Voici un article sur lequel je suis tombé hier sur le site de TV5Monde:
Un rapport remis lundi au Premier ministre François Fillon préconise la mise en oeuvre d'un projet de lanceur européen capable de voler en 2020/2025 et de succéder ainsi à la fusée Ariane 5.
Ce rapport sur l'avenir des lanceurs en Europe, commandé par le gouvernement, est signé par l'administrateur général du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) Bernard Bigot, le délégué général pour l'armement Laurent Collet-Billon et le président du CNES Yannick d'Escatha.
Alors qu'Ariane 5 arrive à mi-vie, il est "urgent" de préparer le "lancement d'un véritable projet de nouveau lanceur européen, capable de répondre durablement, à l'horizon 2020/2025, aux enjeux d'accès européen autonome à l'espace", écrivent les auteurs.
Pour cela, la France devrait demander que les études préparatoires de cette "Ariane 6" soient inscrites à l'ordre du jour du prochain conseil ministériel de l'Agence spatiale européenne (ESA) en 2011. Il faut en effet au moins 15 ans pour faire aboutir un nouveau projet, notent les responsables.
"La France prendra l?initiative de contacter ses partenaires européens afin de préparer les échéances de cette ambition", affirme un communiqué du Premier ministre publié après la réception du rapport.
Selon ce rapport, Ariane 6 devrait être "extrêmement modulable" et pouvoir effectuer des lancements institutionnels et commerciaux dans la gamme de 3 à 6 tonnes en lancement simple.
Arianespace devrait pour sa part changer de stratégie pour se concentrer "en priorité" sur les commandes institutionnelles et "obtenir juste assez de contrats commerciaux pour satisfaire le rythme minimum de lancements".
Le rapport n'a en revanche pas souhaité aborder la question des vols habités, jugeant qu'il ne "peut être traité qu'à l'échelle d'une coopération mondiale", dans laquelle le rôle de l'Europe reste à définir.
J'ai souligné en gras les passages qui me semblent les plus problématiques.
3 à 6T en lancement simple, c'est un recul évident par rapport aux capacités d'une Ariane5 ECA actuelle...
Se concentrer sur les lancements institutionnelles est le meilleur moyen de voir disparaître la filière Ariane: le succès du lanceur européen est dû à sa capacité à effectuer des lancements doubles avec une fiabilité supérieure à celle de la concurrence. La capacité, on vient d'en parler: elle est sérieusement vue à la baisse. Quant à la fiabilité, elle n'a pu être obtenue que grâce à des lancements réguliers, alors que les capacités européennes en matière de tirs institutionnels sont très largement inférieures à celles des USA. Delta4 et Atlas5 n'ont pas vocation à être compétitifs en terme de prix étant donné la multiplicité des lancements gouvernementaux (notamment dans le domaine de la Défense) qui leur assurent une activité. Cette proposition est d'autant plus stupide (et je pèse mes mots) que Soyouz va bientôt être lancé depuis la Guyane. Les deux premiers satellites tests Galileo ou Corot ont été envoyés dans l'espace par ce lanceur, et non par Ariane (pas adaptée, il est vrai, à ce genre de mission, sauf peut-être comme passager clandestin). Dans ce cas, pourquoi avoir consenti des investissements coûteux pour adapter un pas de tir Soyouz, si c'est pour lancer les satellites institutionnels par Ariane ou Vega??? Je ne comprends pas la logique, si du moins elle existe. C'est la concurrence qui a permis à Ariane de développer une filière d'excellence et de fiabilité, et un changement de philosophie risque d'être totalement contre-productif...
Passons enfin sur les vols habités: toujours autant de frilosité dans ce domaine, on commence à s'y habituer...Je ne suis pas un partisan à tout crin du vol habité, mais ce domaine est à l'image de l'Europe politique: inexistant.
Je soumets cette annonce à votre sagacité, non sans avoir dressé le portrait (tout à fait personnel, donc critiquable à volonté) de ce que devrait être Ariane6: un lanceur partiellement réutilisable, avec un premier étage récupérable et ailé, doté de moteurs aérospikes; 2ème étage consommable et modulaire (tant en terme de motorisation que de capacité de manoeuvre). Capacité en lancement double:10/11T en GTO
Nouvel avatar des tergiversations d'une Europe spatiale en mal d'ambitions...
ExoMars : Une mission moins ambitieuse
La mission ExoMars de l'Agence spatiale européenne a été revue complètement pour des questions de financement. L'Europe étant dans l'incapacité à financer ce programme phare de l'exploration robotique de Mars, les responsables de la mission ont été contraints à réduire la voilure.
