Trop de sciences tue la Science à l'école ?
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Trop de sciences tue la Science à l'école ?



Vue hybride

  1. #1
    invite5d91312f

    Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Je me pose souvent cette question lorsque je constate avec regret que les étudiants que j'ai en face de moi sont de moins en moins bon chaque année. (nb, j'enseigne la Physiologie en fac). Ils n'ont plus beaucoup de sens critique et sont incapables de mettre en place une démarche scientifique simple qui répondrait à une question posée (pour ne pas dire un protocole). Quant au sacro-saint principe de reproductibilité et d'indépendance des expériences, ça leur est totalement étrangé et pourtant ce sont les fondements mêmes de la science.

    Je ne vais evidemment pas accabler mes collègues du secondaire et du primaire qui font un boulot remarquable car ils ne sont pas responsables du programme qu'on leur impose. Mais les faits sont là, statistiquement (se sont des stats personnelles qui n'engagent que moi bien sûr) j'ai plus de chance qu'un étudiant me donne dans l'ordre la séquence peptidique du glucagon que le nombre exacte de cavités que comporte le coeur. Car il s'agit du centre du problème, on fait des sciences dites modernes sans avoir aucune base.

    Ainsi, dans les collèges et lycées on parle de génie génétique, de bio mol. ou même d'electrophysiologie (il y a quelques années en specialité), matières qui étaient reservées il y a encore quelques années aux 2e et 3e cycle de fac, et quasiment aucun eleve n'est capable de faire la difference entre le thorax et l'abdomen, et encore moins de citer les organes qui s'y trouvent.

    Alors trop de sciences tue la science ?

  2. #2
    invite3f53d719

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Pour la bio je n'en sais trop rien, mais c'est à peu près le discours de mon prof de maths (MPSI): Au fur et à mesure des années, il parait que les éleves ont de plus en plus de mal à raisonner (au sens mathématique du terme: implication, CNS, contraposée, etc...). En gros, avant, le premier mois de prépa s'effectuait au lycée.

    Moi mon impression (j'ai pas trop de recul mais bon...) dans tout ca, c'est que effectivement au lycée, on n'a presque jamais à élaborer un raisonnement complet sois-même: 5 sous questions pour aboutir à l'équa-diff d'un circuit RC... 10 pour étudier une fonction...
    Un exemple flagrant: je donne des cours de maths à un TS qui ne se débrouille pas si mal que ca. Il arrive à peu près à étudier une fonction dans le cadre d'un exo, mais lorsque je lui ai demandé en dehors de toute étude de fonction (en physique) comment trouver les maximums d'une fonction, il a fallut que je lui montre que l'on pouvait utiliser la dérivée (même en lui disant, il était étonné que ca puisse servir à ca, alors qu'il avait fait un tableau de variation 20min plus tôt!!!). En effet, bien qu'ayant fait 50 fois la même étude, il n'a absolument aucun recul à cause des sous question qui suppriment le raisonnement: totalement incapable de résumer rapidement à l'oral ce qu'il a fait pour arriver au résultat...

  3. #3
    piwi

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    je suis assez d'accord pour la bio.
    Je me suis rendu compte assez vite de ce problème par moi même lors de mes premières années de médecine. On apprend des tas de choses pendant le collège et le lycée mais finalement l'anatomie de base est totalement occultée. Je me souviens d'avoir vu les voies extralemniscales au lycée, ca tombait comme ca, sans explication. C'est assez idiot.
    Les choses ne s'arrangent pas je trouve.
    Je me suis penché l'autre jour sur le livre de biologie de ma petite cousine (3ème)
    J'etais aterré. On y parlait sans vergogne, de notion de gènes, division cellulaire, immunologie, on montrait des strilles Z dans les rabdomyocytes, enfin toute sorte de chose et à coté de cela la base etait totalement oubliée.
    Pas une seule fois le mot ADN cité dans tout le bouquin, pas une!
    le mot mitose, evité aussi, ect...
    Resultat un contenu un peu flottant, pas clair, peu interessant.
    Forcement avec ca les gosses non seulement n'ont pas les bases de la biologie mais en plus n'ont que des morceaux de notions. Ils peuvent donner les phases de la mitose sans pour autant savoir vraiment de quoi ils parlent.
    C'est tres curieux...
    C'est vraiment la volonté d'enseigner un hyper savoir, de faire de nous des espèces de génies. Je ne pense pas que ca puisse fonctionner comme cela.

