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adéquation du discours au réel ?

  1. jmasclef

    Date d'inscription
    décembre 2005
    Localisation
    Lyon
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    35
    Messages
    517

    Re : adéquation du discours au réel ?

    Selon la définition du terme "réel", les sensations, les sentiments, les émotions, les douleurs, plaisirs, peurs... sont autant des éléments du réel. Ils ne sont pas "métaphysiques" ni davantage un "délir" ou un "désir". Leur présence est directe, inévitable, voir même oppréssante pour tout ceux qui n'ont pas la chance d'être à l'aise dans leur corps ou dans leur tête !
    Peut être est ce cette domination étouffante du réel qui pousse certains à nier sa présence ou son autorité ? Est ce une fuite de l'immaîtrisé ?

    J.
    "Toute connaissance dégénère en probabilité." D. Hume
     


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  2. Invité

    Re : adéquation du discours au réel ?

    Citation Envoyé par jmasclef
    Selon la définition du terme "réel", les sensations, les sentiments, les émotions, les douleurs, plaisirs, peurs... sont autant des éléments du réel. Ils ne sont pas "métaphysiques" ni davantage un "délir" ou un "désir". Leur présence est directe, inévitable, voir même oppréssante pour tout ceux qui n'ont pas la chance d'être à l'aise dans leur corps ou dans leur tête !
    Peut être est ce cette domination étouffante du réel qui pousse certains à nier sa présence ou son autorité ? Est ce une fuite de l'immaîtrisé ?

    J.
    Bonjour jmasclef.. tout ça c'est bien la réalité
    Le réel c'est pire..
    Il ne s'agit pas de nier son existence, au contraire...
    mais d'affirmer son irreductibilité à tout ce qu'un sujet peut en dire
     

  3. Mumyo

    Date d'inscription
    février 2006
    Messages
    1 503

    Re : adéquation du discours au réel ?

    Si le monde est notre conception du monde; cela veut dire que si notre conception du monde évolue (science), le monde évolue. Ce qui impliquerait que la science progresse parce que le monde progresse !
    Je pense que toute la difficulté à connaître la réalité vient de ce que nous en faisons partie. De ce fait nous ne pouvons faire abstraction, du fait qu'il ne s'agit jamais d'une connaissance "en soi", mais d'une connaissance qui reflète une relation entre une portion du réel, et le point de vue et la nature de l'observateur. De ce fait l'observation n'est jamais totalement objective.
    La réalité est un continuum allant de la matière, à l'information délivrée à la conscience...C'est un ensemble englobant l'ensemble de tous les phénomènes y compris la perception, y compris la conscience, et la connaissance m'apparaît comme le processus, établissant des relations entre les éléments observés et la conscience des observateurs.
    Partant de là le discours, ne peut jamais avoir une totale adéquation avec le réel.
    Le discours établit une relation entre l'observateur et la chose observée. Une relation entre une partie du réel et une autre partie du réel...
    Par ailleurs, bien que le postulat de l'existence d'une réalité "en soi", s'impose de toute évidence, sa réalité ne nous est accessible que par le biais de perceptions...
    La perception est le fil qui relie la conscience à certains aspects de la réalité ...( Mythe de la caverne).
    Ce "fil informationnel",nous sépare irrémédiablement de la réalité objective, telle qu'elle existe dans toutes ses dimensions.
    L'oeil, l'oreille, le toucher....n'analysent que quelques fractions de la gamme des longueurs d'onde émises par le monde extérieur...
    Enfin un autre aspect important à prendre en compte, me semble être qu'une théorie scientifique rend compte des lois, des régularités de l'univers, sans pouvoir englober les effets du "hazard", de l'histoire, du contingent...L'univers dans son historicité, fait des choix,
    qui ne pourrons être expliquer par la théorie, parceque la théorie rend compte de faits reproductibles...
    Voilà donc certains aspects qui tendent,à relativiser notre prétention à émettre me semble t-il, un discours en adéquation avec le réel...
     

  4. Invité

    Re : adéquation du discours au réel ?

