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"Hypoglycémie" et réserves énergétiques



  1. #1
    Lugo

    Question "Hypoglycémie" et réserves énergétiques

    Bonjour,

    Je me pose une question à propos des petits malaises que l'on peut faire et que l'on appelle souvent crise d'hypoglycémie et qui est souvent un abus de langage, d'après ce que j'ai compris.
    En effet, chez les personnes en bonne santé (pas de mal ou sous nutrition, pas de problème au pancrés ou de diabète, ni d'intolérance au glucose, etc..), les "vraies" crises d'hypoglycémies sont rares apparemment. Pourtant, si je ne mange pas pendant deux repas sans réduire mes efforts physiques, je vais me sentir mal jusqu'à ce que je mange..
    De plus, il me parait impossible de manquer d'énergie en ratant seulement quelques repas vu que le glucose est loin d'être la seule source d'énergie :
    - le glucose fournit de l'énergie lorsqu'il est engagé dans la glycolyse
    - le glycogène stock le glucose et peut donc le libérer en cas de glycémie trop faible (grâce au glucagon)
    MAIS :
    - le tissu adipeux contient des réserves importantes sous formes de triacylglycérols qui peuvent libérer beaucoup d'énergie avec un meilleur rendement que le glucose même si c'est peut-etre plus long, je ne sais pas

    Il y a donc de nombreuses réserves dans l'organisme pouvant fournir de l'énergie sous forme d'ATP et ces réserves ne sont pourtant pas épuisées au bout de quelques repas...
    Alors comment expliquer que l'on se sente mal au bout de si peu de temps alors que nous avons encore de quoi fournir de l'énergie ?
    Est-ce le cerveau qui consomme beaucoup et qui ne veut QUE du glucose ?

    Merci d'avance

    -----


  2. Publicité
  3. #2
    Flyingbike

    Re : "Hypoglycémie" et réserves énergétiques

    C'est assez complexe mais voila quelques pistes :

    -l'impression de faiblesse est peut être la justement pour anticiper, et donc pousser la personne a réagir avant qu'il ne soit trop tard. C'est une protection en quelque sorte, un peu comme l'évanouissement qui "oblige a tomber", protégeant ainsi le cerveau vis a vis d'une éventuelle hypoxie

    -effectivement il existe des réserves importantes et l'hypoglycémie réelle n'arrive pas a quelqu'un de normal qui n'est pas sous traitement hypoglycémiant (DT1 ou DT2 tardif).

    -La concentration sanguine en glucose ne reflète pas la disponibilité vis a vis des organes : il y a un transport passif dont l'efficacité dépend des organes et qui est plus ou moins hormono dépendant

    -l'adaptation de la production de glucose par le foie et de la lipolyse adipocytaire existe, mais il peut y avoir un décalage temporel entre le stimulus et l'adaptation métabolique.

  4. #3
    Sifo-Dyas

    Re : "Hypoglycémie" et réserves énergétiques

    Salut

    Ne pas oublier qu'une heure et demie après un repas riche en glucides, on a une "hypoglycémie réactionnelle", la production d'insuline monte en flèche après l’absorption de glucides, et crée donc une hypoglycémie peu après. Cela dépend des personnes, on peut y être plus ou moins sensible.

    De plus, il me semble que l'insuline bloque la libération du glucagon et donc aussi (temporairement) le recours au glycogène. On est donc en (relative) hypoglycémie souvent une heure ou deux après un repas riche en glucides, le "coup de barre" de 10 heures pour ceux qui prennent des céréales au petit déj' ou la petite sieste de l'après-midi après le gros couscous sont souvent dus à ce phénomène. Idem pour le grignotage de produits riches en glucides : il entraîne un nouveau grignotage peu de temps après. À l'inverse, on court très bien le matin à jeun, 30 à 50 minutes sans avoir consommé de glucides depuis 12 heures et sans ressentir la moindre hypoglycémie, si l'on sait rester en endurance.

    Le cerveau consomme aussi les "corps cétoniques" produits naturellement par le corps quand on absorbe moins de glucides.

