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SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

  1. Sophie1235

    Date d'inscription
    août 2012
    Messages
    9

    SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Bonjour à tous,

    Je suis une étudiante en philosophie passionnée par les
    découvertes extra-ordinaires des physiciens.

    Voici un extrait de "Adieu la raison" de l'épistémologue
    Paul Feyerabend relatif à l'effet photoélectrique et au
    critère de scientificité de Karl Popper :

    << Selon Popper, les expériences de Philipp Lenard étaient
    en conflit avec ce qu'il fallait attendre de la théorie de Maxwell.

    Pour qui ?

    "comme Lenard lui-même l'affirmait avec insistance" écrit Popper.

    Erreur !

    Pour Lénard, les résultats expérimentaux qu'il avait rassemblés
    jusqu'en 1902 ( saturation du courant indépendant de l'intensité
    de la lumière ; influence observable du type de lumière mais pas
    de rapport quantitatif entre la fréquence et l'énergie de l'électron
    éjecté ) ne présentaient pas le moindre problème.

    Il les considérait comme une indication des processus complexes
    qui intervenaient à la surface du métal et il accueillit favorablement
    l'effet photoélectrique comme outil destiné à l'observation de ces
    processus : "Ce résultat", écrit-il "suggère que, dans le processus
    d'émission,la lumière ne joue qu'un rôle de déclenchement des
    mouvements très rapides qui doivent exister continuellement
    dans l'atome." ( la théorie du déclenchement a été appelée
    la "théorie moderne" au moins jusqu'en 1910 ).

    L'article de 1905 d'Einstein contient d'intéressantes spéculations,
    une prédiction précise, mais pas de réfutation. En calculant l'entropie
    des radiations monochromatiques pour des densités de radiation
    faible à partir de la fausse loi de Wien, il l'a trouvée analogue à
    l'entropie d'un gaz constitué de paquets d'énergie. Il en a déduit
    une équation pour l'effet photoélectrique qui allait au-delà de ce qui
    avait été trouvé expérimentalement jusqu'alors.

    En 1914, Milikan a interprété l'équation comme impliquant trois
    affirmations, à savoir

    1) qu'il existe un rapport linéaire entre le potentiel d'arrêt et la fréquence ;
    2) que la valeur de la pente de sa droite représentative est h / e pour
    tous les métaux ;
    3) que l'intersection de cette droite avec l'axe des fréquences donne le
    seuil fréquentiel de l'émission

    et il les a toutes confirmées sur un échantillon de sodium. >>

    Pouvez-vous m'expliquer, s'il vous plait,
    comment le physicien Milikan a pu "confirmer" expérimentalement
    "l'équation" d'Einstein, si elle est fondée sur la "fausse loi
    de Wien" ?


    Suite de l'extrait de "Adieu la raison" :

    << Mais pas plus lui que Planck ou même Bohr n'étaient prêts à
    considérer les équations de Maxwell comme réfutées.

    Bohr, en particulier, resta attaché à la théorie ondulatoire classique
    jusqu'au début des années 30, et avec de bonnes raisons.

    Milikan exprima l'attitude générale en ces termes : "L'expérience
    a gagné la théorie de vitesse, ou, mieux, guidée par une théorie
    erronée, elle a découvert des relations qui semblent être du plus
    grand intérêt et de la plus haute importance, mais leurs raisons
    ne sont toujours absolument pas comprises."

    Einstein à la première conférence Solvay de 1911, a décrit ses
    idées de la manière suivante : "J'insiste sur le caractère provisoire
    de ce concept qui ne semble pas être conciliable avec les
    conséquences expérimentalement vérifiées de la théorie ondulatoire" :
    la théorie ondulatoire n'était pas menacée par les quanta ( ou par
    l'effet photoélectrique ), ce sont les quanta qui étaient menacés
    par la théorie ondulatoire.

    La dimension corpusculaire de la lumière ( et la nature réfutatrice
    de l'effet photoélectrique ) fut admise seulement après que les
    discussions sur l'interprétation de la théorie quantique eurent trouvé
    une conclusion préliminaire, ce qui veut dire que l'effet photoélectrique
    n'est devenu une réfutation après seulement que les processus soit-disant
    engendrés par son potentiel de réfutation eurent suivi leurs cours.