    Citation Envoyé par Mumyo
    Je pense que toute la difficulté à connaître la réalité vient de ce que nous en faisons partie. De ce fait nous ne pouvons faire abstraction, du fait qu'il ne s'agit jamais d'une connaissance "en soi", mais d'une connaissance qui reflète une relation entre une portion du réel, et le point de vue et la nature de l'observateur. De ce fait l'observation n'est jamais totalement objective.
    La réalité est un continuum allant de la matière, à l'information délivrée à la conscience...C'est un ensemble englobant l'ensemble de tous les phénomènes y compris la perception, y compris la conscience, et la connaissance m'apparaît comme le processus, établissant des relations entre les éléments observés et la conscience des observateurs.
    Partant de là le discours, ne peut jamais avoir une totale adéquation avec le réel.
    Le discours établit une relation entre l'observateur et la chose observée. Une relation entre une partie du réel et une autre partie du réel...
    Par ailleurs, bien que le postulat de l'existence d'une réalité "en soi", s'impose de toute évidence, sa réalité ne nous est accessible que par le biais de perceptions...
    La perception est le fil qui relie la conscience à certains aspects de la réalité ...( Mythe de la caverne).
    Ce "fil informationnel",nous sépare irrémédiablement de la réalité objective, telle qu'elle existe dans toutes ses dimensions.
    L'oeil, l'oreille, le toucher....n'analysent que quelques fractions de la gamme des longueurs d'onde émises par le monde extérieur...
    Enfin un autre aspect important à prendre en compte, me semble être qu'une théorie scientifique rend compte des lois, des régularités de l'univers, sans pouvoir englober les effets du "hazard", de l'histoire, du contingent...L'univers dans son historicité, fait des choix,
    qui ne pourrons être expliquer par la théorie, parceque la théorie rend compte de faits reproductibles...
    Voilà donc certains aspects qui tendent,à relativiser notre prétention à émettre me semble t-il, un discours en adéquation avec le réel...
    Bonjour Mumyo

    Si j'ajoute à ce qui précède , ce que tu disais au début de ce fil:
    Je n'ai que 2 ou 3 adjectifs pour qualifier la neige....Là où les esquimeaux en ont une bonne douzaine...
    Pour certaines tribus Indiennes, le futur n'existe pas...Il n'y a pas de conjugaisons dans leur langue, pour le signifier...( Indiens Hopi ).
    ...alors je crois que nous disons à peu près la même chose... ou plutôt qu'une parti de ton discours n'entre pas en contradiction et corrobore celui qui me porte
     

  5. Primavera

    Date d'inscription
    mai 2004
    Messages
    305

    Re : adéquation du discours au réel ?

    Salut à tous,
    Intéressante discussion qu’une méchante panne de PC m’a empêchée de poursuivre depuis quelques jours.
    Reprenant le train en marche je souhaitais juste faire remarquer qu’il me semblait important de ne pas confondre Réel et réalité. Je dirais que le premier est ce à quoi on aspire dans l’idéal ou bien ce à quoi on se réfère pour mesurer ce qui peut être considéré comme vrai dans le discours ou bien une réalité dans les faits et évènements qui se sont effectivement déroulés ou encore dans un système de compréhension choisi… etc, mais ce Réel nous est, en soi, entièrement inaccessible sachant que nous n’en percevons (physiquement) que les phénomènes dans notre univers spatio-temporel. Alors je ne vois pas comment on pourrait dire que le discours scientifique décrit le réel "lui-même".

    Je pense également qu’il faut aussi distinguer l’imaginaire et l’imagination. Alors que l’imagination relève plus restrictivement de simples procédés mentaux conscients qui avec la perception et la mémoire, traitent des images sensorielles véritablement perçues, l’imaginaire est en psychanalyse une représentation inconsciente qui a le pouvoir de se substitue à la réalité, pour créer une illusion, un leurre, voire engendrer un mécanisme trompeur de séduction. C’est à ce même niveau de l’imaginaire que se fonde l’identité, l’appartenance au groupe et qu’intervient le symbolique qui permet à l’homme de parler contrairement à l’animal.

    Voilà, dirait mahorais....
     

  6. bardamu

    Date d'inscription
    août 2003
    Âge
    44
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    2 231

    Re : adéquation du discours au réel ?

    Citation Envoyé par Primavera
    (...) je souhaitais juste faire remarquer qu’il me semblait important de ne pas confondre Réel et réalité. Je dirais que le premier est ce à quoi on aspire dans l’idéal ou bien ce à quoi on se réfère pour mesurer ce qui peut être considéré comme vrai dans le discours ou bien une réalité dans les faits et évènements qui se sont effectivement déroulés ou encore dans un système de compréhension choisi… etc, mais ce Réel nous est, en soi, entièrement inaccessible sachant que nous n’en percevons (physiquement) que les phénomènes dans notre univers spatio-temporel. Alors je ne vois pas comment on pourrait dire que le discours scientifique décrit le réel "lui-même".
    Salut,
    cette distinction Réel-réalité est peut-être aussi celle que fait quantat mais elle n'est pas universelle.
    Nietzsche dirait justement qu'il ne faut pas distinguer Réel et réalité, qu'il n'y a pas d'arrière-monde, pas de Réel idéal, que le réel c'est aussi la réalité.
    La phénoménologie ne fonctionne pas non plus sur cette séparation phénomène-réel ("noumène" dirait Kant).

