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Le Gulf Stream et son lot d'hypothèses...



  1. #1
    view_future

    Le Gulf Stream et son lot d'hypothèses...


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    J'ai retrouvé un article publié par futura sciences concernat l'arrêt du Gulf Stream (http://www.futura-sciences.com/news-...etait_6805.php) et qui disait ceci :

    Pour l’homme de la rue, freiner voire tout simplement arrêter le Gulf Stream relève de la science-fiction. Ce vaste courant océanique de surface de l’Atlantique en provenance de la zone intertropicale et qui baigne les côtes européennes (ce qui nous assure des hivers doux et des étés tempérés) ne peut tout simplement pas “tomber en panne”. Pourtant, une diminution de son intensité, voire même son arrêt complet ne sont pas impossibles. L’histoire climatique de la planète le prouve.

    Le Gulf Stream a déjà connu de sérieuses perturbations dans son “écoulement”

    Des chercheurs canadiens, américains et britanniques, dont les travaux ont en partie été soutenus par le 5e programme-cadre de recherche de l'Union européenne, estiment que le réchauffement global de notre planète entraîne depuis 10 ans une modification de la salinité des océans, ce qui pourrait perturber la circulation des courants marins (circulation thermohaline).

    Une question de salinité

    C’est l’évaporation plus importante des eaux de surface dans la région intertropicale, générant un surplus important de vapeur d'eau dans l'atmosphère et des précipitations d’eau douce plus intenses aux plus hautes latitudes, qui serait responsable de cette modification de la salinité dans l’Atlantique nord.

    Des eaux moins chargées en sel s’enfoncent plus difficilement vers les profondeurs marines. Or c’est précisément ce qui se produit avec le Gulf Stream au nord de l’Islande. C’est là que le fameux courant plonge vers les fonds océaniques pour retourner vers les Tropiques puis, plus loin encore, vers l’océan Antarctique. Ce courant océanique profond est en quelque sorte le courant “retour” du Gulf Stream de surface.

    L’apport d’eau douce supplémentaire, suite à des précipitations plus intenses, empêcherait le Gulf Stream de plonger en Arctique vers les fonds océaniques et donc enrayerait la vaste machine climatique mondiale. Ce qui à terme interfère, voire bloque en surface le Gulf Stream.

    Conséquences : avec un Gulf Stream connaissant des ratés, l’Europe, privée de ses effets, plonge à son tour dans une nouvelle période froide. En clair, les hivers à Lisbonne risquent ainsi de devenir aussi rigoureux que ceux de New York. Utopie ? L’histoire climatique de notre planète montre que de tels phénomènes dus à un apport considérable d’eau douce dans les eaux de l’Atlantique nord (suite au déchargement massif des glaces de l’inlandsis américain) ont déjà enrayé la mécanique du Gulf Stream.

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    Je sais que vous avez déjà répondu à un post précédent concernant le même sujet mais je m'avoue cependant surpris de l'incertitude que nous avons concernant les risques d'un arrêt du Gulf Stream et de ses conséquences climatiques. Différentes publications émettent des hypothèses assez différentes à propos de ce sujet et peuvent aller d'un risque faible à très élevé. Je n'ai donc pas de question précise à poser mais plutôt un constat à faire: dans un monde où la communication instantanée est à son apogée, différents groupes de recherche travaillent de façon individuelle pour arriver à des réponses différentes concernant un même sujet... Pourquoi n'y a-t-il pas une coopération mondiale pour des sujets de recherche si complexes ?

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    ludovic lemaitre

  2. #2
    Robert Kandel

    Re : Le Gulf Stream et son lot d'hypothèses...

    Premièrement, il ne s'agit pas tant du Gulf-Stream que de la circulation océanique profonde dite thermohaline, qui anime le tapis convoyeur océanique de chaleur et la Dérive Nord-Atlantique. Mais un changement peut effectivement à son tour agir sur le Gulf-Stream.