    On pourrait dire la même chose de l'expérience de Michelson,
    de la réfutation des conceptions antiatomistes, de l'électron de
    Thomson.

    Dès qu'ils sont étudiés par des historiens de la science sur la base
    de documents, et non "principalement sur la base du souvenir",
    presque tous les exemples que Popper donne comme étant des
    réfutations remarquables conduisant à des reconstructions
    théoriques majeures deviennent des processus où les réfutations
    jouent un rôle secondaire qui n'a guère d'intérêt. Il y en a, mais
    elles ne constituent pas le moteur principal du changement
    scientifique. >>

    Donc, à cette époque, l'effet photoélectrique n'était pas appréhendé
    comme une réfutation de la théorie de Maxwell alors que, de nos
    jours, l'effet photoélectrique réfute la théorie de Maxwell.

    Comment expliquez-vous cette volte-face des physiciens ?

    Merci.

    Meilleures salutations,

    Sophie

    -----

     


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  2. LPFR

    Date d'inscription
    mars 2008
    Messages
    43 374

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Bonjour et bienvenue au forum.
    L'effet photoélectrique ne réfute en rien les lois de l'électromagnétisme de Maxwell.
    Pour expliquer ce genre phénomènes les physiciens ont trois modèles: le modèle ondulatoire (Maxwell si vous préférez), le modèle corpusculaire avec des photons "grand public" (quantas d'énergie) puis, le modèle complet, celui de l'électrodynamique quantique (QED). Qui explique tout mais qu'il est tellement merdique à utiliser, qu'il est inutilisable dans la vie de tous les jours d'un physicien. Il utilise des photons virtuels qui ont une phase et qui transportent une "amplitude" de probabilité de trouver le vrai photon, une fois que l'on a additionnée toutes les amplitudes de tous les photons virtuels sur toutes les trajectoires possibles, et calculé "l'intensité" de la probabilité.
    Suivant ce que l'on veut expliquer, on utilise un des deux premiers modèles: on n'explique pas l'effet photoélectrique avec le modèle ondulatoire, pas plus que le fonctionnement d'une antenne, la diffraction ou la réfraction, avec le modèle de particules (photons d'Einstein).
    Dans certains cas, la lumière se comporte en même temps comme une onde et une particule. Dans ce cas, il faut se résigner à utiliser le troisième (le bon) modèle. Je vous recommande le petit livre "Lumière et Matière" de Feynman (un des pères de la QED). Il ne coute que 6 € et il les vaut.

    J'insiste sur le fait que les trois ne sont que des modèles. Aucun scientifique ne prétend qu'un de ces modèles décrit à la réalité.
    Les physiciens n'ont pas fait "volte face". Ils ont des modèles que l'on garde aussi longtemps qui décrivent les observations. Quand des faits nouveaux apparaissent, on ajuste les modèles, ou on limite leur utilisation à la partie de phénomènes qu'ils décrivent correctement. C'est ce qui est arrivé avec les lois de Newton à la suite de l'expérience de Michelson et Morley. Ou à la théorie de Darwin. Et aussi au modèle ondulatoire de la lumière.

    Millikan ne croyait pas à la théorie d'Einstein sur le photon. Et il entreprit de prouver qu'elle était fausse. Mais se expériences prouvèrent, au contraire qu'elle était correcte.
    J'ai pu lire la description de l'appareillage et de la manipulation de Millikan. Il utilisait un appareil en verre, dans lequel il y avait le vide. Dans le bas il avait un système qui lui permettait d'évaporer des métaux (de tête: sodium, potassium, calcium) sur une plaque de verre. Avec des aimants, il pouvait remonter la plaque de verre vers le haut de l'appareil où elle se mettait en contact avec un électromètre. En éclairant la plaque avec des raies de la lumière du mercure passées par un monochromateur, il mesurait la tension maximale atteinte par la plaque (quand la tension était assez positive pour ne pas permettre aux électrons de s'échapper).
    L'a manip de Millikan est simplement géniale. Comme le fut son autre manip pour mesurer la charge de l'électron.

    Au revoir.
    Dernière modification par LPFR ; 14/08/2012 à 09h59.
     