    Je trouve aussi tres curieux en biologie de vouloir tout enseigner via des "exercices". C'est bien de vouloir redemontrer par l'analyse de documents les éléments mais bon, y a un moment où il faut apporter des informations. Enfin je ne sais pas, cette méthode d'enseignement m'a toujours paru très curieuse.
    Dernière modification par piwi ; 03/03/2005 à 20h34.

  4. #4
    invite5d91312f

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    C'est bien ce que je pensais, nous sommes dans une sorte de pédagogie à rebourt. En exagérant à l'extrème, je vois un monde futur où on enseignera à un gamin de cp comment désactiver un retrovirus et arriver au doctorat on lui apprendra à épeler le mot pipette.

  5. A voir en vidéo sur Futura
  6. #5
    invite9c9b9968

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    là j'avoue je suis quand même surpris par ce que vous dites pour la biologie... J'ai abandonné la bio en fin de seconde, j'ai donc a priori des notions de collège au grand maximum seconde en biologie, ça ne m'empêche pourtant pas de savoir qu'il y a un ventricule droit et un ventricule gauche dans le coeur, que les poumons sont recouverts par la plèvre, qui si elle s'infecte occasionne une maladie particulièrement douleureuse qui s'appelle la pleurésie, etc ...

    Je ne pense quand même pas être un cas à part ?!

    ceci dit, j'ai vu il n'y a pas si longtemps un adulte dans un jeu télévisé (je ne dirais pas lequel, à vous de découvrir...) dire que soleil ne bougeait pas, ce à quoi un autre candidat lui rétorque que si, puisque il tourne autour de la Terre ...

  7. #6
    invite6ae2e6c4

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    c est sur que c est vrai ,

    mais au sujet de l absence de raisonnement , ce ne serait pas plutot la faute des eleves ? etant en terminale S j observe regulierement et ce depuis la 4 eme l evolution de la dose de travail personel des gens de mes classes , ben pour la plupart ils bossent , mais ils se contentent d apprendre par coeur un cour sans forcement le comprendre ( en fait moi je fais l inverse: j ai une sainte horreur de l apprentissage par coeur , c est pour ça que je suis une quiche en histoire geo et en espagnol d ailleurs ) , du coup des que tu leur demandais ce qu il y avait dans le cours , ils le savaient , mais des qu il s agissait de reflechir sans la base d un cour à une question ( par exemple lors d un TP de bio/chimie/physique introduisant un chapitre) rien , et meme chose pour l application

    je donne des cours de maths à mon frere qui est en 4 eme , ben c est effrayant , des que tu lui donne un exercice de maths qui est une application directe du cours mais qui n a pas ete traite par la prof ( un truc moins classique quoi ) , ben il sait pas applique

    apres les programmes sont aussi responsable , les profs du lyce ( surtout ceux de maths ) sont les premiers à se plaindre d une baisse de niveau generale des programmes depuis des annees ,mais ça pourrais correspondre à une mondialisation de l education , selon un ami sociologue à washington , l education correspondant à une terminale en france/europe correspondrait à la premiere annee de fac aux USA , et les reformes de notre tres habile ministre vont dans le sens d une aspiration vers le bas de l education qui prolonge bien cette idee

    de la à dire que trop de science tue la science, non , c est un probleme de programmes ,et aussi une volonte de faire appredre beaucoup en un laps de temps tres reduit

    "ceci dit, j'ai vu il n'y a pas si longtemps un adulte dans un jeu télévisé (je ne dirais pas lequel, à vous de découvrir...) dire que soleil ne bougeait pas, ce à quoi un autre candidat lui rétorque que si, puisque il tourne autour de la Terre ..."

    ben en fait les 2 propositions sont exactes , tout depends du referentiel dans lequel tu te place ( heliocentrique , geocentrique , et par rapport au centre de la galaxie , je sais pas comment il s appelle XD)


    et piwi en 3 eme je me souviens avoir etudie la mitose ( et appellee comme telle ), mais effectivement pas une seule fois le mot ADN ( ayant quelques notions à l epoque j ai ete etonne de ne pas l avoir entendu)

