L'article du Figaro cité en début de fil résumait une enquête de l'AFSSA:Les accusations contre le Gaucho et le Régent qui avaient amené leur interdiction, très médiatisée, ne sont toujours pas confirmées. Ce lynchage médiatique contre des coupables désignés d'avance n'a pas aidé le travail scientifique, comme le montre l'entartage de JP Faucon le responsable de l'étude. Marion Guillou, directrice de l'INRA l'a rappelé dans une interview:Acarien parasite
L'enquête de l'Afssa a été menée dans cinq départements (Eure, Gard, Gers, Indre et Yonne). Elle a porté sur cinq colonies choisies au hasard dans cinq ruchers. Les colonies ont été visitées quatre fois dans l'année. La Coordination apicole avait refusé de participer à cette enquête. Elle estimait en effet que, pour elle, la seule chose à faire était d'interdire ces deux produits. C'est donc dans un contexte très conflictuel que s'est déroulé ce travail. Jean-Paul Faucon s'est fait entarter par des apiculteurs, l'accusant de complicité avec les industriels (Bayer et BASF).
L'enquête de l'Afssa révèle notamment que dans les cinq dépar*tements, les différentes « matrices » (miel, cire, pollen) sont contaminées à faible dose par les produits phytosanitaires agricoles (imidaclopride, fipronil, endosulfan, deltaméthrine, parathion-méthyl et d'autres). Elles sont contaminées aussi par des résidus de substances (coumaphos et fluvalinate) utilisées par les apiculteurs pour lutter contre les maladies causées par le varroa, un acarien parasite qui a envahi les ruches du monde entier à partir des années 1990. Un seul cas de mortalité due à une toxicité aiguë a été constaté, les analyses ayant révélé après coup la présence d'endosuflan et de fluvalinate dans les abeilles mortes.
« Nous avons constaté plusieurs pratiques apicoles inadaptées. Parmi celles-ci, l'utilisation de produits non homologués pour le traitement de la varroase », note l'équipe de l'Afssa. Celle-ci a d'ailleurs noté au cours des trois ans qu'a duré l'enquête une amélioration du suivi sanitaire des abeilles. Une observation à mettre en parallèle avec le manque de formation de certains apiculteurs, régulièrement dénoncé par le SPMF (Syndicat des producteurs de miel français).
Le dernier volet de l'enquête concerne le fait que, en raison de l'uniformisation des paysages agricoles, certaines colonies manquent de nourriture (de nectar mais surtout du pollen qui apporte les protéines nécessaires au développement des jeunes larves). « Les anomalies concernant l'alimentation des abeilles, qui ont été suspectées en raison de la situation de certains ruchers, ont pu avoir des conséquences sur la santé des colonies », avancent les chercheurs de l'Afssa. Dans ce contexte de disette de fleurs sauvages, certains apiculteurs explorent d'ailleurs la possibilité de nourrir les abeilles grâce à des jachères fleuries. Une initiative qui en dit long sur les changements apportés par l'agriculture intensive.
« Je crois que l’histoire nous dira que l’affaire du Gaucho a été un peu manipulée. Je ne suis pas sûre que les syndicats d’apiculteurs à l’origine des contestations aient eu des pratiques professionnelles totalement transparentes. Je pense notamment à l’usage de certains médicaments, ainsi qu’à l’importation de reines, qui ont compromis l’équilibre génétique des abeilles. Au total, je crois que la mortalité des abeilles a eu des causes multifactorielles. Malheureusement, on a camouflé la complexité de la question en polarisant sur le Gaucho. Qui est sans doute une cause, mais modérée par rapport à d’autres. Nous n’avons pas pu aller au bout des études en France, car il y avait des gens qui défendaient une thèse. Et la thèse, c’est que le Gaucho était le grand responsable. [...] Nous avons lancé une enquête auprès des services vétérinaires pour connaître la mortalité des ruches. Et il a été impossible d’obtenir des chiffres sur cette mortalité, qui nous auraient renseignés sur les liens entre cette dernière et l’emploi du Gaucho. Les apiculteurs ont refusé de répondre aux demandes des services vétérinaires. »