  3. Aristark

    Date d'inscription
    juillet 2012
    Messages
    110

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Pouvez-vous m'expliquer, s'il vous plait,
    comment le physicien Milikan a pu "confirmer" expérimentalement
    "l'équation" d'Einstein, si elle est fondée sur la "fausse loi
    de Wien" ?
    Bonjour,

    La "vrai loi" est celle de Planck. En revanche, la loi de Wien tend vers la loi de Planck pour les hautes fréquences de la lumière.
    Autrement dit, la loi de Wien est une très bonne approximation de la loi de Planck dans certaines circonstances, et on peut donc en tirer des informations tout à fait valables.

    Donc, à cette époque, l'effet photoélectrique n'était pas appréhendé
    comme une réfutation de la théorie de Maxwell alors que, de nos
    jours, l'effet photoélectrique réfute la théorie de Maxwell.

    Comment expliquez-vous cette volte-face des physiciens ?
    Essentiellement par le fait qu'une expérience ne parle pas d'elle-même et qu'elle se traduit toujours dans un cadre théorique préexistant. Or, au début du siècle, la théorie maxwellienne de la lumière avait des bases beaucoup plus solides que la théorie des quanta de lumière. Tant que le choix des physiciens était de "sauver" la théorie de Maxwell (c'était par exemple le cas de Lorentz et de Planck, qui se sont posés explicitement la question assez tôt), ils pouvaient toujours essayer d'expliquer les aspects discontinus du rayonnement non pas par la nature de la lumière, mais par exemple par les mécanismes d'interactions entre la lumière et la matière. Cependant, ceux qui ont effectivement cru à l'aspect corpusculaire de la lumière (Einstein était d'abord un peu seul, puis il a été rejoint par de plus en plus de monde à la fin des années 1910) ont continué à développer cette idée jusqu'à ce qu'elle repose sur des bases (que ce soit empiriques et conceptuelles) assez solides pour qu'elle rende "l'abandon" de la théorie de Maxwell plus "facile". Pour reprendre la terminologie de Lakatos (dont Feyerabend, j'imagine, ne manque pas de parler dans son livre, même si c'est pour le critiquer), la théorie des quanta de lumière constituait alors un programme de recherche qui parvenait à se développer rapidement tandis que l'électrodynamique classique de Maxwell-Lorentz était un programme qui dégénérait.

    Là où je suis d'accord avec Feyerabend c'est qu'il ne suffit pas d'une expérience pour réfuter une théorie, et que, généralement une théorie en remplace une autre uniquement à partir du moment où elle est assez mature pour pouvoir la concurrencer sur un domaine élevé de faits empiriques et par des raisons théoriques suffisamment étayées. C'est exactement ce qui se passe à partir des années 1920 pour la théorie des quanta de lumière : l'étude de plus en plus poussée de l'effet photo-électrique, le développement théorique de l'idée de la dualité onde-corpuscule dans les travaux de Louis de Broglie qui aboutit à la découverte de la Mécanique ondulatoire, la découverte de l'effet Compton qui s'explique le plus facilement du monde par l'existence des quanta de lumière sont autant d'éléments sur lesquels pourront s'appuyer les défenseurs de l'hypothèse des quanta de lumière. En 1925, un des derniers adversaires de cette théorie, Pascual Jordan, se laisse convaincre de l'impossibilité d'échapper à cette hypothèse, et pose les bases d'une théorie consistante de la lumière dans le cadre de la toute nouvelle Mécanique quantique. Dès la fin des années 1920, des théoriciens comme Dirac, Fermi, Heisenberg et Pauli développent l’électrodynamique quantique, un cadre théorique qui permet de rendre compte de manière cohérente à la foi des aspects corpusculaires et ondulatoires de la lumière.
    Soit dit en passant, dans ce cadre théorique, on ne considère pas que les équations de Maxwell soient fausses. On les écrit encore telles qu'elles. C'est seulement la manière avec laquelle on "lit" ces équations qui a changé.

    Croisé avec LPFR
    Dernière modification par Aristark ; 14/08/2012 à 10h13.
     

  4. Sophie1235

    Date d'inscription
    août 2012
    Messages
    9

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Merci beaucoup pour vos réponses : je commence à comprendre ...