  8. #7
    JPL
    Responsable des forums

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Citation Envoyé par irvine
    c est sur que c est vrai ,

    mais au sujet de l absence de raisonnement , ce ne serait pas plutot la faute des eleves ? etant en terminale S j observe regulierement et ce depuis la 4 eme l evolution de la dose de travail personel des gens de mes classes , ben pour la plupart ils bossent , mais ils se contentent d apprendre par coeur un cour sans forcement le comprendre ( en fait moi je fais l inverse: j ai une sainte horreur de l apprentissage par coeur , c est pour ça que je suis une quiche en histoire geo et en espagnol d ailleurs ) , du coup des que tu leur demandais ce qu il y avait dans le cours , ils le savaient , mais des qu il s agissait de reflechir sans la base d un cour à une question ( par exemple lors d un TP de bio/chimie/physique introduisant un chapitre) rien , et meme chose pour l application
    Que je suis content de lire ça ! Moi cela a toujours été pareil. Ayant une très mauvaise mémoire, ou bien je comprenais et c'était acquis, ou bien il n'a avait rien à comprendre et j'étais nul (idem pour moi en histoire telle qu'on me l'enseignait).
    J'ai souvent dit à mes étudiants que s'ils cherchaient à comprendre ils n'auraient plus besoin d'apprendre par coeur parce qu'ils seraient capables de reconstituer le raisonnement.
    Rien ne sert de penser, il faut réfléchir avant - Pierre Dac

  9. #8
    invite71ee911d

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    J'adore comprendre et moi aussi, j'ai du mal à retenir si je ne comprend pas. Mais en ce qui concerne le fait que les étudiants s'empirent, il ne faut surtout pas tomber dans certains pièges de pensée :

    - on prend sa propre experience et on la généralise. On prend des critères dans un contexte hyper précis, dans des conditions qui sont mouvantes (on a pas le même âge, le même recul).

    - on accorde une importance trop grande aux "on dit", en leur prêtant valeur statistique.

    - on occulte complétement le phénomène d'illusion cognitive (elles sont très nombreuses et universelle : toute catégorie sociale et capacité d'intelligence confondue sont touchées).

    - on confond variations localisés et tendance générale à long terme.

    - et enfin, on prend un paramètre isolé, sans prendre en compte la vision globale. L'intelligence et les comportements sont très complexes et cachent de multiples paramètres.

    Je propose donc d'adopter une attitude plus scientifique pour résoudre ce problème, qu'en pensez-vous ?

  10. #9
    inviteab2b41c6

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Ca ne m'étonne pas du tout.
    Je surf beaucoup entre différents fora, et il est absolument effrayant de voir certains posts.
    Ceux qui postent ne sont pas les plus ininteressés, sinon ils ne feraient pas les exercices, et pourtant il est très fréquent d'entendre:

    -C'est quoi la formule?
    -J'ai jamais fait un exercice similaire, comment on fait?
    -j'y comprend rien gna gna gna.
    et j'en passe.

    L'esprit de reflexion n'est plus (pas) présent.
    Je me souviens que mes amis et moi cherchions longtemps sur chacun des problèmes posés, et souvent j'essayais de trouver une solution un peu plus originale.
    C'est vrai que je faisais ca dans les matières qui m'intéressaient, mais je crois que c'est bien de cela dont on parle...

    Aujourd'hui, on ne demande pas à l'étudiant de réféchir, mais plus de recracher des formules apprises et le plus souvent non comprises.
    En fait, pour ce qui est des maths et de la physique, il serait beaucoup plus simple de rectifier le tir:
    Construire des vraies théories et leur fondement:
    Par exemple, pourquoi une intégrale correspond à une différence de 2primitives etc.

    Pour ce qui est de la bio, je pense que cela se situe, avec la chimie dans la non importance des TP. Je me rappelle que les TP étaient plus un moment détente et déconne, avec mes amis, qu'un travail sérieux. Or en bio, je pense qu'il est tout aussi important de connaitre son cours, que de savoir manier les instruments. Il faudrait juste rencentrer les priorités.
    Dans le fond, même en conservant le programme tel qu'il est, on pourrait améliorer la qualité de l'enseignement, mais il est vrai aussi que les priorités changent bizarrement, et qu'il peut etre fondamental de savoir qu'une roche est composée à 93% de calcaire, 3% de sulfures etc, tandis que le cycle hormonal masculin à lui été supprimé...
    Et c'est pareil dans nombre de domaines, pas juste en sciences....

