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Envoyé par Cécile On peut dire simplement, sans pour autant arriver à l'imaginer, que le Big Bang a créé le temps. |
Il en est le point d'origine, mais uniquement vu depuis notre propre référentiel.
On peut faire un parallèle avec l'autre extrême, qui est la "limite" de la vitesse de la lumière telle que nous la concevons nous, petits être immobiles... 8)
Aujourd'hui, je m'embarque dans mon Enterprise, vaisseau spatial hyper-luminique, équipé d'un moteur très puissant dont la source d'énergie est inépuisable. Direction: droit devant. J'accélère, et je tiens mon carnet de bord, comme le capitaine Kirk.
Que vais-je pouvoir y inscrire ? D'abord, l'augmentation de la vitesse. 100 km/sec, 1000 km/sec, 10000 km/sec, 100000 km/sec... Nous sommes au tiers de c, qui représente la vitesse de la lumière. Intéressant. Puis la moitié de c, les trois quarts de c... Que va-t-il se passer lorsque je m'approcherai de très près de cette vitesse "limite" de c (299792 km/sec) ? Vu depuis ma passerelle, apparemment, rien. Le plus surprenant, pour moi qui me situe dans mon vaisseau (j'ai bien dit que je disposais d'une source d'énergie infinie), c'est que j'atteindrai c sans le moindre problème.
Mais pour tous ceux qui seront restés sur Terre à admirer le spectacle, tout aura été très différent. Lorsque j'ai approché la vitesse de la lumière, je leur paraissais plus lent que dans la réalité. Et s'ils avaient pu me voir à travers les hublots, à l'aide d'un puissant télescope, ils m'auraient vu vivre au ralenti. Je me trouvais dans un autre référentiel-temps.
La suite, ils ne l'auraient pas vue: mes secondes à moi devenant des siècles pour eux, leurs lointains descendants ne se seraient même pas rendus compte que j'accélérais toujours, ou à peine. A l'instant fatidique où j'atteignais c, ils auraient pu observer un vaisseau filant à la vitesse de la lumière, dont les occupants étaient parfaitement figés.
Mais pour moi, l'extérieur de mon vaisseau m'offrirait par ses hublots un spectacle déconcertant. J'y verrais un temps s'écoulant de plus en plus rapidement, pour finalement admirer en quelques secondes des milliards d'étoiles, de galaxies, naître, vivre, et mourir quelquefois dans un énorme flash en quelques secondes. Sur le point d'atteindre c, je verrais la totalité du temps de l'Univers s'écouler en une durée infiniment courte... qui durerait infiniment.
Pour le Big Bang, pas de grande différence. Revenu à Terre on ne sait trop comment ni dans quel état

, j'enfourche ensuite ma machine à remonter le temps que m'a laissé ce bon vieux Wells. Et je file toutes voiles dehors, direction: le Big Bang.
Le passé nous est accessible: il suffit de nous poster suffisamment loin. Ainsi, un extra-terrestre se situant à un million d'années de notre bonne vieille boule bleue pourrait admirer, dans son télescope, un groupe d'homo-sapiens en train de rêver aux étoiles à l'entrée depuis l'entrée de leur grotte...
Donc, moi qui me trouve immobile (spatialement parlant) dans ma machine de Wells, je reste constamment visible pour un observateur externe, et si celui-ci s'éloigne très rapidement, mettons à une vitesse proche de c, il me verra filer vers le passé. Et que voit-il ?
Il voit surtout mon entourage se modifier. Les climats se modifient, les glaciers avancent, reculent, puis insensiblement, il constate que les continents bougent. La plaque européenne ressort de la plaque africaine sous laquelle elle s'était réfugiée, pendant que le continent américain de rapproche de l'Eurasie et de l'Afrique réunies, pour finalement fusionner. Puis la Terre entre en ébullition, avant de se vaporiser et de devenir un simple anneau nébuleux en orbite autour d'une étoile naissante... Qui finit par s'éteindre. Et moi, bien entendu, au milieu de tout cela, imperturbable dans ma capsule blindée.
Arrivé à 12 milliards d'années (très approximativement...), il verrait, horrifié, tout l'univers se rassembler autour de moi, pour m'engloutir dans un dernier assaut, avant de disparaître complètement dans un minuscule atome. Pour lui tous ces évènements se sont passés de plus en plus vite, et l'effondrement final n'a duré qu'une fraction de seconde. Ultime récompense au terme d'un voyage qui lui aura sembler durer 12 milliards d'années à la vitesse de la lumière.
Et moi, pendant ce temps, que pouvais-je bien penser ?
En supposant que je me sois déplacé dans le temps simplement à rebours, c'est-à-dire animé de la même "vitesse" mais inversée, j'aurai évidemment aussi vieilli de 12 milliards d'années en arrivant au terme. Mais au fur et à mesure que je m'approchais du Big Bang, c'est-à-dire d'une singularité dont la masse s'approchait de l'infini, le temps me paraissait s'écouler de plus en plus lentement. C'est l'inverse de ce que constate le voyageur approchant de la vitesse de la lumière.
En fait, la durée nécessaire pour arriver au Big Bang m'aura paru infinie, et pour moi, le temps s'est arrêté au moment d'atteindre ce que l'on nomme abusivement l'"atome primitif".
Conclusion: je ne suis jamais arrivé, tout comme la flèche de Zénon n'a jamais atteint sa cible...
Le Big Bang, comme je le disais, est une singularité mathématique. Notre esprit s'acharne à le considérer comme un "instant", alors qu'un "instant" ne doit son existence que par rapport à un référentiel temps dans lequel il se situe forcément... et qui n'existe évidemment pas, puis qu'il reste à créer !
De là vient cette question qui ne peut même pas exister: "qu'y avait-il avant le Big Bang ?"
Moi, je préfère poser la question: "Pourquoi tout cela se passe-t-il ainsi et pas autrement ?"
Amicalement,
Jean