    "J'insiste sur le fait que les trois ne sont que des modèles.
    Aucun scientifique ne prétend qu'un de ces modèles décrit à la réalité."

    Ce sont des "modèles" d'un ensemble de phénomènes : des modèles
    d'une fraction de la réalité.

    Je crois que vous voulez dire que les scientifiques ne prétendent pas
    qu'un de ces modèles d'une fraction de la réalité est "vrai". Dans ce
    cas, je suis d'accord avec vous.

    Les scientifiques disent seulement, à un moment donné, que tel ou
    tel modèle de tel ensemble de phénomènes est scientifique ou non scientifique.

    S'il est scientifique, ils disent aussi qu'il est
    - faux depuis telle date ;
    - ou vraisemblable actuellement ;
    - ou ni faux ni vraisemblable actuellement : il faut poursuivre les recherches
    pour se prononcer.

    Le terme "valide" ( utilisé par les scientifiques anti-réalistes ) ne me convient
    pas car "valide" signifie "cohérent". Or, une théorie physique qui fonctionne
    ( dans un domaine ou quelque soit le domaine ), à un moment donné, est plus
    qu'un ensemble cohérent d'énoncés. Elle est corroborée par des ou par tous les
    énoncés d'observation, à un moment donné.

    * * *

    "J'insiste sur le caractère provisoire de ce concept qui ne semble pas
    être conciliable avec les conséquences expérimentalement vérifiées
    de la théorie ondulatoire", Einstein.

    Est-ce que je me trompe si je dis que la "théorie ondulatoire" dont parle
    Einstein est la théorie de Maxwell ? La théorie ondulatoire dont parle
    Einstein me semble différente de la "mécanique ondulatoire" de Louis de
    Broglie ( qui intègre le concept de quanta ).

    * * *

    "C'est seulement la manière avec laquelle on "lit" ces équations qui a changé."

    Voulez-vous dire que c'est la manière dont on interprète ces équations ( avec le
    concept de quanton ) qui a changé ?

    Merci encore.

    Cordialement.
     

  5. LPFR

    Date d'inscription
    mars 2008
    Messages
    43 374

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Re.
    Le seul attribut important d'un modèle est s'il décrit et prévoit les observations. Je suppose que ce sont ces observations que vous appelez "réalité".
    A+
     


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  6. LPFR

    Date d'inscription
    mars 2008
    Messages
    43 374

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique


    Je déplace cette discussion dans le forum "débats scientifiques".
    Je pense que le forum est plus approprié.
    Pour la modération.
     

  7. Aristark

    Date d'inscription
    juillet 2012
    Messages
    110

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Est-ce que je me trompe si je dis que la "théorie ondulatoire" dont parle
    Einstein est la théorie de Maxwell ? La théorie ondulatoire dont parle
    Einstein me semble différente de la "mécanique ondulatoire" de Louis de
    Broglie ( qui intègre le concept de quanta ).
    Oui effectivement. Mais lorsque Louis de Broglie a écrit sa thèse sur la mécanique ondulatoire, il avait clairement en tête la théorie ondulatoire de la lumière.
    Ce qu'il voulait était écrire une théorie qui était à la mécanique ce que l'optique ondulatoire était à l’optique géométrique. D'ailleurs, à l'origine, sa théorie était censée aussi bien s'appliquer à l'électron qu'au photon. Mais une fois obtenue la mécanique ondulatoire, la mécanique était alors dans un état plus avancé que l'optique en ceci qu'elle comprenait les deux aspects (ondulatoire et corpusculaire) alors que l'optique en comprenait qu'un (ondulatoire). C'est l'électrodynamique quantique, fondée quelques années après dans le cadre de la théorie quantique des champs, qui permet d'intégrer à la foi les ondes et les quanta dans une théorie consistante de la lumière.

    "C'est seulement la manière avec laquelle on "lit" ces équations qui a changé."