  11. #10
    invite263138a8

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Je suis prof de Svt dans un collège, et je pense en effet que les programmes surtout à partir du lycée, deviennent n'importe quoi, on parle, par exemple, de gènes homéotiques, alors que les élèves n'ont qu'une vague idée de ce qu'est un gène.
    Toutefois, il faut bien avoir conscience de la règle que je pourrais énumérer à l'aide de cette citation (environ): "L'écolier sait aujourd'hui des choses qu'Archimède a mis une vie à aprendre."

    Mais cette "dégénérescence" de l'esprit analytique, déductif,... n'est-il pas dû plus au monde actuel, à la société, qu'à un problème d'enseignememt ?
    L'enseignement ne fait que réfléter la société, il n'a pas la chance d'être à part.

  12. #11
    invitee8b3f97e

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Salut !

    Moi aussi j'ai l'impression que le niveau moyen baisse. Malheureusement c'est toujours par l'intermèdiaire des médias, de on-dits et de rumeurs.

    Cependant le "nivellement par le bas" porte un autre nom : donner sa chance à tout le monde. Si on considère que le niveau moyen d'un élève ne change pas (intelligence, facultés de raisonnement... hors de l'apprentissage scolaire), et si on veut que le plus grand nombre d'élèves aient leur bac, il faut baisser le niveau du bac. Facile

    Et pour finir moi aussi je déteste apprendre par coeur : ca ne m'empêchait pas d'être bon en histoire : si on analyse, l'histoire telle qu'on l'apprend est une succesion logique d'évènements. En ne connaissant que quelques dates clés, on peut reconstituer la plus grande partie d'un cours

  13. #12
    Madarion

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Bonjours,

    Bien, comprendre le principe de la carotte. Aujourd'hui ont livre pratiquement les leçons prés mâchées. Même si ce principe est encore exploitable, il est pas vraiment "le déclencheur" d'une méthode dite autonome. On ne peut demander à un élève, de réfléchir immédiatement de lui même sans "filets" si il a était entraîné à réfléchir et comparer son résultat juste un peut plus tard avec une correction irréfutable. Si il y arrive c’est par prise de conscience personnelle uniquement (bien localiser la cause). Mais au fil des années, il y a lassitude. Vous connaissez bien le problème général, les élèves très doués non pas vraiment envi d’apprendre en cours. Les notes et les félicitations deviennent de moins en moins la carotte a atteindre. Il faudrait redonner envi. Hors un principe simple est de donner envi sur des domaines qui motive. De plus en plus ont infiltre des nouvelles directions dans chaque matière, et bien sur ont déleste forcément les basses dite classique (pas assez motivante, et surtout perte de temps sur le programme). Ce qui entraîne le résultat que vous constatez tous actuellement.
    Dernière modification par Madarion ; 04/03/2005 à 08h38.

  14. #13
    JPL
    Responsable des forums

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Citation Envoyé par Glast
    je vois un monde futur où on enseignera à un gamin de cp comment désactiver un retrovirus et arriver au doctorat on lui apprendra à épeler le mot pipette.
    Ce n'est pas trivial, en biologie ça s'écrit Eppendorf !
    Rien ne sert de penser, il faut réfléchir avant - Pierre Dac

  15. #14
    shokin

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Citation Envoyé par Glast
    Ils n'ont plus beaucoup de sens critique
    ça manque beaucoup en effet : l'esprit critique. Est-ce que celui-ci est enseigné et éduqué actuellement assez ?

    Trop de diversité tue la diversité ? (même si je considère celle-ci comme un des fondements de la vie)

    N'y a-t-il pas trop de matières différentes enseignées ? à tel point qu'à force de diviser le temps par leur nombre, on y consacre de moins en moins de temps aux plus importantes, on y consacre moins que le nécessaire (les bases). Comme l'a dit Irvine.

    Un autre facteur est le manque de patience : bien des personnes oublient que nous devons prendre le temps. Une des causes est la facilité avec laquelle on peut se procurer des produits (suffit d'acheter et de payer), ainsi que les "fastfood" : c'est rapide, ç'a l'air bon. Cela nous fait perdre la patience, l'endurance.