    Quand on ne sépare pas le Réel en un idéal et une réalité, il n'y a alors pas de vérité à atteindre hors du phénomène, l'idéal est une abstraction plus irréelle, plus faible que la saisie immédiate du phénomène, que l'expérience. La "vérité" du réel étant toujours là, sans distance à nous, le problème de l'adéquation du discours à ce réel devient un problème d'organisation interne entre la perception, l'imagination, le raisonnement, le discours etc.

    Si plus haut je parlais d'action efficace comme critère de réel, c'est notamment qu'il s'agit en sciences du critère d'adéquation entre un corpus expérimental et une théorie. Les théories sont généralement sous-déterminées par rapport à l'expérience, elles sont en attente de données expérimentales permettant de faire des choix entre plusieurs possibilités théoriques.

    Au lieu de considérer que le réel est au-delà du phénomène, elles considèreraient plutôt qu'il est dans les phénomènes et que la théorisation (le discours) est elle-même un phénomène où s'ordonne en un lieu (la représentation) ce qui se présente en un autre lieu (le corps, l'action, l'imagination comme synthèse passive (Kant) etc.).
    L'ordre de la représentation serait alors une sorte de phénomène projectif transcrivant plus ou moins finement celui de la présentation. Le discours comme re-présentation se subordonne à ce qui apparaît (phainomenon = ce qui apparaît), ce qui se présente, quoi que ce soit (perception, intuition, idée, discours lui-même etc.).
    Ethica, IV, 43 : Titillatio excessum habere potest et mala esse.
    Spinoza
     

  7. Primavera

    Date d'inscription
    mai 2004
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    305

    Re : adéquation du discours au réel ?

    Je ne pense pas qu'il s'agisse de plaider pour l’universalité du postulat d’un Réel inaccessible, mais il me semble que cette version des faits est simplement la plus vraisemblable, du moins la plus cohérente avec l’ensemble des observations qui sont à notre portée.
    A ma connaissance cependant, mise à part peut-être le positivisme logique, je n’ai jamais rencontré de thèse plaidant pour un réel qui nous serait accessible. Par contre deux thèses s’opposent entre la conception d’un réel totalement séparé (à la manière de Platon dans sa théorie des Idées) et celle d’un réel qui serait néanmoins "indirectement" connaissable par le détour de la perception sensible et de la représentation (Aristote)en y introduisant la notion de temps et de devenir… mais à partir de là bien sur cela se complique dans le nombre des versions possibles. Et affirmer qu'il n'y a pas "d'arrière monde" peut simplement correspondre à refuser d'admettre un réel séparé (non pas transcendant mais immanent) sans pour autant considérer qu'il soit véritablement accessible.
    Mais je n’avais pas cru comprendre que la phénoménologie plaçait le réel du côté du phénomène mais qu’elle aspirait plus exactement à adopter une méthode d’investigation du réel plus objective voire scientifique, en partant de l’observation du phénomène lui-même, contrairement à la démarche métaphysique qui émet des hypothèses sur le réel forcément invérifiables . Husserl lui-même me semble d’ailleurs défendre un certain réalisme à mi-chemin de l'idéalisme sachant que selon lui l'"intuition des essences" émane des phénomènes ou de l’apparaître, mais que "leur véritable nature reste cachée" (sic).
     

  8. Primavera

    Date d'inscription
    mai 2004
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    305

    Re : adéquation du discours au réel ?

    A propos de Réel, il me semble en tout cas difficile de tenter d'en exprimer une quelconque conception sans prendre en compte l'influence que peut avoir le temps dans notre capacité à l'appréhender, du moins dans la forme qu'il peut prendre dans cette "réalité" qui est la nôtre.