    Voulez-vous dire que c'est la manière dont on interprète ces équations ( avec le
    concept de quanton ) qui a changé ?
    Ma phrase était effectivement très vague...
    Oui et non. Pour faire court, les équations de Maxwell décrivent en électrodynamique classique la dynamique et les contraintes auxquelles sont soumises les valeurs des champs électriques et magnétiques en fonction de l'espace et de temps. En électrodynamique quantique, les champs électromagnétiques n'ont pas à tout moment et en chaque point de l'espace des valeurs définies (par exemple, les champs électriques et magnétiques en un point ne peuvent pas être définies simultanément). Par contre on peut écrire des équations qui relient les "valeurs moyennes" de ces champs dans un état quantique donné (valeur moyenne signifiant "espérance (au sens statistique) de la valeur si on essaie de la mesurer"), et ces équations sont les équations de Maxwell.


    Les scientifiques disent seulement, à un moment donné, que tel ou
    tel modèle de tel ensemble de phénomènes est scientifique ou non scientifique.
    Je ne crois pas qu'il y ait de consensus parmi les physiciens ou les philosophes des sciences pour attribuer ou non un statut ontologique aux théories physiques, ni pour fixer un critère précis de ce qui est scientifique et de ce qui ne l'est pas. Tout dépend de sa philosophie personnelle. Je pense que la philosophie qui domine chez beaucoup de scientifiques est une forme ou une autre de positivisme ou d'instrumentalisme. Personnellement, ma philosophie scientifique est celle d'un réalisme structural (http://plato.stanford.edu/entries/st...ism/#OSRSpaPhy), essentiellement parce que je reste assez persuadé que de rejeter complètement une vision réaliste conduit à un mode de pensée schizophrénique (notamment, à moins de tomber dans le solipsisme, cela revient à se comporter différemment envers les objets physiques et envers les personnes, alors que les informations que l'on peut acquérir vis-à-vis de ces deux sortes d'entités empruntent les mêmes canaux pour nous parvenir), et, qu'en même temps, les formes plus ambitieuses de réalisme ne résistent plus à l'examen du développement de la physique moderne.

    Un philosophe des sciences qui dit des choses qui me semble tout à fait raisonnables et équilibrées sur la science dans un livre très accessible est Alan Chalmers, Qu'est-ce que la science ? : Popper, Kuhn, Lakatos, Feyerabend
     

  8. Sophie1235

    Date d'inscription
    août 2012
    Messages
    9

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Vos arguments sont très clairs, merci.

    J'adhère aussi au "réalisme structural" ( Soler ) / "réalisme modeste" : Sokal.

    Il me semble qu'Alan Chalmers défend une épistémologie instrumentaliste : il dit des choses raisonnables, équilibrées, sauf, de mon point de vue, dans la conclusion de son livre à laquelle je n'adhère pas complètement.

    Quand vous écrivez "cela revient à se comporter différemment envers les objets physiques et envers les personnes, alors que les informations que l'on peut acquérir vis-à-vis de ces deux sortes d'entités empruntent les mêmes canaux pour nous parvenir", voulez-vous dire qu'on doit appréhender un phénomène physique comme on appréhende une personne car on acquiert des informations sur une personne de la même manière qu'on acquiert des informations sur un phénomène physique : grâce à nos 5 sens ?

    Sophie
     

  9. Aristark

    Date d'inscription
    juillet 2012
    Messages
    110

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Il me semble qu'Alan Chalmers défend une épistémologie instrumentaliste
    Au contraire, il la rejette explicitement dans son livre (voire par exemple p 235-240). Il adhère à ce qu'il appelle le "réalisme non-figuratif", qui grosso-modo dit que le monde est tel que les théories physiques lui sont, à certains degrés d'approximations, applicables. C'est une forme de réalisme, certes très modeste, mais un réalisme tout de même dans le cadre duquel la portée d'une théorie physique va au-delà de la simple prédiction des résultats d'observation. Il ne fait pas référence aux structures, mais sa position ne me semble pas irréconciliable avec le réalisme structural dans la mesure où, pour qu'une théorie soit applicable au monde physique, il doit y avoir jusqu'à un certain niveau d'approximation un isomorphisme entre la réalité et la théorie physique en question.