    Un autre facteur est le manque de passion (quand on compte on n'aime pas), de motivation. D'où vient ce manque ? d'un décourage ? du manque de confiance par l'individualisme ? du manque de respect ?

    Ou les connaissances enseignées sont-elles trop conceptuelles et pas assez pratique ? un déséquilibre ? ou à la conceptualisation manque l'imagination (demander à l'élève d'imaginer et d'exprimer ce qu'il imagine, pour vérifier que cela corresponde à la réalité enseignée).

    A mon avis, il y a aussi - heureusement pas partout - un déplacement de l'enseignement par les personnes vers l'enseignement par les livres. Or les livres n'apportent pas la communication de personne à personne, irremplaçable. Il y manque le "feed-back", cette confirmation que seule une personne pourra nous apporter (jamais un livre, jamais un site).

    "Les gens ne lisent plus, ils écrivent." écrivait Chappatte dans une de ses caricatures.

    Je ne vais pas vous parler de la télévision et de ses effets... (ya rare les bonnes émissions, reportages scientifiques ou historiques)



    Cruel "nécessité fait loi".

    Quand on voit toute une classe d'apprentissage et qui ne connaît pas ses tables de multiplication, qui fait plein de fautes de français, qui n'est pas capable de me dire de quoi parle un texte, ça fait rude. Les bases, surtout le français, pour pouvoir communiquer et apprendre.

    Shokin
    Pardon, humilité, humour, hasard, tolérance, partage, curiosité et diversité => liberté et sérénité.

  16. #15
    odysseus06

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    J’ai souvent, il y a déjà bien longtemps, entendu mon grand-père dire : « un mauvais ouvrier a toujours de mauvais outils »
    Aujourd’hui, on peut élargir l’adage de la façon suivante : un mauvais élève a toujours de mauvais professeurs, de mauvais exercices, de mauvais livres qu’en général il n’ouvre pas, etc.…

    Je le concède bien volontiers, il se trouve de mauvais outils, de mauvais professeurs, de mauvais exercices, …mais alors pour tout le groupe concerné.
    Le processus d’acquisition de la connaissance dépend de deux acteurs : le précepteur et le disciple. Je ne prétendrais ni que tous les enseignants sont bons ni que la fonction est facile mais le principal obstacle, aujourd’hui réside dans le refus largement répandu que l’apprentissage demande un effort.
    Cela commence avec la lecture et le calcul. Il faut bien apprendre le sens et l’écriture de la langue sinon comment s’exprimer et se faire comprendre ? Si les bases du calcul, si la notion d’ordre de grandeur ne sont pas assimilées, l’utilisation de tous les ordinateurs du monde ne mettra pas à l’abri d’erreurs magistrales.

    Dès que la science devient un peu trop théorique, fait appel à des raisonnements mathématiques, ne permet plus des représentations tridimensionnelles bien visibles enfin dès qu’elle s’appuie sur un bon matelas de connaissances antérieures et indispensables, surgit la contestation.
    Avec Rutherford on suit facilement : le noyau et les électrons qui tournent autour.
    Avec Bohr, ça va encore, on peut très bien imaginer les différentes couches électroniques.
    Avec Heisenberg déjà rien ne va plus et les dessins se compliquent : on ne « voit » plus.
    Dessiner dans un espace à trois dimensions est relativement facile, rajouter une échelle de temps et à nouveau rien ne va plus ou alors il faut enlever une dimension spatiale. La compréhension n’en est pas pour autant facilitée.
    Pendant des dizaines d’années une démagogie rampante a bien mis dans la tête de la population que tout le monde était capable de tout en évitant bien entendu de parler du travail nécessaire et des capacités intellectuelles propres à chaque individu.
    Pour avoir vécu cette expérience, je sais qu’il est difficile de rencontrer ses limites mais une fois la pilule avalée, la situation est plus claire et on s’en sort plutôt mieux.
    Malheureusement peu de gens acceptent de reconnaître cette limitation et la critique sert d’alibi : on nie le bien-fondé de la discipline incomprise.
    Des publicités proposent, pour une pincée d’euros, quelques fiches cartonnées qui vous transforment vite-fait et sans effort en : peintre, avocat, médecins, jardinier, etc…
    Qu’un beau parleur s’invite chez le citoyen moyen par l’intermédiaire de la télévision, d’un journal ou de tout autre moyen, et lui distille de la science facile en le brossant consciencieusement dans le sens du poil, c’est à dire en l’invitant surtout à ne réfléchir pas et ça prend !
    Le travail sérieux de vulgarisation s’en trouve compliqué d’autant.
    Apprendre à apprendre et apprendre à réfléchir sont deux exercices de plus en plus délaissés.
    Curieusement si personne ne remet en cause la nécessité de l’entraînement intensif et permanent pour le sportif qui veut se maintenir à un haut niveau, dès qu’il s’agit d’une discipline intellectuelle, la nécessité de l’effort et de l’acquisition progressive des connaissances est niée.

