Bonjour,
Voici la traduction d'un article intéressant publié dans un journal allemand (
http://www.sueddeutsche.de/gesundhei...el/691/136422/) à propos du vaccin contre le cancer du col de l'utérus:
Prévention prématurée
Il y a quelques mois, le vaccin pour la prévention des cancers du col de l’utérus a reçu son agrément. Aujourd’hui, les critiques sont sévères
Article de Christina Berndt
L’euphorie était grande, au début. Un rêve semblait être en train de se réaliser, lorsque l’année dernière, le vaccin Gradasil contre le papilloma virus fut mis sur le marché.
Pour la première fois, on pensait disposer d’un „vaccin contre le cancer“, contre les verrues responsables du cancer du col de l’utérus.
Des caisses d’assurances maladies et mutuelles se sont hâtées d’annoncer dans leurs campagnes publicitaires qu’elles prennent en charge le coût du vaccin onéreux. Même la commission permanente de vaccination de l’institut Robert-Koch s’empressa de l’inclure dans son calendrier de vaccinations dès mars 2007 et imposa à toutes les caisses maladies de prendre en charge les coûts : 465 euro par vaccin.
Gardasil est l’un des vaccins les plus chers, mais le produit concurrent, Cervarix, qui sera prochainement disponible, ne coûtera pas beaucoup moins.
Aujourd’hui, six mois après l’introduction sur le marché, la commission permanente et les autorités de santé font l’objet des plus vives critiques : « L’agrément du vaccin repose sur une base de connaissances bien maigre, » écrit Wolfgang Becker-Brüser dans Gute Pillen - Schlechte Pillen, magazine qui renseigne les consommateurs sur les médicaments, en toute indépendance de l’industrie pharmaceutique.
"Lorsque le Gardasil est arrivé sur le marché, les deux études sur l’efficacité n’avaient même pas été terminées. » L’autorisation repose sur des données provisoires et d’études antérieures effectuées en partie avec un prototype du Gardasil.
Les promesses faites autour du vaccin „au coût exorbitant“ ne tiennent pas la route. Certains craignent même que des jeunes filles sont exposées à un danger indirect en se faisant vacciner.
Le papilloma virus (HPV) se présente sous plus de 100 variétés différentes. 16 d’entre elles sont apparemment impliquées dans les cancers du col de l’utérus. La Commission permanente de vaccination a donc décidé de faire vacciner systématiquement toutes les filles entre 12 et 17 ans. Par année de naissance, cela coûte un demi-milliard d’euros – soit un pourcent du total des dépenses en médicaments. À croire que le cancer du col de l’utérus est un fléau national, une épidémie de grande ampleur.
"Le vaccin ne remplacera jamais le dépistage au stade précoce"
En effet, sept femmes sur dix contractent le virus au cours de leur vie. Mais la plupart du temps, l’infection passe inaperçue et guérit toute seule chez 90 % des femmes. Exceptionnellement, la maladie devient chronique et peut déclencher le cancer.
Mais cela se détecte facilement à un stade précoce lors du frottis, les chances de guérison sont alors excellentes. « La mortalité due à ce cancer - 1700 femmes tous les ans en Allemagne - s’explique par le fait que seulement une sur deux se soumet au dépistage », selon Becker-Brüser.
Cependant, le dépistage sera toujours indispensable, car même les femmes vaccinées ne seront pas protégées contre 14 types dangereux du HPV, le Gardasil ne protège que contre les HPV 16 et 18, d’après Rolf Rosenbrock, membre de la commission des experts du gouvernement fédéral.
Le fabricant Sanofi Pasteur MSD prétend que HPV-16 et -18 sont responsables de 70 % des tumeurs, mais de tels chiffres proviennent des pays en voie de développement, où l’on rencontre plus de cancers que dans les pays riches. Aux USA, les infections du HPV 16 et 18 ne touchent que 2,3 % des femmes (Jama, Tome297, page 813, 2007).
La recommandation de la Commission était prématurée
"La vaccination ne remplace pas le dépistage, et à l’inverse, la femme qui fait effectuer régulièrement un frottis, n’a pas besoin de se faire vacciner“, dit Rosenbrock. Quant à Heinz-Harald Abholz de l’Université de Düsseldorf, il prévoit des effets pervers : « Les femmes seront convaincues qu’elles sont protégées; elles utiliseront donc moins souvent de préservatifs et ne se rendront plus aux dépistages.
« De plus, la vaccination pourrait laisser la porte ouverte à d’autres virus », pense Becker-Brüser. En éliminant deux types de virus, une brèche s’ouvrira à d’autres, « c’est en tout cas ce que laissent prévoir des études de grande ampleur en cours de réalisation » (New England Journal of Medicine, tome 356, page1915 et 1928, 2007).
Dans ce contexte, la recommandation des hautes autorités est considérée comme trop hâtive par de nombreux experts ; parmi eux Ulrich Bonk de l’association contre le cancer de Brême. Les experts reprochent à la haute autorité d’être infiltrée par l’industrie pharmaceutique et dans le cas présent, son président n’a pas prouvé le contraire… :
Quatre mois avant l’introduction du Gardasil sur le marché, Heinz-Josef Schmitt a accepté un prix doté de 10000 euros – « Pour son engagement particulièrement méritant pour la promotion active de la vaccination ».
Le prix a été décerné par la Deutsche Akademie für Kinder- und Jugendmedizin (l’académie allemande de pédiatrie et médecine pour adolescents), mais il a été financé par le fabricant du Gardasil. « On aurait pu espérer que le président d’une commission publique refuse catégoriquement cette récompense », dit Becker-Brüser. Mais l’ex-patron de la Commission est désormais à l’abri de tels conflits d’intérêts, il travaille depuis dans le département vaccins du groupe pharmaceutique Novartis.