    voulez-vous dire qu'on doit appréhender un phénomène physique comme on appréhende une personne car on acquiert des informations sur une personne de la même manière qu'on acquiert des informations sur un phénomène physique : grâce à nos 5 sens ?
    Oui, c'est bien ce que je voulais dire. C'est une remarque assez banale, qui existe depuis au moins un siècle dans la littérature épistémologique (Lénine l'utilisait déjà dans son livre "matérialisme et empiriocriticisme" en 1908 ; Bertrand Russell en faisait également usage pour critiquer l'idéalisme), mais je n'ai jamais lu une réponse convaincante de la part des adversaires du réalisme. Ce que j'entends dire, c'est qu'on ne peut pas avoir accès à la chose en soi, etc... donc il est trop imprudent de tenir un discours sur celle-ci, et il est préférable de s'en tenir au phénomène ; sauf qu'en écrivant cela, l'auteur est tout à fait persuadé que son livre va susciter des réactions mentales chez des individus dont il n'a pourtant pas d'autres moyens de croire en l'existence, que précisément, les interactions physiques dont l'existence même lui paraissent douteuses. La seule attitude cohérente serait d'aller jusqu'au bout du raisonnement et d'accepter le solipsisme, ce qu'aucun philosophe, me semble-t-il, n'a fait pour le moment.
     

  10. Sophie1235

    Date d'inscription
    août 2012
    Messages
    9

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Vos arguments sont clairs et convaincants.

    Merci.

    Au plaisir de vous lire sur ce forum.

    Sophie
     

  11. Sophie1235

    Date d'inscription
    août 2012
    Messages
    9

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Bonjour Aristark,

    Lors de la première conférence Solvay de 1911, Albert Einstein dit,
    au sujet du concept de quanta :

    J'insiste sur le caractère provisoire de ce concept qui ne semble pas
    être conciliable avec les conséquences expérimentalement vérifiées de
    la théorie ondulatoire.


    J'imagine qu'Albert Einstein fait notamment allusion à une affirmation de
    la théorie ondulatoire qui était expérimentalement vérifiée à cette époque :
    la lumière est une onde.

    Existe t-il une ou plusieurs autres conséquences expérimentalement
    vérifiées à laquelle / auxquelles Albert Einstein fait allusion, selon vous ?

    D'autre part, tout se passe comme si, à cette époque, la théorie
    quantique était une théorie qui n'avait jamais été confirmée par
    une expérience. Est-ce que je me trompe ?

    Sophie
     

  12. LPFR

    Date d'inscription
    mars 2008
    Messages
    43 374

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Bonjour.
    En 1911 la théorie quantique pour la lumière était loin d'être démontrée. Ce n'est qu'en 1914 que Millikan fit la démonstration.
    En 1911 il n'y avait que la théorie de Planck qui expliquait le rayonnement du corps noir qui demandait une quantisation de l'énergie (ou plutôt de l'énergie des états des oscillateurs).
    Au revoir.
     

  13. invite6754323456711
    Invité

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Citation Envoyé par Sophie1235 Voir le message

    Lors de la première conférence Solvay de 1911, Albert Einstein dit,
    au sujet du concept de quanta :

    J'insiste sur le caractère provisoire de ce concept qui ne semble pas
    être conciliable avec les conséquences expérimentalement vérifiées de
    la théorie ondulatoire.

    Il a dit beaucoup de choses dans le domaine de l'épistémologie en physique.

    La science a besoin, pour être édifiée, de concepts arbitraires ; quant à savoir si ces concepts sont donnés a priori, ou sont des conventions arbitraires, je ne puis rien dire.
    La meilleure façon de se faire une idée épistémologique sur une théorie est de l'étudier.

    Patrick
     

  14. Sophie1235

    Date d'inscription
    août 2012
    Messages
    9

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Donc, si je comprend bien, Albert Einstein dit dans cette citation
    qu'il ne voit pas comment un phénomène discontinu pourrait être
    expliqué par une théorie dont les grandeurs sont continues.
     

  15. invite6754323456711
    Invité

    Re : SOPHIE : question sur l'effet photoélectrique

    Citation Envoyé par Sophie1235 Voir le message
    Donc, si je comprend bien, Albert Einstein dit dans cette citation
    qu'il ne voit pas comment un phénomène discontinu pourrait être
    expliqué par une théorie dont les grandeurs sont continues.
    Il est difficile d'être dans sa tête, mais il a surement du déjà dans une premier temps s'interroger sur les sens qu'il donne à comprendre, expliquer, phénomène, continue, ...

    Patrick
     


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