    Voilà où nous en sommes.
    C’est triste.

  17. #16
    invite03f54461

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Salut
    J'ai eu en première et en terminale S la chance d'avoir 1 heure de labo par semaine, alternativement en physique et en chimie.
    Qu'en est-il actuellement ?

  18. #17
    Eurole

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    .

    TROP

    tue
    toujours


    Mais qui s'intéresse aujourd'hui à nos racines grecques

    dont le premier principe
    est

    CONNAIS-TOI TOI-MEME

    .

  19. #18
    invite52e66d85

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    j'ai l'impression qu'aujourd'hui il faut surtout posséder des critères communs et briller dans ce commun. on ne nous donne pas la possibilité de nous développer nous même (d'ailleurs il y'a de moins en moins d'autodidactes); par exemple lors des TP on suit au pied de la lettre un protocole expérimental sans chercher à nous poser de questions, LES questions qu'on aurait pu se poser par nous-mêmes en étant plus poussés à la réflexion.
    DonPanic: nous avons en S 4h de TP (Travaux Pratiques) 2h d'SVT et 2h de physique chimie mais comme dit plus haut j'ai l'impression qu'il n'y a qu'en svt où on nous demande de vraiment réfléchir.

  20. #19
    invite8fde209b

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    réfléchir ? En SVT ? La chance ....
    Je suis aussi en TS et chez nous la SVT c'est la matière anti-réfléxion par excellence, pire que la chimie.

  21. #20
    JPL
    Responsable des forums

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Citation Envoyé par ShiNji[Third_Man]
    c'est la matière anti-réfléxion par excellence, pire que la chimie.
    Premièrement, cela dépend du prof.
    Deuxièmement, j'ai souvent vu des gens prétendre qu'il fallait apprendre bêtement par coeur... parce qu'ils n'avaient pas compris comment on peut (et doit) réfléchir dans cette discipline.
    Comme je n'ai jamais eu aucune mémoire, il a bien fallu que j'apprenne en réfléchissant, c'est-à-dire en reconstruisant de façon logique ce qu'il y avait à apprendre.
    Rien ne sert de penser, il faut réfléchir avant - Pierre Dac

  22. #21
    invitea9b2fe81

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Bonjour,

    Tout d'abord, je me présente: je suis en abc+4, et me prépare au concours de l'enseignement des SVT. En gros, je suis les études pour être prof de SVT.