    Une question m'est ainsi venue à l'esprit : le réel ne serait-il pas ce qui se manifeste à nous au travers du temps présent ??? Un instant si fugace, éphémère et périssable que jamais on ne peut le saisir sans qu’il ne se soit déjà plus là et qui, de ce fait, nous est aussi physiquement "inappréhensible" que la "chose en soi". Notre vie consciente ne se résume-t-elle pas à une analyse permanente des diverses données de perception qui nous sont extérieures et que nous ne pouvons mesurer et maîtriser que par rapport à ce temps présent qui défile inexorablement, ainsi que par rapport à ce lieu précis où l’on se situe, au sens topologique du terme.
    D’ailleurs, n’observe-t-on pas chez les déficients mentaux (séniles ou aliénés divers... ) une perte du sens de l’orientation, dans l’espace comme dans le temps. La mémoire me semble une pièce maîtresse de cet édifice d’orientation qui sert à ne pas perdre "de vue" ces réalités mesurables bien qu’enfermées dans notre échelle et les limites du continuum spatio-temporel et de la vitesse de la lumière… la mémoire étant seule capable d'assurer la continuité d'un temps si volatile.
    Réalités qui se révèlent être notre seule maîtrise du temps réel qui défile sur une trajectoire rectiligne dans le sens de la flèche du temps, depuis le passé vers le futur de notre histoire... L’appel à la mémoire stockée du sujet (et à son imagination comme capacité de reprojection d'un film déjà visualisé) lui permet d’ailleurs de retourner autant que nécessaire dans ce passé, ou de se projeter par symétrie vers le futur (comme pour ajouter quelques corrections au tir initial) et cette fois encore au moyen de représentation et de l'imagination pré-visionnelle.

    Et c’est dans ce sens particulier que je situerais la réflexion d’Hegel qui disait que "tout ce qui est réel est rationnel et tout ce qui rationnel est réel"… face à ces vieillards complètement paumés qui n’ont plus la capacité de s’orienter , ne dit-on pas qu’ils ont perdu la raison.
     

  9. Mumyo

    Date d'inscription
    février 2006
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    1 503

    Re : adéquation du discours au réel ?

    Pour les Indiens Hopi, le concept de temps n'existe pas, ce qui ne veut pas dire, qu'il n'en tiennent pas compte, mais leur language, n'en parle jamais...Ils distinguent 2 types de faits : les faits manifestés, et les non-manifestés....Interressant non ?

    Qu'est-ce que le temps ?

    Rien en soi...Le temps n'a aucune existence propre, une invention purement humaine....Un concept abstrait, inter-subjectif, mis au point pour faire arriver les trains à l'heure....
    Le temps symbolise le rapport qu'entretient la conscience, avec les différents types de mouvement, et rythmes de la nature...
    Bref la nature dans l'absolu "ne connaît" que le mouvement. des mouvements relatifs de particules...
    C'est il me semble un paradoxe de la science qui se veut objective, mais qui introduit sans-cesse dans ses équations, des petits (dt), qui introduisent, l'idée de temps, donc l'idée de conscience....
    Toute équation faisant intervenir le temps, dans ce sens est nécessairement emprunte de subjectivité...non ?
     

  10. Primavera

    Date d'inscription
    mai 2004
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    305

    Re : adéquation du discours au réel ?

    Citation Envoyé par Mumyo
    Pour les Indiens Hopi, le concept de temps n'existe pas, ce qui ne veut pas dire, qu'il n'en tiennent pas compte, mais leur language, n'en parle jamais...Ils distinguent 2 types de faits : les faits manifestés, et les non-manifestés....Interressant non ?
    Sachant que le langage humain transite par le symbolique, lieu de la loi, de la norme, et donc du Droit et de la civilisation…. Ne peut-on en déduire que les Hopi subissent passivement ces manifestations du réel (temps présent) au lieu de prendre le pouvoir d’agir sur lui par la maîtrise du savoir scientifique ???? N’est-ce pas une preuve de résignation à l’impuissance qui laisse la porte ouverte à la prise de pouvoir par l’arbitraire, par ce malicieux autocrate qui saura en profiter pour exploiter cette ignorance généralisée mise au service de sa puissance personnelle ?
    Qu'est-ce que le temps ?