Un budget multiplié par 2
Initialement, le programme ExoMars bénéficiait d'un financement de 650 millions d'euros (2003). Le coût du projet a été évalué à 1 milliard en 2007 avant d'être revu à la hausse en 2008 quand Thales Alenia Space, responsable industriel du projet, l'a finalement estimé à 1,2 milliards d'euros. A la sortie de la ministérielle de l'ESA en novembre 2008, seuls 850 millions d'euros avaient été trouvés. Aucun Etat membre de l'ESA ayant souhaité augmenter sa participation ou financer ce déficit, l'Agence avait alors été contrainte de reporter le lancement de la mission à la fenêtre de tir suivante (de 2013 à 2016). Début 2009, le directeur général de l'ESA, Jean-Jacques Dordain, se voulait rassurant devant la presse, estimant possible une solution à ce problème de financement à travers un partenariat technique et/ou scientifique avec la NASA et/ou Roscosmos.
L'augmentation par 2 du coût de la mission contraint donc les responsables de la mission a débarquer le paquet géophysique, d'abandonner le bras robotisé, de restreindre l'utilisation du foret de 2 m et de confier le lancement du rover à une Atlas-5 de Lockheed Martin (United Launch Alliance) et non plus à Ariane 5 comme prévu.
Les grands objectifs de la mission n'ont pas changé. Il s'agit toujours de chercher des traces de vie éteinte ou active et de mieux comprendre les dangers auxquels s'exposera l'homme lorsqu'il débarquera sur Mars. Le paquet géophysique débarqué, dénommée station Humboltd, est une suite de 11 instruments (30 kg) qui devaient étudier l'intérieur de Mars, caractériser son environnement et mesurer l'orientation et la rotation de la planète pour comprendre son évolution et son habitabilité. Cette station devait embarquer le sismomètre conçu par Ph. Lognonné pour la mission Net lander du CNES, abandonnée en 2003 qui ne désespère pas de le voir poser sur …la Lune. A suivre donc.
Source: flashespace
Donc, comme je le disais dans mon post précédent, à quoi sert de vouloir réduire Ariane à un lanceur institutionnel, alors que pour une mission jugée centrale, non seulement l'Europe réduit la voilure, mais pose la sonde au sommet d'un lanceur concurrent qui a très peu volé jusqu'à présent???
La logique de tout cela m'apparait de plus en plus obscure!
Dernière modification par Vador59 ; 27/05/2009 à 14h25.
"La fin justifie les moyens" (Machiavel)
27/05/2009 - 17h46
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Re : Ariane 6: le rapport qui fâche...
Bonjour,
Les organisations européennes de la commission au plus obscure comité machin chose, ne raisonnent toutes qu'en vassal des Etats-Unis.
@+
Dans les villages gaulois, ils ne sont jamais tous d'accord. Jules César
28/05/2009 - 13h01
Vador59
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Re : Ariane 6: le rapport qui fâche...
Salut à tous!
Encore un exemple de l'incapacité chronique de l'Union Européenne, que l'appétit grandissant des puissances émergentes risque de reléguer bientôt à un rang subalterne dans l'espace:
Là encore je me permets de relever les passages les plus intéressants:
trois options sont encore débattues pour l’étage de base : cryogénie, propergols solides, mais aussi le développement d’une nouvelle filière, actuellement inexistante en Europe, basée sur un ensemble LOx/hydrocarbure, et dont le coût est estimé entre 3,5 et 8 milliards d’euros de développement.
Question: est-ce utile de développer (avec un coût élevé) la technique, si j'ose dire, archaïque Lox/kérosène sachant que le prix des hydrocarbures sera inexorablement tiré vers le haut (surtout d'ici 2025!). Si on parle de méthane/Lox, quid alors du projet Oural??
Reste à savoir si cette limite s’avérera suffisante (...) Vega sera entièrement remotorisée : remplacement du moteur P80 par un P100, du Zefiro-23 par un Zefiro-40, et surtout du Zefiro 9 par un étage supérieur réallumable à propergols liquides (Vinci ou Aestus).
Est-ce utile de déjà remotoriser un lanceur qui n'a même pas encore volé? De plus, la question du lancement double ne semble pas être examinée de façon très pertinente dans ce rapport...
Ariane 6 serait destinée, à terme, à remplacer à la fois Ariane 5 et le lanceur Soyouz
Et de reposer ma questionourquoi avoir procédé à de coûteux travaux d'aménagement à Sinnamari pour le lanceur Soyouz s'il s'agit de s'en débarrasser à moyenne échéance?
Réflexions...
Bonne journée à tous!
"La fin justifie les moyens" (Machiavel)
16/06/2009 - 20h07
Vador59
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Re : Ariane 6: le rapport qui fâche...
Salut à tous!
Flashespace nous livre de nouvelles informations sur le devenir des lanceurs européens...