    Et je me retrouve forcée de vous dire que le problème se pose peut-être aussi dans la façon dont on forme un professeur... J'ai toujours été convaincue que l'enseignement était ma vocation, et étant douée et passionnée par les SVT, je me suis lancée dans cette filière. Jusqu'en terminale, on m'a demandé un effort de compréhension, que j'avais, et qui m'a permis le jour du Bac d'avoir 14 sans avoir quasiment révisé... Mais je dois avouer que depuis 4ans, j'ai l'impression de régresser. A l'université, nombreux sont les professeurs, peut-être trop spécialisés dans leur domaine, qui nous enseignent tout un tas de choses dans le détail, mais qui ommettent de nous replacer tous ces principes dans un contexte général. Si bien qu'à la fin, on apprend bêtement et on restitue des connaissances, mais sans les maitriser pleinement...
    Pour vous donner un exemple: l'année dernière, j'étais 12ème de l'amphi sur un module qu'on appelait "Evolution animale", et dans lequel on nous enseignait la classification des animaux, avec leurs adaptations à leur environnement qui ont permis leur sélection au cours de l'évolution... mais je me retrouve forcée de constater que malgré mes bons résultats dans ce module, lorsque je me promène dans la nature, je me retrouve incapable de reconnaitre un bon nombre d'espèces, ou d'expliquer comment elles évoluent et interragissent dans leur environnement. On apprend, on ingurgite, on connait des tas de mots compliqués, et on en oublie que les bases ne sont pas si compliquées, et coulent de source si on prend la peine d'actionner ses méninges un petit peu...
    Mais tout ça pour quoi? Parce qu'à la fin, il y a un concours. Un coucours qui sélectionnera les meilleurs. Autrement dit, si tu n'es pas une encyclopédie ambulante, tu n'as aucune chance. On oublie là-dedans les qualités nécessaires à un bon professeur. Avoir les connaissances est une chose, savoir les transmettre en est une autre.
    Mais le boulot d'un professeur est-il de transmettre ses connaissances, ou plutôt de donner les moyens à son élève de réfléchir par lui-même, et d'acquérir ainsi une autonomie et une curiosité qui lui permettront de s'enrichir de nombreuses connaissances qui l'intéresseront lui, et qui ne lui seront pas imposées et prédigérées?

    J'ai lu également dans ce fil que certains se plaignent de la façon dont on leur soumet les TP au lycée. eh bien, en fac, c'est le même problème. Je ne compte plus les fois où j'ai fait des TP dans lesquels le protocole était dicté, et durant lesquels je l'ai suivi comme on suit une recette de cuisine, sans en comprendre le sens et l'utilité. Et je ne vous dit même pas à quel point je redoute ces séances de TP qui ne m'apportent rien! Je trouve assez lamentable qu'à l'université, où à la base on doit former des chercheurs (donc des gens autonomes, curieux, qui vont eux-mêmes élaborer leur protocole pour vérifier des hypothèses qu'ils auront eux-mêmes mis en place), on ne nous demande jamais d'élaborer nous-mêmes des protocoles pour valider ou non une hypothèse!
    Comment voulez-vous qu'on enseigne cela à des lycéens ou des collégiens, alors que nous-mêmes nous ne l'avons jamais fait...

    Je pense que tout le système éducatif actuel est à revoir. Du primaire à la thèse, dans son intégralité. Au primaire, on demande déjà à des enfants qui ne maitrisent pas encore les bases de l'écriture d'émettre eux-mêmes une hypothèse et d'élaborer des expériences pour la valider ou non, alors qu'en université on ingurgite des connaissances et des connaissances, sans prendre le temps d'avoir un peu de recul, et d'en comprendre le sens profond.
    A croire que les enfants de 10ans sont plus performants que les étudiants de master au niveau du raisonnement scientifique...

  23. #22
    invite70386b1a

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Bonjour kiricarabosse,

    Je me permets de rebondir sur tes propos:

    A l'université, nombreux sont les professeurs, peut-être trop spécialisés dans leur domaine, qui nous enseignent tout un tas de choses dans le détail, mais qui ommettent de nous replacer tous ces principes dans un contexte général. Si bien qu'à la fin, on apprend bêtement et on restitue des connaissances, mais sans les maitriser pleinement...
    Les Sciences de la Vie et de la Terre couvrent des disciplines très variées et parfois très disparates. A l'époque ou j'avais tenté (sans succès) le Capes de SVT je m'amusais à répéter à mon entourage qu'il fallait être capable d'expliquer des choses aussi disparates que la construction d'un barrage hydraulique et le fonctionnement d'un virus. On peut essayer d'extraire des principes généraux couvrant plusieurs disciplines dans ce vaste territoire représenté par les SVT mais c'est infiniment plus difficile que lorsqu'on se spécialise dans des filières bien précises comme la génétique ou la biologie cellulaire.