    Rien en soi...Le temps n'a aucune existence propre, une invention purement humaine....Un concept abstrait, inter-subjectif, mis au point pour faire arriver les trains à l'heure....
    Le temps symbolise le rapport qu'entretient la conscience, avec les différents types de mouvement, et rythmes de la nature...
    Bref la nature dans l'absolu "ne connaît" que le mouvement. des mouvements relatifs de particules...
    C'est il me semble un paradoxe de la science qui se veut objective, mais qui introduit sans-cesse dans ses équations, des petits (dt), qui introduisent, l'idée de temps, donc l'idée de conscience....
    Toute équation faisant intervenir le temps, dans ce sens est nécessairement emprunte de subjectivité...non ?
    Le temps, non pas une invention mais plutôt une découverte humaine (des lois de la nature) intervenue au cours de l’histoire des civilisations … le temps, pas d’existence propre ni autonome, mais résultant de processus de découvertes en synchronisation avec une prise de conscience, certes oui….
    Je dirais en fait que sujet et objet ne sont que deux facettes d’une même réalité qu’il nous faut cependant faire co-exiter pour exister soi-même, l’objet servant de reflet au sujet, en même temps que le sujet fait écho à l’objet qui sans lui n’aurait pas d’existence.
    Le réel, en quelque sorte, s’exprime en des temps ou modalités différentes sur ces deux supports, mais notre conscience a grandement besoin de perspective qu'elle obtient en faisant coïncider les deux sur l'axe du temps. Et comme tout cela transite par l’inter-subjectivité (lieu du langage, du symbolique) nous ne pouvons nous dispenser de l’objectivité indispensable à notre communication avec autrui comme avec le réel… faute de quoi on risque de ne vivre qu’un rêve, un fantasme, une dés-illusion.

    Je ne sais pas si ce que j’exprime est suffisamment clair…. Mais en tout cas ne dénie pas du tout l’utilité des objets de la science sans pour autant réduire le réel à celle-ci.
     

  11. Mumyo

    Date d'inscription
    février 2006
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    Re : adéquation du discours au réel ?

    Plaisanterie mise à part, le concept abstrait qu'est le temps nous rend bien des services...C'est une belle invention...Mais il est toujours interressant de voir que dans d'autres sociétés, les peuples ne lui pas donné la même valeur, et n'ont pas du temps une conception aussi élaborée...
    Il me semble que le temps a pour chaque société une valeur paradigmatique qui structure notre expérience vécue...
    Il est bon d'en prendre conscience à une époque de l'histoire des hommes où tout semble devoir aller en s'accélérant....
     

  12. Primavera

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    mai 2004
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    Re : adéquation du discours au réel ?

    Plaisanterie remise à l'heure.... il est certain que certains peuples jouissent de d’avantage de temps que nous pour bailler sous les cocotiers… seulement voilà chez eux le rite de l’excision chez la femme par exemple ou le tourisme sexuel des enfants sont monnaie courante ou encore le fait de mettre des chiens encore vivants au bout des hameçons pour appâter les requins. Le temps chez nous s’écoule un peu trop vite, c’est vrai, à fortiori si on a passé une journée à bosser, mais nos droits de l’homme – et ceux de la vie d’un chien – s’en ressentent aussi. Peut-être bien que certains peuples ont choisi d’oublier le temps, mais c’est sans doute pourquoi les richesses et les Droits qui s'en suivent les ont oubliés aussi. Enfin j’ai bien dit les peuples bien sur, parce que leurs dirigeants eux ont autant de richesses d’or et de diamants que de privilèges et de temps.
     

  13. bardamu

    Date d'inscription
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    Re : adéquation du discours au réel ?

    Citation Envoyé par Primavera
    Je ne pense pas qu'il s'agisse de plaider pour l’universalité du postulat d’un Réel inaccessible, mais il me semble que cette version des faits est simplement la plus vraisemblable, du moins la plus cohérente avec l’ensemble des observations qui sont à notre portée.
    A ma connaissance cependant, mise à part peut-être le positivisme logique, je n’ai jamais rencontré de thèse plaidant pour un réel qui nous serait accessible.
    Salut,
    Réminiscence des Idées chez Platon, universaux aristotéliciens, Révélations théologiques, essence des choses chez Spinoza, monades leibniziennes etc. n'est-ce pas prétendre à une connaissance du réel vrai de vrai ?
    Citation Envoyé par primavera
    Par contre deux thèses s’opposent entre la conception d’un réel totalement séparé (à la manière de Platon dans sa théorie des Idées) et celle d’un réel qui serait néanmoins "indirectement" connaissable par le détour de la perception sensible et de la représentation (Aristote)en y introduisant la notion de temps et de devenir… mais à partir de là bien sur cela se complique dans le nombre des versions possibles. Et affirmer qu'il n'y a pas "d'arrière monde" peut simplement correspondre à refuser d'admettre un réel séparé (non pas transcendant mais immanent) sans pour autant considérer qu'il soit véritablement accessible.
    Shokin a fait remarquer qu'il faudrait peut-être distinguer entre vérité et réel, et en effet, la question discours-réel semble placer le réel comme un objet de connaissance qu'il s'agirait d'atteindre, comme une vérité à découvrir, mais ce n'est pas une position universelle.