    Quant à la coopération internationale, elle existe, elle est très forte, elle tire largement partie du courrier électronique et d'autres outils internet, et elle est très productive. Mais en pratique, on travaille dans un institut, on passe peut-être déjà trop de temps à voyager à droite et à gauche, à participer aux réunions, à rédiger des propositions de recherche, à coordonner... Dans le contexte de l'Union européenne, certains des échafaudages d'équipes et de réseaux de recherche favorisés (exigés) par la Commission me paraissent plutôt artificiels et politiques, et le surcroît de travail administratif n'est pas toujours compensé par une production accrue de résultats. La nature est complexe, une des meilleures manières d'avancer dans la compréhension de ses complexités est justement de confronter des réponses contradictoires (ou différentes dans le détail) obtenues par des équipes travaillant de manière indépendante, ne faisant pas les mêmes hypothèses, n'utilisant pas les mêmes méthodes, ne suivant pas les instructions d'une seule et unique direction.

  3. #3
    Valérie Masson-Delmotte

    Re : Le Gulf Stream et son lot d'hypothèses...

    Votre question porte essentiellement sur l'organisation de nos recherches. Il y a en effet une coopération mondiale pour aborder ce problème, par exemple
    - pour les reconstructions des changements climatiques passés (programme international PAGES : Past global changes and relevance for the future) où nous travaillons à synthétiser les informations disponibles.- pour la modélisation des changements climatiques : projets internationaux d'intercomparaison des qualités et défauts des différents modèles de climat disponibles, et leur réponse à des exercices de simulation d'évolution future du climat (programme mondial d'étude du climat/ organisation météorologique mondiale).Tous les 6 ans; l'ensemble des travaux est synthétisés par plusieurs dizaines d'experts (rapports du groupe intergouvernemental d'experts sur le changement climatique, ou IPCC en anglais) rendus aux Nations Unies. Il s'agit d'une évaluation de l'état et des progrès des connaissances ssur le changement climatique. Le prochain rapport est en cours d'élaboration pour être rendu public en janvier 2007.

    En ce qui concerne le "Gulf Stream," je vais reprendre les points précédents : nous savons par l'étude des climats passés que cela fait partie des "zones à risque" vis à vis du changement climatique car c'est l'un des endroits où une perturbation "régulière" peut entraîner une réponse abrupte. Cependant les conditions des instabilités passées (débâcles massives des calottes glaciaires du nord de l'Europe ou de l'Amérique) sont très différentes du contexte d'évolution future du climat.

    Pour réduire ces incertitudes il est prévu de tester les modèles d'évolution future du climat pour des situations particulières passées où on a une idée la plus précise possible de la quantité d'eau douce et de l'endroit où cette eau douce a été massivement relachée dans l'océan, ainsi que du changement climatique associé. C'est le cas pour le dernier "coup de froid" qui s'est produit il y a environ 8200 ans. Cela permettra de voir à quel point les différents modèles de climat sont capables de représenter ces changements abrupts passés.

    Enfin, pour le risque à venir, je vais me répéter : seuls des modèles assez simples de climat (par exemple circulation océanique à 2 dimensions et pas 3 dimensions) ont montré qu'en réponse à un flux brutal d'eau douce (imposé au cours de la simulation) il pouvaient générer une réponse abrupte dans l'Atlantique nord. Cela correspond, dans un monde plus chaud globalement, à une interruption régionale du réchauffement.

    Les études en cours portent sur une amélioration de la représentation du cycle de l'eau (couplage par exemple entre les modèles de climat et modèles de calottes polaires, amélioration de la simulation des précipitations, ...).

    Ce ne sont pas des travaux qui sont conduits au cas par cas mais des développements sur le long terme, qui incluent des comparaisons internationales régulières pour évaluer l'état des connaissances et la fiabilité que l'on peut accorder aux résultats des modèles.

    Parfois, la publicité faite autour d'une étude ponctuelle ou d'une autre étude ponctuelle met l'accent sur une facette du problème mais le format des communiqués de presse ne permet que rarement de présenter une vision plus globale des problèmes et les incertitudes associées.

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