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Développement durable: ghettos locaux et mondiaux?



  1. #1
    paulb

    Développement durable: ghettos locaux et mondiaux?


    ------

    L'une des conditions du développement durable serait la diminution mondiale des écarts de niveau de vie, dans une perspective pluriséculaire. On peut rêver d'une homogénéisation complète, mais je crains que si ceci se réalisait, l'humanité ressemblerait à une ruche, alors que justement c'est la diversité qui fait son charme. Donc, souhaitons l'égalité universelle des chances, mais pas celle des résultats, qui relève de l'utopie communiste.
    Malheureusement, l'évolution actuelle de l'humanité ne va pas dans le sens souhaitable. Presque dans tous les pays, les écarts entre les plus et les moins riches se creusent et s'accompagnent de la séparation géographique des deux catégories, qui correspondent souvent aussi à des appartenances ethniques différentes. En politiquement correct on appelle "quartiers" les regroupements locaux des moins riches, qui apparaissent dans toutes les grandes agglomérations mondiales et dont l'isolement progressif fait penser à celui des ghettos, terme qui signifiait l'isolement imposé aux Juifs au moyen âge. Ces regroupements locaux secrètent des structures de pouvoir interne de type mafieux, qui se superposent à celles légales et s'efforcent de l'empêcher de fonctionner correctement. Étant des regroupements de pauvres, ces quartiers attirent mécaniquement les immigrants qui recherchent des logements économiques et qui contribuent à la ghettoïsation. Appelons, si vous voulez, ces agglomérations les "ghettos locaux", "favellas" sonnerait trop brésilien.
    Le phénomène décrit se produit de façon similaire, mais à grande échelle et dû à d'autres causes, au niveau mondial. Certains pays se sont transformés peu à peu, à cause de leur retard économique, une colonisation et une décolonisation maladroites et coupables, une démographie galopante, une richesse minière inaccessible à la population, deux ou plusieurs ethnies incompatibles ou toute autre cause, en organisations de type mafieux mises en coupe réglée par des chefs d'état ou plusieurs chefs de faction qui méritent la qualification de criminels. Ces pauvres pays méritent le nom de "ghettos mondiaux".
    Du côté des riches, il se produit un phénomène symétrique: les pays riches ont tendance à s'isoler de l'afflux des immigrants qui ont comme destination presque fatale les ghettos locaux et les individus riches se regroupent dans des quartiers "sécurisés", pour s'isoler de la criminalité vraie ou supposée des ghettos de pauvres. Ces actions augmentent l'isolement entre les deux populations.
    La question est: peut l'humanité suivre un développement durable, alors que parmi tous les obstacles qui tendent à l'en empêcher, figurent ces ghettos qui sont, eux, en développement continu et apparemment durable? Ce sont, de petits furoncles à grands abcès, capables de gangrener la société mondiale, déjà mal en point!

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    Dernière modification par paulb ; 04/06/2006 à 10h23.

  2. #2
    jess n'ohm

    Re : Développement durable: ghettos locaux et mondiaux?

    Bonjour,


    L'une des conditions du développement durable serait la diminution mondiale des écarts de niveau de vie, dans une perspective pluriséculaire. On peut rêver d'une homogénéisation complète, mais je crains que si ceci se réalisait, l'humanité ressemblerait à une ruche, alors que justement c'est la diversité qui fait son charme. Donc, souhaitons l'égalité universelle des chances, mais pas celle des résultats, qui relève de l'utopie communiste.

    Globalement, d’accord. En fait, la première phrase !
    Gardons donc ce point de départ !


    Il n’empêche que l’analyse de la situation que vous présentez présente quelques défauts, ce qui m’empêche d’y adhérer.

    Les mots employés d’abord. Avec quelques raccourcis : à l’échelle locale, le ghetto, est un quartier de pauvres isolé, et à l’échelle mondiale, il est un pays, pauvre aussi, mais surtout mal gouverné.
    Ce concept de ghetto a une histoire, vous la rappelez brièvement. Son image d’Epinal est sans doute Varsovie (entre les films, les bouquins et les récits, nous en avons une petite idée). Or, il n’est pas un seul quartier (non pas politiquement correct, mais disons comme objet géographique) qui se rapproche de près ou de loin de ce qu’a pu être Varsovie et son ghetto juif.

    Les bidonvilles, les favellas, et surtout nos « quartiers de banlieue » (c’est bien à ces quartiers que vous faites référence ?) en difficulté ne peuvent pas être qualifiés de ghetto. Si ce sont des espaces où la misère peut se concentrer, spontanément ou institutionnellement, ce ne sont pas des ghettos isolés, sans interfaces vers l’extérieur.

    La figure du ghetto me semble donc inappropriée. Cependant, on pourra jouer au chat et à la souris un bon moment sur les mots, cela ne gommera pas, et vous serez sans doute d’accord avec moi, les problèmes posés par la concentration des « pauvres » en des espaces particuliers.

    A partir de là, nos divergences sont, à mon sens, plus profondes. Vous dîtes que le sens n’est pas le bon, que les plus riches s’enrichissent plus vite que les plus pauvres, et que la ségrégation semble s’intensifier.

    Déjà, il me semble qu’il sera difficile de parler d’une seule et même façon de la diversité des situations spatiales où se concentrent les phénomènes de pauvreté.

