Je réagis au message suivant en citant un extrait d'un autre forum,
http://forum.merelle.net surlequel j'ai participé à une discution similaire.
DEBUT-CITATION
Le "besoin" de souffrance.
Bonjour (ou plutot bonsoir...)
On admet communément le souffrance comme un ennemi, soit mais n'est-ce pas un "bon" ennemi ? Je veux dire peut-on se passer de toute souffrance ? Pour illustrer un peu l'idée imaginons une situation extreme: des scientifiques qui auraient trouvé un procédé qui anihilerait toutes les souffrances dans le cerveau humain. Ne serait-ce pas à y regarder de plus près, une découverte néfaste?
On combat la souffrance dans le but de la détruire mais cette lutte n'est elle pas une fin ? L'homme ne s'ennuierait-il pas sans la souffrance ?
Voilà quelques questions dont je suis impatient de connaitre vos avis .
Dordon
PS: Je suis bien conscient que la souffrance physique et la souffrance "psychique" (tout le reste) ne sont pas de meme nature, je pense que mon post s'applique plutot à la souffrance "psychique".
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"Conservons par la sagesse ce que nous avons acquis par l'enthousiasme". Condorcet
Dernière modification par Dordon 17/01/2005 à 22h48.
FIN-CITATION
Auteur: cedric
Date: 21-01-2005 10:42
Il ne percevait pas son propre corps. Il le négligeait, il se négligeait. Mais de tout cela, il n'avait pas conscience.
Il vivait, ça oui. Un vie normale dans cette société normale. L'image qu'il avait de lui? : Un mec bien. Paumé certes, mais un mec bien. C'était l'image que ses amis donnait de lui. Si tous ses amis le lui disait, sans exception, c'est que ca devait être le cas. Paumé mais honnête face aux autres et face au miroir.
Il n'avait jamais perçu son corps, mais ça, il n'en avait pas conscience. Il se contentait de l'image du miroir. Un physique honnête, un visage assez bien fait. Ca lui avait permis de conquérir pas mal de filles parmi les plus jolies.
Quelque chose le tourmentait. Depuis toutes ces années, une chose lui échappait alors même qu'il l'ignorait. C'était son corps.
Il le lavait comme il fallait, s'en occupait comme tout le monde le fait, peignage des cheveux, brossage des dents,....comme on lui avait appris à faire petit.
Mais personne jamais, ne lui avait dit, que ce qui le tourmentait c'était qu'il n'avait jamais perçu son corps. Il n'avait d'ailleurs jamais perçu aucun des corps de ses amis.
Même ceux des filles, il avait bien conscience que le corps qu'il touchait lui procurait du plaisir. Pendant l'amour, quand les deux corps ne faisaient plus qu'un, il avait toujours eu conscience de son plaisir. Mais jamais conscience du corps ni de celui de la fille ni du sien. Il profitait du plaisir, c'était ça un corps pour lui.
La routine s'était installée depuis maintenant plusieurs années. Toujours ce sentiment d'incomplétude. Un arrière-goût de trop peu, même après l'amour. Pourtant, se disait-il, tout est bien comme il faut dans ma vie!. Qu'est-ce qui cloche?
C'est un soir que c'est arrivé. Assis sur son canapé, seul, dans le silence, télé éteinte. Il regardait sa main comme d'habitude, tout à coup, il eu conscience qu'il la regardait comme jamais il ne l'avait vue. C'était SA main. Ca devenait évident pour lui. Il percevait que c'était cette main qui lui permettait de toucher. Et au fil des instants suivants, que c'était ce corps qui lui permettait de sentir, de voir, d'entendre....en un mot : de Vivre.
C'était la première fois qu'il percevait ainsi son corps. Il regardait autour de lui : quelque chose avait changé. Il avait perçu pour la première fois son corps.
Désormais, il souriait.
...
Auteur: titop
Date: 25-01-2005 13:23
J'apporte mon expérience pour éclairer un peu certains aspect de "l'incomplétude".
Vous envisagez l'unité, la fragmentation, la violence, mais pensez-vous à l'indifférence?
Je veux dire, si la vie paraît incipide, sans relief ni émotion forte, alors on ne ressent plus son corps, on ne ressent plus la plénitude de l'être; on ne vit plus.
Pour moi ça s'est manifesté vers 21 ans. Tout me paraissait noir et détestable. Les gens me paraissaient tristes et ma vie n'avait plus d'interet.
Alors j'ai fait un geste fou : j'ai pris une bouteille de gaz et je me suis enfermé dans une voiture pendant deux heures; au bout de deux heures j'ai pris un briquet et j'ai allumé.
LA DOULEUR
J'ai été projeté dans une douleur si intense que j'en ai perdu conscience.