    Si Nietzsche renie les arrière-monde, c'est que le réel n'est pas pour lui une question de représentation à se faire, d'image du monde, mais une question de vie à réaliser. Il n'y a pas de "réalité vraie", le réel n'est plus à se représenter, il est à vivre.
    En effet, il semble paradoxal de dire que quelque chose est irréel puisque c'est quelque chose même si ce n'est qu'un rêve, un mensonge, une erreur, une illusion.

    Ceci étant, concevoir le réel comme objet de recherche spéculative, comme réel-vérité, cela me semble plus ou moins l'arrière-plan des sciences lorsqu'elles parlent de "réalité".
    Si c'est bien ça, il s'agit alors de déterminer les objets de connaissance possible et les moyens de les atteindre.

    Sur le plan des objets de connaissance, j'opposerais moins Aristote à Platon, qui l'un comme l'autre adhèrent à l'idée de vérités éternelles représentant la réalité, que nos deux compères aux sophistes (Protagoras), sceptiques, cyniques... qui sont bien moins convaincus qu'eux.
    Pour les moyens, Aristote fait certes de l'observation mais elle me semble passive, plaçant d'emblée l'intelligibilité hors du contingent, de telle manière que la Vérité n'est pas dans le monde d'en-bas.
    Il faudra Galilée et un certain retour au platonisme pour une mathématisation de la physique, une union de l'intelligible et du sensible.

    A mon sens, c'est le début d'une inversion où le critère de réalité ne sera plus cherché par une adéquation de l'observation à des vérités "célestes", à des vérités en soi, mais où les vérités seront établies par rapport à l'expérimentation, aux phénomènes (c'est dans ce sens que j'évoquais la phénoménologie, dans un sens général et peut-être abusif, du type "l'existence-réel précède l'essence").
    De Galilée à aujourd'hui, le champ d'une réalité en soi n'a cessé de se réduire. Dans les lettres de Spinoza, on voit qu'un expérimentateur comme Boyle doit encore faire face à des objections "métaphysiques", c'est-à-dire à des explications basées sur une ontologie purement hypothétique dont il faudrait montrer la fausseté par l'expérience, alors qu'aujourd'hui ce sont plutôt les théoriciens qui sont sommés de proposer des expériences permettant de tester les théories.

    Le réel est placé d'abord dans l'expérience concrète, et même lorsqu'on n'a pas de représentation-interprétation pleinement satisfaisante au niveau ontologique (en quantique p.e.), on affirme malgré tout la validité de la théorie puisqu'elle est la plus en accord avec l'expérience.

    En fait, la question pour une philosophie des sciences serait de savoir si l'objet des sciences expérimentales est d'établir un discours sur un réel en soi.
    Si on considère que la réalité est autre chose que l'expérience, si on attribue la réalité ultime à un intelligible pur séparé du sensible, une représentation idéelle-nouménale, la réponse sera non, tant que les sciences prendront le sensible pour critère de réalité. La représentation sera toujours à tester, toujours suspectée d'être imparfaite.

    Par contre, si comme Nietzsche (ou Spinoza...) le réel est à vivre, le discours des sciences est un discours sur ce qui se vit, s'expérimente et il donne une réalité certes locale, finie, mais pleine et entière, la question n'étant plus de profondeur (un autre niveau derrière les sciences) mais d'extension, d'autres territoires (artistique, philosophique, footballistique...) pouvant être explorés. Les sciences seraient alors perçues non pas comme manquant de quelque chose, comme ratant le réel, mais comme apportant du réel.
    Ethica, IV, 43 : Titillatio excessum habere potest et mala esse.
    Spinoza
     

  14. Primavera

    Date d'inscription
    mai 2004
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    305

    Re : adéquation du discours au réel ?