    Pour vous donner un exemple: l'année dernière, j'étais 12ème de l'amphi sur un module qu'on appelait "Evolution animale", et dans lequel on nous enseignait la classification des animaux, avec leurs adaptations à leur environnement qui ont permis leur sélection au cours de l'évolution... mais je me retrouve forcée de constater que malgré mes bons résultats dans ce module, lorsque je me promène dans la nature, je me retrouve incapable de reconnaitre un bon nombre d'espèces, ou d'expliquer comment elles évoluent et interragissent dans leur environnement. On apprend, on ingurgite, on connait des tas de mots compliqués, et on en oublie que les bases ne sont pas si compliquées, et coulent de source si on prend la peine d'actionner ses méninges un petit peu...
    Quand j'étais à ta place j'étais un ardent opposant du par coeur. A tel point qu'en misant tout sur la compréhension (et la généralisation) je passais à côté de "détails" importants, ce qui en définitive me pénalisait.
    Aujourd'hui j'ai changé d'avis. Il est important aussi de fournir un effort de mémorisation quand cela est nécessaire. Ton exemple de la reconnaissance des espèces est intéressant car dans ce cas on ne peut pas faire l'économie de faire l'effort d'apprendre les nombreuses caractéristiques qui permettent de les identifier voire de les classer. Il faut maîtriser les concepts sous-jacents, oui, mais cela ne suffit pas si on veut aller plus loin dans la connaissance des particularités de chaque taxon. Il reste ainsi une part de travail laborieux pour arriver à maîtriser son sujet, mais c'est moins embêtant si on est passionné par ce que l'on pratique.

    Mais tout ça pour quoi? Parce qu'à la fin, il y a un concours. Un coucours qui sélectionnera les meilleurs. Autrement dit, si tu n'es pas une encyclopédie ambulante, tu n'as aucune chance. On oublie là-dedans les qualités nécessaires à un bon professeur. Avoir les connaissances est une chose, savoir les transmettre en est une autre.
    Mais le boulot d'un professeur est-il de transmettre ses connaissances, ou plutôt de donner les moyens à son élève de réfléchir par lui-même, et d'acquérir ainsi une autonomie et une curiosité qui lui permettront de s'enrichir de nombreuses connaissances qui l'intéresseront lui, et qui ne lui seront pas imposées et prédigérées?
    Je pense toujours qu'il vaut mieux une tête bien faite qu'une tête bien pleine. Cela dit on a besoin aussi d'engranger des connaissances parfois de manière laborieuse. Un exemple personnel : je m'intéresse à l'Histoire de France depuis un certain temps. Je me suis rendu compte à quel point la mémorisation de la chronologie était une aide précieuse (et même indispensable) pour mieux se repésenter (et donc aussi comprendre) la façon dont les évènements sont reliés les uns aux autres. Cela a été fastidieux au départ mais je peux te dire que cela m'éclaire considérablement les idées maintenant pour situer des évènements historiques dans un contexte.

    Parfois il faut faire comme le musicien qui fait ses gammes consciencieusement. Pour progresser il faut parfois passer par des activités répétitives et laborieuses.

  24. #23
    shokin

    Re : Trop de sciences tue la Science à l'école ?

    Serait-ce une bonne idée que de diviser les SVT (comme vous les appelez) en plusieurs disciplines, bien distinctes, mais toujours liées ?

    Développer une vision globale est très bien, mais à trop s'éloigner du terrain, on ne perçoit plus les spécificités locales (la diversité).

    En effet, il y a partout un effort à fournir, ne serait-ce que pour être satisfait de soi-même, et ainsi se mettre en confiance.

    Pour le "par-coeur", j'étais aussi à un moment carrément contre. J'ai également changé : nous devons nous créer des structures (conceptuelles ou autres). Sans elles, le raisonnement ne sert pas à grand-chose. C'est comme connaître une formule ax+b=0 sans connaître a et b. Ce sont ces structures qui a priori confirment notre raisonnement (notre compréhension) ou qui seront infirmées (partiellement ou totalement) par le raisonnement-même. [C'est très théorique, comme je le dis.]

    Évidemment, les structures sans le raisonnement, c'est ne pas utiliser sa raison, sa capacité à raisonner. Les raisonnements aident à mettre de l'ordre dans les structures, et même à en créer de nouvelles.

    Il y a un début à tout. (faut juste faire le premier pas, faire l'effort)

    A trop vouloir utilisers les concepts (conceptualiser), on oublie leur base, les percepts (perceptions). [Un peu comme un groupe et ses fans. ]

    Shokin
    Dernière modification par shokin ; 12/04/2006 à 09h37.
    Pardon, humilité, humour, hasard, tolérance, partage, curiosité et diversité => liberté et sérénité.

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