Ma main était brulée au troisème degré sur tout le dos et ses élancements me rappelaient la douleur initiale qui elle était cent fois plus intense.
Cette douleur, j'aime à m'en souvenir comme d'une renaissance.
Lorsuqe je l'ai ressentie, toute ma vie en a été changée.
Depuis, lorsque je croise le regard de quelqu'un, j'y vois ses joies et ses peines, ses douleurs et je compatis.
Cela donne un sens à ma vie : je dois l'aider à apaiser ses douleurs.
Seule la douleur que j'ai autrefois ressentie me le permets; en effet sans elle comment saurais-je que cette personne que je regarde souffre si moi-meme je n'avais pas souffert auparavant.
Ce désir d'apaiser la souffrance des autres, de venir en aide à son prochain, pour moi, c'est cette douleur initiale qui me l'insufle.
Je ne renie pas mon geste même si je suis content d'être encore vivant et je ne le souhaite pas à quiconque, mais tout le monde souffre, d'une manière ou d'une autre, et c'est un moteur pour nous faire réagir pour nous faire vivre plus intensément, en toute plénitude, notre être physique, mental et collectif.
En effet, depuis cet évènement, je ne me conçoit plus comme un corps mais comme l'être, la totalité de l'être, depuis sa racine qui réside dans ce corps jusqu'à sa feuille la plus lointaine, jusqu'à ton esprit que je contacte et que je vivifie par ces propos.
Je ne dis pas qu'il faut rechercher la souffrance, mais celle-ci est inévitable et un jour ou l'autre elle vous touchera.
Ce jour, j'espère que vous vous souviendrez de mes propos, pour à votre tour la prendre du bon côté et réagir comme une fleur sur laquelle Dieu vient de déposer une larme.
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Si tu ne sais pas, Imagine.
Si tu ne comprends pas, Devine.
Si tu n'as plus d'espoir, laisse le temps s'écouler
Et comme la vie nait du néant, il va régénérer.
Auteur: cedric
Date: 25-01-2005 15:41
Bonjour titop,
Merci pour ton témoignage. Ce que tu y dis est intéressant.
En effet, il faut savoir ce qu'est la douleur pour comprendre l'autre quand il nous dit : "je souffre".
Mais pour savoir ce qu'est la douleur. Il ne faut pas forcement la vivre. Ecouter très attentivement ce que dis l'autre sur sa souffrance, c'est apprendre cette douleur.
Personne ne peut ressentir toutes les douleurs que des hommes ont ressenti ou ressentent. Mais tout le monde peut apprendre en écoutant ce que dit l'autre. Car la douleur et la souffrance ont des structures que tout le monde peut comprendre car tout le monde est Homme, c'est l'intensité, le degré de douleur ou de souffrance qui diffère entre les Hommes.
Au niveau de la douleur physique, c'est plus délicat. Je n'ai jamais été brulé au troisième degré, je ne sais donc pas quel effet cela fait. Tout comme, je n'ai jamais eu de
cancer, de d'accident de voiture ni jamais eu à subir une chimio,....Mais dans l'écoute attentive, on peut approcher ce qu'est cette douleur physique, et surtout toute douleur morale.
On n'aide personne en souffrant, on ne s'aide pas soi-même en souffrant. La douleur n'est en rien "bonne". Mais l'attention qu'on porte à la souffrance, à la douleur, quand elle est là, ça c'est bénéfique.
Comment vois-tu cela?
Amicalement.
Auteur: titop
Date: 25-01-2005 15:57
Je suis tout à fait d'accord avec toi.
La souffrance n'est pas bonne en soi.
Etre attentif à ceux qui souffrent, c'est très bien.
Mais avis aux parents qui veulent bien faire :
ne jamais cacher la souffrance!
Les enfants qu'on voudrait protéger en leur cachant la souffrance du monde, en leur montrant un monde parfait ou tout est rose, c'est créer des problèmes pour leur futur.
Je ne dis pas qu'il faille faire souffrir les enfants, seulement ne pas les cloisonner dans une tour d'ivoir.
C'est, je crois, le gros problème de l'Occident.
Auteur: cedric
Date: 25-01-2005 16:29
A mon tour d'être tout à fait d'accord avec toi.
Ne rien cacher.
Ne pas montrer volontairement sans cesse des horreurs.
Mais, au moins, ne rien cacher.
Tout à fait vrai.
Être à côté, cheminer avec l'enfant, lui expliquer comme on comprend soi-même, ne pas inventer ni explication oiseuse ni mensonge.
Laisser ensuite l'enfant cheminer par lui-même. Cette vie qu'il devra de toute façon arpenter seul.