    Citation Envoyé par Bardamu
    Shokin a fait remarquer qu'il faudrait peut-être distinguer entre vérité et réel, et en effet, la question discours-réel semble placer le réel comme un objet de connaissance qu'il s'agirait d'atteindre, comme une vérité à découvrir, mais ce n'est pas une position universelle.
    Bien sur que la philosophie laisse de grandes marges d’interprétation, mais je ne pense pas que la notion de réel puisse être utilisée comme un contenant suffisamment large pour accepter tout contenu et son contraire. Dans le sens que je retiens j’estime avoir tenu compte des diverses acceptions philosophiques anciennes et modernes, sans négliger en particulier la notion de "principe de réalité" définie en psychologie par exemple. Aussi par réel on ne peut à mon avis entendre que ce qui nous est donné et imposé de l’extérieur et auquel on devra se soumettre bon gré mal gré (autre, ou transcendance etc…), ou encore un idéal ou perfection à atteindre, la chose en soi de Kant, l’éternel, l’intemporel, l’Etre absolu, etc …

    Si Nietzsche renie les arrière-monde, c'est que le réel n'est pas pour lui une question de représentation à se faire, d'image du monde, mais une question de vie à réaliser. Il n'y a pas de "réalité vraie", le réel n'est plus à se représenter, il est à vivre.
    En effet, il semble paradoxal de dire que quelque chose est irréel puisque c'est quelque chose même si ce n'est qu'un rêve, un mensonge, une erreur, une illusion.

    L’existentialisme sous cette forme nietzschéenne n’est à mes yeux que l’expression de volonté d’un surhomme moderne refusant la soumission aux ordres religieux transcendants et surtout à leurs succédanés politiques.
    Quant à la réalité d’un rêve, je doute fort, si l’on tombe du 10 ème étage parfaitement éveillé et donc de façon réelle, que les conséquences soient les mêmes que dans un rêve …. En tout cas, même pour un homme moderne, s’il veut que ses rêves se réalisent, il y aura toujours de nombreux efforts à faire.

    Ceci étant, concevoir le réel comme objet de recherche spéculative, comme réel-vérité, cela me semble plus ou moins l'arrière-plan des sciences lorsqu'elles parlent de "réalité".
    Si c'est bien ça, il s'agit alors de déterminer les objets de connaissance possible et les moyens de les atteindre.

    Sur le plan des objets de connaissance, j'opposerais moins Aristote à Platon, qui l'un comme l'autre adhèrent à l'idée de vérités éternelles représentant la réalité, que nos deux compères aux sophistes (Protagoras), sceptiques, cyniques... qui sont bien moins convaincus qu'eux.
    Pour les moyens, Aristote fait certes de l'observation mais elle me semble passive, plaçant d'emblée l'intelligibilité hors du contingent, de telle manière que la Vérité n'est pas dans le monde d'en-bas.

    Il faudra Galilée et un certain retour au platonisme pour une mathématisation de la physique, une union de l'intelligible et du sensible.
    A mon sens, c'est le début d'une inversion où le critère de réalité ne sera plus cherché par une adéquation de l'observation à des vérités "célestes", à des vérités en soi, mais où les vérités seront établies par rapport à l'expérimentation, aux phénomènes (c'est dans ce sens que j'évoquais la phénoménologie, dans un sens général et peut-être abusif, du type "l'existence-réel précède l'essence").
    De Galilée à aujourd'hui, le champ d'une réalité en soi n'a cessé de se réduire. Dans les lettres de Spinoza, on voit qu'un expérimentateur comme Boyle doit encore faire face à des objections "métaphysiques", c'est-à-dire à des explications basées sur une ontologie purement hypothétique dont il faudrait montrer la fausseté par l'expérience, alors qu'aujourd'hui ce sont plutôt les théoriciens qui sont sommés de proposer des expériences permettant de tester les théories.
    Bien sur que le réel n’a pas tout à fait la même portée si on l’envisage sous l’angle de la connaissance, de la matérialité physique, de la pensée, du discours, du langage ou encore de l’être.

    Sur ce point précis de la passivité d’Aristote vis-à-vis de vérités célestes, je pense qu’il faut resituer cette pensée dans le contexte de son époque où la science et les mathématiques n’ont pas encore fait valoir leurs lumières.
    Mais ce n’est pas surprenant si l’existentialisme n’apparaîtra qu’au 20 ème siècle, après que la philosophie de la substance ait ouvert la voie à celle du sujet.


    Le réel est placé d'abord dans l'expérience concrète, et même lorsqu'on n'a pas de représentation-interprétation pleinement satisfaisante au niveau ontologique (en quantique p.e.), on affirme malgré tout la validité de la théorie puisqu'elle est la plus en accord avec l'expérience.

