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Question à M. Robert KANDEL. Principe de précaution.



  1. #1
    THOMAS83

    Question à M. Robert KANDEL. Principe de précaution.


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    Bonjour,

    "Castelcerf" vient de soulever une question intéressante sur l'engagement des scientifiques et le principe de précaution. En substance, si j'ai bien compris, pour élever le niveau d'intervention des décideurs politiques, il faudrait forcer un peu l'évaluation des risques.
    J'aimerais connaître l'avis de Monsieur Kandel sur cette proposition.

    En ce qui me concerne :
    1°) il me semble que la certitude est acquise que le réchauffement global aura des impacts importants sur nos modes de vie dans les 50 ou 100 prochaines années, et probablement plus graves au-delà (à niveau technologique progressant selon la courbe actuelle), et qu'il n'est plus nécessaire de verser dans l'alarmisme pour alerter les décideurs.

    2°) les politiques commencent à prendre la mesure des enjeux et de ce qu'ils vont coûter. Mais ils sont écartelés entre la gestion du quotidien qui leur prend pratiquement tout leur temps et la réflexion sur le long terme. Il est rare qu'un homme politique se projette au-delà de l'échéance de son mandat. Pourtant, certains le font, que ce soit au niveau central ou à celui des collectivités locales.

    3°) l'information que les scientifiques peuvent dispenser aux politiques devrait effectivement être renforcée pour que d'avantage de décideurs locaux et nationaux puissent engager, chacun à leur niveau, les stratégies d'adaptation. L'ONERC devrait être un relai de transmission de l'alerte plus performant qu'aujourd'hui, donc il faudrait lui donner plus de moyens, ainsi qu'à l'ADEME.

    4°) parallèlement, les modèles de prévision amélioreront leur maillage, et il sera possible de modéliser les impacts probables au niveau régional. Car pour la plupart des politiques, les questions climatiques sont étroitement corrélées aux territoires qu'ils administrent. Ainsi, à titre d'exemple, si une cartographie assez fine des territoires qui seront affectés par l'élévation du niveau de la mer pouvait être présentée aux maires des villes littorales, avec une évaluation des dommages collatéraux, ces maires auraient alors plus de certitudes sur la nécessité d'agir dès maintenant.

    5°) j'ai pu exprimer sur ce forum ma conviction de l'importance du rôle des initiatives locales dans ce domaine (comme dans d'autres) et que l'Etat n'est plus la puissance dont il faut tout attendre.
    Exigeons de l'Etat qu'il augmente les budgets de la recherche (c'est de sa compétence directe et régalienne), qu'il donne l'exemple au travers des orientations de la commission parlementaire des choix technologiques et scientifiques, qu'il donne plus de poids au ministère du développement durable, qu'il impose à ses services la conscience de la nécessité d'impulser, à tous leurs niveaux d'intervention, les mesures tendant à la réduction des GES, à la mise en oeuvre des stratégies d'adaptation et aux économies d'énergie, et qu'il augmente le crédit d'impôt en cas de recours aux énergies renouvelables.
    Pour le reste, disons aux politiques locaux "aide-toi, le ciel t'aidera".
    Et essayons de faire confiance en la pertinence des initiatives locales. Décentralisation oblige.

    Merci à Monsieur Kandel de me donner son avis sur cette position.

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  2. #2
    Robert Kandel

    Re : Question à M. Robert KANDEL. Principe de précaution.

    RK : Voir aussi ma réponse sur le Principe de précaution

    De toute manière, les choses vont changer au cours des 50 ou 100 années à venir. Mais effectivement, le changement climatique risque de bousculer le paysage.

    Au niveau des collectivités locales, sans même invoquer le principe de précaution (PP), sans même invoquer le changement climatique, il faut déjà mieux appliquer une prévoyance élémentaire, compte tenu de ce qu'on sait déjà sur le climat présent et récent. Donc, ne pas délivrer de permis de construire dans les couloirs d'avalanches, ne pas délivrer de permis de (re)construire et ne pas prendre le relais des assureurs dans des lieux trop exposés (comme beaucoup dans le Languedoc-Roussillon) où les crues destructrices surviennent plusieurs fois par siècle. Et se préparer, notamment en région parisienne, pour faire face à la crue centennale (la répétition de la crue de janvier 1910), en tenant compte de l'évolution de la vulnérabilité. Il y a déjà du travail dans ce sens, fait-on assez ? Est-on préparé pour reloger temporairement quelques dizaines de milliers de foyers en Val-de-Marne ?

    Effectivement, avec la certitude d'un changement climatique important au cours des décennies à venir, le PP dirait qu'il faudrait aussi tenir compte de la possibilité (pas la certitude) que la canicule extraordinaire de 2003 se reproduise 2 ou 3 fois au cours des 30 prochaines années, que la crue jusquici centennale survienne 2 ou 3 fois au cours du 21e siècle. Aussi, que la montée du niveau de la mer couplée à des tempêtes éventuellement plus violentes (ce qui n'est pas sûr), menace certaines parties du littoral (Palavas sous les flots ?). Avec le réchauffement, il est imprudent d'investir dans le développement de stations de sports d'hiver à moyenne altitude, à moins de prévoir dès le départ l'installation d'une véritable usine à fabriquer de la neige.

    En ce qui concerne la réduction des émissions de GES, réduction commandée par le PP, le problème est mondial. L'atmosphère ne respecte pas les frontières, elle mondialise les émissions. Que peuvent faire alors les collectivités locales ? En France, puisque les émissions viennent en premier lieu des transports routiers (particuliers et marchandises), les collectivités locales doivent contribuer à une réduction de ces émissions en améliorant les transports en commun, en décourageant par la taxation voire l'interdiction les véhicules les plus inefficaces (4X4 en ville notamment), en prônant une urbanisation appropriée, sans doute avec une densité plus forte. Il faudra encourager le transport de marchandises par rail plutôt que par la route, en développant des installations de transbordement, en multipliant les points de rechargement de véhicules électriques. Mais cela ne peut se faire uniquement au niveau local. Il faut que les entrepreneurs aient confiance que le mouvement de marchandises par le rail ne sera pas grevé à tout bout de champ par des « mouvements sociaux ». Il faut agir sur les routiers néerlandais, espagnols, et polonais autant que sur les français. L'utilité des initiatives locales, c'est de faire monter les pressions aux niveaux national, européen, et mondial. Si l'on montre qu'il existe de réelles alternatives couplant des économies d'énergie et des économies tout court à une amélioration de la qualité de la vie des citoyens, il sera plus facile de développer ces alternatives ailleurs en Europe et dans le monde. Dans certains cas, cela conduira au développement d'industries nouvelles permettant d'inverser les courants de délocalisation des emplois.

    Bien sûr, il faut encore beaucoup de recherches pour savoir ce qui nous attend, pour affiner les projections du changement climatique, notamment à l'échelle régionale, surtout en ce qui concerne le cycle de l'eau. Il faut donc une participation accrue des régions, des associations d'agriculteurs, des industriels, en plus de l'Etat et de la Commission européenne. Et il faut que dans la recherche de type CNRS et universitaire, les recherches appliquées à l'atmosphère et à la surface de notre Terre, comme aux méthodes de production, ne soient pas déconsidérées et délaissées au profit des recherches prétendument fondamentales sur des planètes plus ou moins lointaines où personne ne vit et où le peu de « vérité sol » disponible ne permet guère de tester les hypothèses avec rigueur. Même si cela est passionnant ! Et parfois utile pour mieux comprendre notre planète.

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