deux personnages étaient sur scène, et l'un (A) mettait un objet dans un boîte. Lorsque le personnage A sort, le personnage B prend l'objet de la boîte et le met dans un panier, sans que A le voie. On demande ensuite aux enfants où le personnage A va chercher l'objet. Avant 3 ou 4 ans (si mes souvenirs sont bons), ils disent "dans le panier, car ils sont incapables de se mettre à la place de A qui n'a pas vu l'objet bouger. Les plus grands disent "dans la boîte", car ils savent que c'est là que A a vu l'objet en dernier. |
et merci! ça ressemble tout à fait à ce que je cherchait!
Donc si je résume, on parlerait d'empathie quand il y a 1- partage de l'émotion; et 2- capacité de se mettre à la place de quelqu'un. Le premier point n'est pas discriminant car il y peut y avoir des phénomènes de contagion (transmission automatique d'un état émotif du style bébé qui pleure quand il en entend d'autres pleurer). Du coup le test crucial est une expérience du style de celle que rapporte Cécile. (avis aux psychologues de passage, hésitez pas à me corriger si je dis des bétises!!)
Hé bien je pas très convaincu si c'est effectivement ça l'argumentaire, à cause de biais dans l'expérience que nous rapporte Cécile:
Premièrement, cette expérience se base sur un rapport oral -et c'est donc difficile de séparer entre un stade sans empathie et un stade où les capacités langagières sont pas encore très développées. Ainsi, il faut non seulement que l'enfant soit capable de se mettre à la place de l'autre, mais aussi (et surtout) qu'il comprenne correctement l'instruction que lui donne l'expérimentateur. Je serais plus convaincu par des mesures d'observation, comme le temps de sucement de tétines*. Donc en reprenant l'expérience décrite par Cécile, il faudrait simplement regarder si les petits sont surpris d'avantage quand le personnage B cherche dans la boite vs. le panier. L'avantage serait que les petits n'ont pas à comprendre l'instruction, mais seulement la situation.
Deuxièmement, il me semble qu'il y a aussi un problème de motivation. Ces expériences sont peut-être très belles pour nous d'un point de vue logique, mais je suis pas sur que les enfants sont particulièrement intéressés à prédire dans quel chapeau l'autre va aller regarder. Au contraire l'empathie met en jeu des émotions, ce qui est très probablement plus intéressant qu'une tâche cognitive. J'imagine donc très bien que les enfants puissent faire preuve d'empathie (comprendre comment les autres se sentent émotivement) bien avant de s'intéresser aux réflexions que les autres peuvent se faire. A ce sujet (la motivation), je voudrais vous raconter une petite histoire:
Il y a quelques années, il était admis que le rat nouveau né était incapable de coordonner ses mouvements pour la marche avant l'age de 14 jours. Puis des petits malins (labo de François Clarac à Marseille je crois) se sont amusés à présenter l'odeur de la mère dans un coton, et à reculer le coton sous le nez du raton. Miracle! Le raton marche à 7 jours!

En fait si on soutient le poids du raton, il est même capable de marcher à deux jours... bref tout ça pour dire que si le raton ne marchait pas, c'était parcequ'il en voyait pas l'intérêt, pas parcequ'il en était pas capable! Est-ce que le même piège ne pourrait pas s'appliquer à l'expérience décrite par Cécile?
Je critique mais je vois pas trop comment faire pour expérimenter sans ce dernier biais. Si quelqu'un a des idées, je suis preneur!
Merci en tout cas pour vos contributions intéressantes

, je reviendrais voir si il y a en des nouvelles régulièrement.
Gamma
* [quand un bébé observe quelquechose, il tend à arrêter de sucer sa tétine pendant quelques instants. Ce temps varie en fonction de la nouveauté de l'objet, et plus généralement en fonction de l'intérêt du bébé. Du coup c'est une mesure utilisée pour obtenir une "réponse" des bébés bien avant qu'ils soient en mesure de parler]