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Questions à Valérie Masson-Delmotte ("Le jour d'après")



  1. #1
    Wilk Olivier
    Invité

    Questions à Valérie Masson-Delmotte ("Le jour d'après")


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    Bonjour,

    En lisant votre réponse très complète ( voir : http://forums.futura-sciences.com/thread46459.html ). J'ai eu envie de profiter de vos connaissances pour vos poser quelques questions (si vous le permettez). Je reprendrai (pour essayer de gagner en clarté) pour cela quelques citations de vos propos (cf. lien ci-dessus).

    V M-D : Pour l'instant, la Peninsule Antarctique se réchauffe très vite, de même que l'Arctique et les côtes du Groenland. On mesure également un ralentissement du débit du "Gulf Stream".

    De quel ordre est-il ? Depuis combien de temps mesure-t-on ce débit ? Quelles sont les différentes hypothèses (ou au moins les principales) permettant d'expliquer un tel phénomène ?

    V M-D : Pour le futur, les modèles numériques de climat prévoient un réchauffement au cours du 21ème siècle, en réponse à l'augmentation des teneurs atmosphériques en gaz à effet de serre, et un ralentissement de la circulation océanique, puis un retour à une circulation océnanique plus intense : aucun de ces modèles ne prévoit un arrêt pour le 21ème siècle. Cependant, ces modèles ne résolvent pas toute la complexité de la circulation océanique fine (ils ont des grandes "mailles" pour calculer l'évolution climatique à long terme), et n'incluent pas tous les aspects du cycle de l'eau (débit des fleuves arctiques en réponse au dégel du pergélisol; fonte du Groenland).

    A ce propos, récemment un documentaire (sur la 5) a développé un point équivalent : l'augmentation très importante du débit des fleuves (en particulier Russes) qui viennent se jeter en mer du nord (Là où le Gulf Stream serait sensible au taux de salinité de l'eau). Ce débit d'eau douce était présenté comme bien plus important que celui créé par la fonte des glaces du Pôle Nord. En conclusion, ce documentaire soulignait qu'il existait une chance sur deux d'avoir un arrêt du Gulf Stream d'ici quelques décennies (quelques signifiant quelques unités !).

    V M-D : ... pour l'instant, nous ne pouvons pas exclure ce type de réaction brutale (ralentissement de la circulation dans l'Atlantique nord), mais nous n'avons pas la démonstration que cela pourrait avoir lieu au cours du 21ème siècle. Un sondage réalisé par un collègue allemand auprès des scientifiques spécialistes de la circulation océanique a donné une estimation de ce risque de l'ordre de 5% pour le 21ème siècle.

    A-t--il pris en compte l'augmentation actuel du débit des fleuves Russes ?
    Y a-t-il une possibilité que le Gulf Stream (enfin le courant dans sa globalité) puisse choisir un chemin d'énergie différente (au sens mécanique) (je pense : inférieur à celle qui est en train d'évoluer) ? Et ainsi d'accentuer bien plus le phénomène de refroidissement locale devant l'Europe ? Pour illustration, je prendrais l'exemple du phénomène El Niño.

    Y a-t-il un consensus au niveau de l'ensemble des scientifiques travaillant sur ce problème ?

    PS : J'ai c

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  2. #2
    Valérie Masson-Delmotte

    Re : Questions à Valérie Masson-Delmotte ("Le jour d'après")

    Ma réponse est basée sur une série d'articles récents :

    1 - "Decline of subpolar north Atlantic circulation" par Häkkinen et Rhines, Science, 2004 qui utilise des données d'altimétrie spatiale pour suivre la gyre subpolaire dans l'Atlantique nord et montre que le changement de
    circulation entre les années fin 1990 et 1970-1980 semble lié à un ralentissement de la circulation.

    "Rapid freshening of the deep north Atlantic ocean over the past four decades" par Dickson et al, Nature, 2002 qui montre que le système de convection qui ventile les eaux profondes de l'Atlantique du nord a
    changé au cours des dernières 4 décennies, ce qui se manifeste par des eaux profondes de moins en moins salées.

    Il est possible d'étudier essentiellement les 4 dernières décennies (satellites, systèmes d'instrumentation à la mer).

    Le changement de densité de l'eau de mer de surface est critique pour la plongée des eaux profondes => un apport d'eau douce en surface (précipitations, débit des fleuves, eau de fonte des glaciers) et un réchauffement peuvent ralentir ces plongées d'eau profonde. La formation de glace de mer est également étroitement liée à cette formation d'eaux profondes (rejet de saumures lors de la formation de banquise).

    Il y a en gros 2 hypothèses principales : soit cela fait partie de modes de variabilité naturelle soit cela est induit par le réchauffement atmosphérique récent.

    2 - Il n'est pas possible d'exclure qu'un changement abrupt se produise mais nous connaissons encore mal les seuils de flux d'eau douce (et leur localisation) critiques.

    3 - Des études de sensibilité sont réalisées avec les modèles de climat en faisant varier certains paramètres clés (débit fleuves, apport eau douce par glaciers) pour évaluer les ordres de grandeur.

    Les études des climats passés ont révélé que la circulation océanique était profondément différente pendant les périodes glaciaires et a la capacité à varier brutalement.

    Il y a consensus sur la capacité du système climatique et en particulier la formation des eaux profondes dans l'Atlantique nord à réagir de manière abrupte, par contre les recherches se poursuivent pour mieux
    caractériser les points de "bifurcation".

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