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Envoyé par Jiav Je n'ai pas compris tous tes commentaires (en particulier "l'instinctivo-moteur"), mais ce que je voulais dire c'est:
Entre deux paraplégiques dont un qui accepte le fait que la situation est permanente, et un qui reste dans l'espoir que les avancées de la recherche vont le ramener à la "normalité", le premier va probablement mieux s'adapter à sa situation.
Est-il alors éthique d'encourager l'espoir des blessés médullaires en décrivant les perspectives en provenance de la recherche? L'article que j'ai écris aurait pu l'être il y a dix ans quasiment dans les mêmes mots: la recherche a beaucoup avancée, mais ça ne s'est pas encore traduit par des avancées concrètes...
Tes premières réponses m'inclinent à penser que tu as fait ce que j'appelle "ton deuil" depuis longtemps: combien de temps est-ce que ça a pris si ce n'est pas indiscret? Qu'est-ce qui t'a permis d'y arriver? |
Bonjour Jiav.
Pardon pour mon retard, j’avais perdu le fil faute de m’être abonné à cette discussion – je viens de le faire.
*
« Faire le deuil » a été progressif et difficile.
Je ne suis pas sûr de l’avoir réalisé entièrement.
Faire le deuil, comme tout acte psychique, est personnel donc vivant.
Je n’ai pas de « recette ».
J’ai eu la chance d’avoir une bonne éducation intellectuelle et religieuse.
Et à 16 ans je pratiquais la plupart des sports (ceci pour « mes jambes » dont j’étais assez fier, sauf les mollets)
Ma
première grande difficulté a été, une dizaine de mois après l’accident, ma première sortie dans la rue, poussé de force en fauteuil roulant – à l’époque c’était un fauteuil Voltaire sur trois roues .
Cette difficulté est significative du monde d’illusion dans lequel je vivais (je le dis aux jeunes actuels – mais c’est « crier dans le désert »)
Elle était liée, cette difficulté,
1. à la certitude que j’allais « guérir » bientôt, qu’automatiquement la guérison suit la maladie ...
2. à des considérations stériles et futiles sur moi-même, l’environnement et les circonstances.
Le grand tournant de ma vie a été une idée « folle », quand j’ai décidé à ma sortie du centre de rééducation de Garches (je ne peux pas dire pourquoi) de vivre seul à Paris.
Je circulais en 2 CV. J’étais dans le milieu handicapé « celui qui monte son fauteuil dans sa voiture », chose courante aujourd’hui.
Je suis allé pendant deux ans à la faculté de droit place du Panthéon : mes relations les plus naturelles étaient les clochards abonnés à la bouche d’air chaud de la faculté.
...
Mariage. Vie professionnelle. Retraite.
Où en suis-je ?
C’est une question à moi-même.
J’ai parfois l’impression d’une nouvelle vie (alors que la retraite, ce n’est pas si évident qu’il paraît)
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Instinctif-moteur
Nous entrons dans le domaine de la connaissance de soi.
La paraplégie traumatique, ce n’est pas uniquement un problème de motricité proprement dite.
Elle touche aux sensations.
Elle touche l’appareil digestif dans sa double fonction d’assimilation et d’élimination.
Elle touche les reins et la vessie (que j’ai de la peine à situer dans un « système »)
Elle touche le sexe
Elle touche la respiration
...
Elle touche l’appareil circulatoire
(un détail anecdotique qui illustre la différence entre instinctif et moteur
quand je me suis éveillé de mon coma, on s’est évertué à m’expliquer ce qui m’était arrivé.
« remue ta jambe » etc. ...
quand j’ai constaté la paralysie de mes jambes, j’y ai associé l’idée que j’allais mourir, puisque mon coeur, comme mes jambes, ne pourrait pas fonctionner.
C’est alors que j’ai senti battre une horloge dans ma poitrine – merci à elle pour tant d’années de bons et loyaux services.
Depuis je peux sentir mon coeur battre à volonté)
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« Entre deux paraplégiques dont un qui accepte le fait que la situation est permanente, et un qui reste dans l'espoir que les avancées de la recherche vont le ramener à la "normalité", le premier va probablement mieux s'adapter à sa situation. »
L’alternative réelle n’est pas celle-ci.
D’abord dans la vie et l’Univers, rien n’est permanent.
Si on laisse aller – solution de facilité - la situation ne peut que s’aggraver.
Croire aux avancées de la Science est une solution de facilité.
Reste l’autre solution, la « voie étroite et difficile» que chacun doit découvrir, mystérieuse.
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« Est-il alors éthique d'encourager l'espoir des blessés médullaires en décrivant les perspectives en provenance de la recherche? L'article que j'ai écris aurait pu l'être il y a dix ans quasiment dans les mêmes mots: la recherche a beaucoup avancée, mais ça ne s'est pas encore traduit par des avancées concrètes... »
La recherche est utile.
Mais l’art de s’en servir n’est pas là.
Les handicapés risquent de devenir des enfants gâtés, comme les jeunes de la Sorbonne aujourd’hui.
Est-il trop tard ? ...
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Terminons par le haut :
moijdikssékool ,
qu’est-ce pour toi que l’éternité ?
Et si l'humanité dans son ensemble était plus ou moins un monde d'handicapés à des titres divers?
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