    Sans te recommander une attitude extrême, sache qu'on peut ne manger pratiquement aucun glucide (régimes des chasseurs cueilleurs en dehors de la période des fruits, régime des Esquimaux) et avoir un cerveau et un corps performants. Il te faudrait tester quelques jours une alimentation assez réduite en glucides, en évitant pains, pâtes, pommes de terre, pizza et autres (à remplacer par un peu plus de graisse et de protéines, qui apporte des calories sans créer d'hypoglycémie réactionnelle), et voir si tu as toujours ces symptômes.

    Je vais me faire remonter les bretelles par ceux qui ne jurent que par les "recommandations officielles" mais cela fait un an que je ne consomme que peu de glucides (ce qui ne m’empêche pas d'en manger de temps à autres, ce n'est pas une attitude sectaire), ça correspond pour moi à la redécouverte du sport d'endurance (vélo, course à pied) et pour rien au monde je ne m'amuserai à manger un plat de pâtes ou un gâteau avant d'aller faire du sport. Après, oui, si l'on désire reconstituer rapidement son stock de glucides, mais en quantité limitée.

    Donc, teste quelques jours avec peu de glucides, ou avec des glucides à très faible indice glycémique, et oublie le vieux concept de "sucres lents" qui n'a aucune réalité physiologique mais se trouve encore parfois sous la plume de personnes non renseignés.
    Cordialement. Sifo-Dyas

  5. #4
    Lugo

    Re : "Hypoglycémie" et réserves énergétiques

    Merci pour ces réponses complètes

    Sifo-Dyas, l'emploi du pronom "je" t'a peut-être induit(e) en erreur mais en réalité ce n'était pas une question que je me posais par rapport à des problèmes personnels mais je parlais en général, seulement par curiosité scientifique en tant qu'étudiant en biologie qui essaye de faire ce que le programme officiel ne prévoit pas, c'est-à-dire, relier les cours très théoriques et la "vie quotidienne" ^^

    Si je comprends bien :
    - le petit coup de barre peut être dû à une hausse de production de l'insuline après un repas riche en glucides diminuant ainsi la glycémie
    - ce n'est pas parce que la glycémie est normale ou suffisamment importante que les organes prélèvent suffisamment de glucose sanguin
    - la dégradation des lipides stockés prend peut-être trop de temps pour que l'énergie soit disponible à temps

    Dans ce cas, cela voudrait que lorsque cela arrive, si l'on ne mange toujours rien et que l'on attend, la glycémie devrait se rétablir d'elle-même sans forcément que l'on tombe dans les pommes (si l'on n'a pas de problèmes particuliers dans la régulation de la glycémie bien sur)

    Je sais que mes questions sont assez pointues mais je constate que peu de gens se posent vraiment les questions et il arrive très souvent que des gens réagissent face à quelqu'un qui se sent un peu faible en lui demandant si il a suffisamment mangé au dernier repas, etc sans vraiment se demander pour quelles raisons précises rater un ou deux repas aurait cet effet-là..

  6. #5
    naniot

    Re : "Hypoglycémie" et réserves énergétiques

    Si je comprends bien :
    - le petit coup de barre peut être dû à une hausse de production de l'insuline après un repas riche en glucides diminuant ainsi la glycémie
    - ce n'est pas parce que la glycémie est normale ou suffisamment importante que les organes prélèvent suffisamment de glucose sanguin
    - la dégradation des lipides stockés prend peut-être trop de temps pour que l'énergie soit disponible à temps
    Je suis étudiant en première année de médecine et, d'après ce que j'ai vu en cours, je pense que ce que tu dis en résumé est correct. Je peux aussi dire (par rapport à ce que j'ai appris en cours, bien entendu) que:

    - si on consomme trop de glucides, et ce à plusieurs reprises, les cellules du pancréas qui produisent l'insuline (cellules bêta) finissent par mourir et on devient diabète insulino-dépendant.
    - les lipides sont plus difficiles à traiter car ils sont hydrophobes et pour les utiliser comme source énergétique, il faut de la carnitine (que l'on trouve dans la viande, principalement). Sauter plusieurs repas peut donc entraîner une carence en carnitine qui empêche l'utilisation de lipides comme substrat énergétique. En plus de cela, il faut passer par des étapes supplémentaires lors de l'entrée du lipide dans la mitochondrie (ce qui prend plus de temps, comme tu l'a bien dit).
    -les neurones utilisent principalement le glucose comme substrat énergétique.

