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Une utilisation encore plus sophistiquée des outils par les chimpanzés



  1. #1
    RSSBot

    Une utilisation encore plus sophistiquée des outils par les chimpanzés

    Des chercheurs de l'Institut Max Planck (Allemagne) et de l'université de Cambridge (Royaume-Uni) ont filmé l'utilisation la plus sophistiquée d'outils jamais observée chez des chimpanzés...

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  2. #2
    rhinograde

    Re : Utilisation des outils par les chimpanzés

    Naguère, Desmond Morris remarquait déjà non sans ironie «Il n’est rien ou presque de ce qui se trame dans les antichambres du pouvoir qu’on ne puisse trouver en germe dans la vie sociale d’une colonie de grands singes» (cf. Le Singe Nu)

    Comme pour les êtres humains, la complexité des comportements des chimpanzés s’est forgée dans la longue durée des horloges du passé ; et ce que Desmond Morris remarquait, c'était tout à la fois la proximité d'une évolution chez l'humain et les grands singes, et son décalage dans le temps (ici, le «germe» d'un comportement social ; là, son accomplissement).

    On a beaucoup réfléchi depuis Jane Goodale, depuis trente ou quarante ans, sur la possibilité, chez certains primates, d'acquérir des comportements évolués, transmis de génération en génération, par imitation et éducation et non par les gènes.

    Et parce qu'ils identifient chez les chimpanzés, en nombre significatifs, certaines caractéristiques des comportements acquis, évolués, souples et modifiables qu'on peut interpréter comme étant le tout début du passage d'une suprématie de l'évolution biologique à une suprématie de l'évolution culturelle – c'est la définition de la Culture -, des chercheurs, ainsi qu'on le lit ici, n'hésitent pas à parler de ...«culture» chez l'espèce Pan troglodites.

    En vérité, la tendance de l'évolution, chez tous les vertébrés, est au remplacement des comportements innés, rigides et fixés par des comportements acquis, souples, modifiables, pouvant s'ajuster sans cesse aux variations du milieu.

    C'est pourquoi la transmission par imitation et éducation des acquis comportementaux chez les chimpanzés n'est pas aussi «étonnante» que l'affirme l'article ; et parler de la «grande surprise des chercheurs» face à la rapidité de transmission d'une connaissance acquise relève plus d'une forme de sensationalisme journalistique anthropocentré que d'une information objective : les expériences, les caméras cachées du parc Nouabalé-Ndoki au Congo, n'ont pas pour but de «surprendre», mais de préciser des connaissances déjà acquises, de les affiner, ou de faire d'autres constats.

    Au demeurant, si un nombre significatif de comportements acquis, évolués, souples et modifiables sont propres aux chimpanzés ils sont tout de même trop limités pour dire sans exagération qu'on assiste à plus qu'un début du passage d'une suprématie de l'évolution biologique à une suprématie de l'évolution culturelle !

    Parce que de cette évolution culturelle, on en fait quand même vite le tour : c'est le cassage des noix de la forêt de Taï en Côte d'Ivoire, assez impressionnant par l'usage de pierres taillées qui, pour cette raison même, impose un long apprentissage ; c'est, pour la pêche aux fourmis et aux termites (l'usage d'une brindille ou d'une baguette de collecte pouvant être préparée bien avant l'action, nous apprend dans l'article le professeur Whiten). À cette énumération des hasards et des bazars de la vie des primates, on pourrait probablement ajouter quelques perles précieuses (creuser le sol avec un pilon, récupérer la moelle des os, fabriquer des coussins ou des chasse-mouches de feuille, savoir comptabiliser les toutes petites quantités, ravir leurs femelles aux mâles dominants, se faire la guerre, se réconcilier, ...etc.), qui ne modifieraient guère le tableau.

    Il convient de noter qu'on a déjà établi antérieurement et à plusieurs reprises que ces actions montrent des variantes éloquentes dans les groupes étudiés. Et ne doit-on pas aussi évoquer les chasses qu'organisent les chimpanzés sous la forme de véritables «battues» aux colobes, qui ressemblent, en plus ingénieux, aux battues implacables conduites sur leurs proies par des lycaons, des lionnes et d'autres carnivores sociaux ?

    Tout ceci - tous ces prémisses culturels, toute cette protoculture si on veut - n'est-ce pas normal, n'est-ce pas dans l'ordre des choses ?

    Si, par exemple, la taille - grossière - de pierres en vue de casser des noix «impressionne», c'est que dans les premières lignes du cursus de l'espèce humaine,
    on trouve aussi - c'est même l'unique fil conducteur des paléo-anthropologues - des tailleurs de pierres grossières, producteurs d'outils rudimentaires ; mais est-ce donc si étonnant de voir des chimpanzés avoir ce type de comportement deux, trois ou quatre millions d'années après nos ancêtres ? S'étonner voudrait dire qu'on se murmurerait à soi-même, avec les mots de Prévert, «Bizarre, bizarre... Comme c'est étrange !...» : «Comment ? L’évolution ne s’est pas arrêtée avec notre espèce ? Elle serait en action dans notre lointaine parentèle ? Bizarre ! Étrange !Stupéfiant !».

    Une culture qui se résume à des capacités d'intégration de données intellectuelles et technologiques élémentaires, à quelques autres capacités inédites, quelques inventions d'outils rudimentaires, ...etc., n'est qu'une ébauche ; cette ébauche est une sonde dans l'avenir, elle rapproche des hommes, incontestablement, les animaux qui les ont incluses dans leur patrimoine existentiel ; elle n'en reste pas moins qu'une amorce, une esquisse, parfaitement naturelle et dans la continuité évolutive des primates, même si elle est très typée, par exemple dans la nécessaire lenteur d'acquisition d'un comportement complexe ou bien dans un apprentissage jugé insolite, et même si on a identifié et répertorié pas moins de 39 utilisations différentes d'outils transmises de génération en génération, comme l'explique l'article...

    Il n'y a pas lieu d'être surpris par ces capacités. Ce qui serait digne du plus grand étonnement, c'est que le phénomène n'existât pas, c'est-à-dire que l'évolution ait stoppé tout à coup sa marche chez les anthropomorphes.

    Mais est-il vraiment approprié, en l'espèce, d'amplifier sans retenue ces aimables prologues et ces charmants prémisses - qui nous rappellent notre passé et annoncent un avenir - et de crier «culture», «culture» «culture» avec les intonations d'un gibbon délimitant son territoire ?

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