    En fait, la question pour une philosophie des sciences serait de savoir si l'objet des sciences expérimentales est d'établir un discours sur un réel en soi.
    Si on considère que la réalité est autre chose que l'expérience, si on attribue la réalité ultime à un intelligible pur séparé du sensible, une représentation idéelle-nouménale, la réponse sera non, tant que les sciences prendront le sensible pour critère de réalité. La représentation sera toujours à tester, toujours suspectée d'être imparfaite.

    Par contre, si comme Nietzsche (ou Spinoza...) le réel est à vivre, le discours des sciences est un discours sur ce qui se vit, s'expérimente et il donne une réalité certes locale, finie, mais pleine et entière, la question n'étant plus de profondeur (un autre niveau derrière les sciences) mais d'extension, d'autres territoires (artistique, philosophique, footballistique...) pouvant être explorés. Les sciences seraient alors perçues non pas comme manquant de quelque chose, comme ratant le réel, mais comme apportant du réel.
    Je ne considère pas du tout que l’inaccessibilité du réel discrédite la science parce qu’elle aurait raté quoi que ce soit, car justement le réel n’est pas son but… Il serait tout au plus sa cible, sa visée. La science s’occupe de son domaine qui est celui de la physique, de la compréhension des lois de la nature au moyen de la perception, de l’expérience et des capacités humaines de formulation mathématique. Dans ce sens elle est objective, elle nous permet d’avoir une vision du monde si ce n’est plus exacte en tout cas de moins en moins erronée (en se référant justement à un réel qui bien qu’inaccessible guide l’aspiration du chercheur) et de plus elle a une utilité pratique (cf. praxis) : on ne lui en demande pas plus pour avoir foi en elle. Le reste, les questions de philosophie et d’art, les définitions de valeurs ou d'éthique, d’idéal etc… ce n’est pas son rayon. Laissons aussi faire l’action humaine concrète et à sa quête de liberté.
    Quant au réel "vrai de vrai" si tant est qu'il puisse être concevable par un esprit humain, je considère que seule la philosophie peut nous aider à en comprendre les contours.
     

  15. titanic

    Date d'inscription
    août 2005
    Messages
    752

    Re : adéquation du discours au réel ?

    Citation Envoyé par Primavera

    1) Mais ce n’est pas surprenant si l’existentialisme n’apparaîtra qu’au 20 ème siècle, après que la philosophie de la substance ait ouvert la voie à celle du sujet.

    2)Je ne considère pas du tout que l’inaccessibilité du réel discrédite la science parce qu’elle aurait raté quoi que ce soit, car justement le réel n’est pas son but… Il serait tout au plus sa cible, sa visée. La science s’occupe de son domaine qui est celui de la physique, de la compréhension des lois de la nature au moyen de la perception, de l’expérience et des capacités humaines de formulation mathématique. Dans ce sens elle est objective, elle nous permet d’avoir une vision du monde si ce n’est plus exacte en tout cas de moins en moins erronée (en se référant justement à un réel qui bien qu’inaccessible guide l’aspiration du chercheur) et de plus elle a une utilité pratique (cf. praxis) :

    3) Quant au réel "vrai de vrai" si tant est qu'il puisse être concevable par un esprit humain, je considère que seule la philosophie peut nous aider à en comprendre les contours.
    Salut,

    1) Je ne crois pas du tout que l'existentialisme est apparu seulement au 20 ième siècle ! Le nom peut-être, mais pas la philosophie qu'il sous-tend. Toutes les philosophies qui déifient le hasard sont des existentialismes, donc en ce sens l'existentialisme est aussi vieux que le monde ! Le sensualisme, le nominalisme, le positivisme sont des existentialismes. Sartre n'avait rien inventé du tout !

    2) Je ne crois pas que la science vise ni ne cible (c'est pareil non ?) "le réel". La science fait de l'horizontalisme à tout crainc, elle se contente de décrire en les idéalisant, des phénomènes. Sont objet d'étude c'est la surface des choses, les épiphénomènes, pas le fond des choses ! Les savants expérimentalistes ressemblent à des nageurs qui font la planche ... le nez dans l'eau !

    3) S'il existe un sens, un logos, une raison créatrice, une "vérité absolue" dans l'univers, alors ce n'est certainement pas la science qui pourra l'atteindre. Par contre les résultats scientifiques permettent de rendre compte d'un certain "ordre", d'une certaine "beauté" inscrite dans les phénomènes de la nature, qu'aucun artefact humain si perfectionné soit-il ne saurait égaler. Einstein ne disait pas autre chose.

    Salutations.
    Le déterminisme c'est la science, la science c'est le déterminisme.
     


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