    Tout cela reste à confirmer, bien-entendu.

    Bonne fin de soirée

  7. A voir en vidéo sur Futura
  8. #6
    Flyingbike

    Re : "Hypoglycémie" et réserves énergétiques

    - si on consomme trop de glucides, et ce à plusieurs reprises, les cellules du pancréas qui produisent l'insuline (cellules bêta) finissent par mourir et on devient diabète insulino-dépendant.
    En fait ce qu'on appelle le diabète insulino dépendant ne commence pas du tout de cette façon. L'hyperglycémie chronique peut rendre insulino dépendant mais à un stade avancé de la maladie. L'insulinorésistance s'installe avant l'insulinopénie.

    - les lipides sont plus difficiles à traiter car ils sont hydrophobes et pour les utiliser comme source énergétique, il faut de la carnitine (que l'on trouve dans la viande, principalement). Sauter plusieurs repas peut donc entraîner une carence en carnitine qui empêche l'utilisation de lipides comme substrat énergétique. En plus de cela, il faut passer par des étapes supplémentaires lors de l'entrée du lipide dans la mitochondrie (ce qui prend plus de temps, comme tu l'a bien dit).
    Effectivement il faut de la carnitine, mais ce n'est pas du tout cela qui limite le flux d'utilisation des lipides. En ce qui concerne l'efficacité de l'utilisation des lipides, c'est plus "rentable" que toute autre source d'énergie (en terme de densité énergétique). La seule condition est d'avoir suffisamment d'oxygène.

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  10. #7
    naniot

    Re : "Hypoglycémie" et réserves énergétiques

    Merci pour ces corrections.

    Imaginons maintenant qu'il n'y aie pas de glucides à disposition des cellules et qu'on se trouve dans un endroit où l'oxygène est peu abondant. Les protéines et les acides nucléiques peuvent-ils être utilisés comme substrat énergétique? Si oui, à l'aide de quels mécanismes?

    Merci de nourrir ma soif de connaissance ( nourrir sa soif?: je suis un peu fatigué).

  11. #8
    Flyingbike

    Re : "Hypoglycémie" et réserves énergétiques

    Imaginons maintenant qu'il n'y aie pas de glucides à disposition des cellules et qu'on se trouve dans un endroit où l'oxygène est peu abondant. Les protéines et les acides nucléiques peuvent-ils être utilisés comme substrat énergétique? Si oui, à l'aide de quels mécanismes?
    Attention quand je parle d'oxygène, ça ne veut pas dire qu'en altitude on n'oxyde pas de lipides (et encore c'est pas tout a fait vrai).
    Ce que je voulais dire, c'est que c'est énergiquement plus rentable d'utiliser des lipides que des glucides sous réserve d'un flux d'oxygène suffisant. Par exemple c'est en partie cela qui fait que le sprint utilise des glucides alors que le marathon des lipides.

    En tout cas, en absence de ces sources d'énergies, on peut effectivement tirer quelque chose des protéines (pas des acides nucléiques cependant) et plus précisément de certains acides aminés, surtout d'origine musculaire. Les mécanismes en jeu sont une dégradation des protéines musculaires (protéolyse) qui permet de libérer des acides aminés qui peuvent être utilisés par le foie pour produire du glucose a destination des organes qui ne peuvent pas faire autrement. Cette voie métabolique de production du glucose s'appelle la néoglucogénèse.

  12. #9
    naniot

    Re : "Hypoglycémie" et réserves énergétiques

    Merci énormément pour toutes ces informations supplémentaires. C'est très intéressant. Bonne nuit!

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