Dans ce cadre là, les besoins ont été identifiés pour les années 2020 / 2025. On se dirige vers un lanceur capable de placer de 5 à 8 tonnes (lancement simple) en GTO dont le coût de production unitaire doit être le plus bas possible et le coût de lancement doit être significativement inférieur au cout actuel. Avec l'abandon du lancement double qui a toujours été présenté en Europe comme un facteur de réduction du coût de lancement, on peut se demander ce qui peut bien faire penser à l'ESA que l'exploitation d'un nouveau lanceur, ne lançant qu'un seul satellite à la fois, est susceptible de faire baisser ce coût ?
Il y a de quoi se poser des questions...Le coût d'un lanceur est facteur du nombre de lancements qu'il est en mesure d'effectuer, de telle sorte que la production en série de ses composants aboutit à un abaissement significatif du coût global. Néanmoins, un lanceur nouveau est toujours plus cher qu'un lanceur éprouvé, ne serait-ce qu'en raison de la faible confiance que les opérateurs lui confèrent (difficile de prendre le risque de perdre un satellite de plusieurs millions de dollars!). Même Falcon est actuellement plus cher que ce que sa production en série pourrait permettre, tout simplement parce que cette fusée est encore en phase de mise au point.
La tentation est donc grande de réexploiter au maximum des composants éprouvés; précisément, il semble que les industriels européens s'orienteraient vers une fusée bi-étage tout cryogène, l'utilisation commune du couple LH2-Lox permettant de réduire les frais de maintenance sol.
Pour la motorisation:
il apparaît nettement que l'industrie spatiale européenne souhaite dépasser la filière Vulcain et se lancer 'enfin' à fond dans le développement d'un HTE (High Thrust Engine), moteur cryotechnique à combustion étagée. Ce type de moteur est plus performant et plus intéressant à long terme mais la perspective d'assurer son plan de charge en R&D dans les années à venir n'est peut-être pas complètement absente de ce choix.
Rien n'est dit a à propos du développement d'un moteur aerospike...Dommage!
Plus d'infos dans ce document de l'ESA et repris sur site:
Nouvelle pierre à l'édifice: cet article repris sur le site de TV5 monde (21 juin 2009, sur dépêche AFP).
Nicolas Sarkozy a souhaité samedi que des premières décisions concernant Ariane 6, nouvelle génération de lanceurs devant succéder à Ariane 5, puissent être prises à la conférence ministérielle 2011 de l'Agence spatiale européenne (ESA).
Dans un communiqué de la présidence de la République diffusé lors de sa visite au salon du Bourget, le chef de l'Etat a réaffirmé "son soutien à l'ensemble de l'industrie spatiale française, secteur stratégique pour la France et l'Europe".
"Tirant les conclusions de la mission de réflexion" sur la mise en oeuvre d'un projet de lanceur européen capable de succéder à la fusée Ariane 5 à l'horizon 2020-2025, Nicolas Sarkozy "souhaite que s'engagent, en concertation avec nos partenaires européens et l'Agence spatiale européenne, les premières études sur ce lanceur en vue de décisions à la conférence ministérielle 2011 de l'ESA".
"Ariane 6 devra être un lanceur modulable, d'une très grande robustesse, et optimisé en termes de coût afin de répondre au mieux tant aux besoins gouvernementaux qu'aux besoins commerciaux, dans un contexte de concurrence accrue", a-t-il ajouté.
A suivre!
"La fin justifie les moyens" (Machiavel)
21/06/2009 - 19h26
Carcharodon
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Re : Ariane 6: le rapport qui fâche...
Salut,
Moi non plus, je ne piges pas trop ...
d'un coté la politique du lancement double a propulsé Ariane a la première place, avec plus de la moitié, des lancements civils et soudain on abandonne cette politique a moyen terme...
Mais je suis mal placé pour prévoir ces enjeux, et il reste que la politique commerciale d'Ariane Espace a toujours été juste et fructueuse.
En attendant, le pas de tir soyouz a tout de même quelques années devant lui.
Avant de devenir un musée
Effectivement, analyse intéressante, qui démontre une fois de plus que le lancement double demeure la manière la plus intéressante de lancer dans l'espace en mutualisant le coût de la mise en orbite.
La seule nuance qu'il faudrait apporter, ce sont les aspects de disponibilité et de fiabilité du lanceur: Ariane5ECA dispose d'une plus grande fiabilité (donc une couverture assurance plus intéressante pour le client), et les installations de Kourou sont à la fois plus modernes, et permettent plus de flexibilité aux clients (capacité d'intervention directe sur le satellite au BAF).
Espérons que d'ici la décision, les experts auront mis le doigt sur cet incongruité...