    Surtout, ces constats me semblent trop partiels pour être justes. La preuve par l’exemple : Si l’écart contemporain entre les chinois les plus riches et les plus pauvres est plus important aujourd’hui que 20 ans auparavant (et ça ne me surprendrait pas outre mesure), cela n’enlève rien au fait que globalement, du point de vue de la richesse, la Chine vit mieux. L’évolution va dans le bon sens. Plus proche de nous, ça marche aussi avec le Portugal : il y a 20-30 ans, cet état européen était infesté de bidonvilles (comme ceux que Paris pouvaient encore connaître il y a 50 ans), ces bidonvilles ont désormais presque tous disparu, alors que sans aucun doute, l’écart entre les portugais les plus riches et ceux les plus pauvres, est nettement plus important maintenant.
    Le sens me parait donc bon, d’un point de vue sociétal et économique. Est-ce suffisant pour que ça dure ? Là aussi, il y a de quoi discuter !

    Sur la ségrégation symétrique des plus riches, et notamment sur les « gated communities ». Insistons d’abord sur la marginalité de ce phénomène, en particulier en dehors du continent américain. Là aussi, on peut nuancer. Les « GC’s » d’Amérique Latine protègent souvent des rapts, alors qu’aux USA, on est vraiment dans une logique de « vivre-entre-soi ». Ainsi, ces riches vieillards américains ne s’isolent pas seulement des pauvres, ils s’isolent aussi de leurs petits-enfants, trop bruyants (et donc un temps d’accueil limité, c’est dans certains contrats), de leurs anciens amis, … bref, ils se coupent du monde en son entier et pas seulement des pauvres.

    Et sur l’immigration, la mobilité inter-nationale en vrai, c’est un peu à la mode en France en ce moment, avec le projet du nain. Les flux massifs d’immigrants ont toujours fait peur, c’est ce que j’aime bien appeler les « périls », mais ce sont seulement des prophéties qui ne se sont pas réalisées. Maintenant, cette question pose quand même celle de l’usage des frontières. Or, comme ces lignes qui séparent les états n’ont rien de naturel, mais sont toujours le fruit de négociations, il me semble qu’il faudra envisager la possibilité qu’assez rapidement, de nouveaux consensus apparaissent. Dans cette optique, il me semble que les projets et les textes qui « isolent » sont d’ores et déjà voués à l’échec, et qu’ils seront inévitablement revisités.


    Un petit mot, court, sur les états mafieux, qui ne redistribuent pas, etc. Que fait-on des états occidentaux complices qui profitent autant des « mannes » que les gouvernances locales ? C’est plus une boutade qu’une vraie question, histoire de nuancer un petit peu…


    La question est: peut l'humanité suivre un développement durable, alors que parmi tous les obstacles qui tendent à l'en empêcher, figurent ces ghettos qui sont, eux, en développement continu et apparemment durable? Ce sont, de petits furoncles à grands abcès, capables de gangrener la société mondiale, déjà mal en point!

    Au final donc, vous comprendrez que je ne partage pas cette conclusion ! Ce que vous appelez des furoncles, ces ghettos qui n’en sont pas, sont de moins en moins des obstacles à la durabilité.

    Même, ces espaces où se concentrent les plus pauvres, ne sont pas des furoncles. En regardant bien, on voit une plaie encore ouverte, et on devine une fracture importante. Cependant, les radiologues nous montrent bien que cette fracture, lentement certes, se répare. Encore plus lentement, la cicatrisation est difficile aussi. Certains chirurgiens disaient qu’on aurait du amputer le bras bien avant la fracture, que comme ça, il n’y aurait jamais eu de fracture ! D’autres, en voyant celle-ci, ont pu y voir des furoncles, ont eu peur d’infections plus graves encore, et voulaient amputer tout de suite. Du temps est passé, et des chirurgiens (toujours eux !) veulent encore couper ce bras, de façon préventive, quitte à perdre un peu de confort, on sauve l’essentiel, au cas où, on sait jamais, si. Et pourtant, rien ne s’est passé. Le bras est toujours moche, il n’est pas lisse, parfois même, il saigne, mais il semble qu’il ne va pas plus mal. Il se rappelle des douleurs passées et il se rend compte que celles d’aujourd’hui sont moins dures, même si elles peuvent être terribles. Des équipes (d’infirmières pour changer) se relaient, jour et nuit, avec plus ou moins de moyens, avec des outils plus ou moins efficaces, et elles se rendent compte que selon certains points de vues, la situation s’améliore. Elles en parlent abondamment avec les médecins, les radiologues et les chirurgiens. Mais, maladroitement parfois, elles ne comprennent pas pourquoi elles entendent toujours de parler de gangrène alors que la cicatrisation suit son court. Tellement d’efforts, d’humanisme, de soins, pour rien ? Elles ont de nouveaux outils, qui guérissent mieux que les anciens (et polluent moins, c’est important) et elles font ce qu’elles savent faire. Mais, en leur fort intérieur, ces jeunes infirmières, même pas sorties de l’école pour certaines, elles se rendent bien compte qu’elles ne décideront pas de l’avenir de ce bras. Ce n’est pas pour ça qu’elles renonceront à soigner, avec humanisme toujours, et à communiquer sur les progrès déjà réalisés, avec les moyens modernes de communication dont elles disposent.
    Dernière modification par jess n'ohm ; 06/06/2006 à 12h03.
    "Trouver quelque chose ?... Mais c'est déjà fait" (turk et de groot)

  3. #3
    jess n'ohm

    Re : Développement durable: ghettos locaux et mondiaux?

    Bonjour,

    Dans un autre fil : développement durable sur 1000 ans, vous dîtes :

    Sur un autre fil, qui n'a pas eu de succès, je parle de l'écart qualitatif qui se creuse d'une façon inacceptable et se traduit par une ségrégation croissante (pour marquer les esprits, je parle de "ghettos", sans succès), local et mondial, entre riches et pauvres et risque de créer une tension insupportable. Au journal télévisé d'aujourd'hui on a parlé d'un quartier protégé, en France, pour retraités qui préfèrent ne pas être molestés par des voyous, chose qui est très répandu aux USA. A méditer.
    Un peu sournoisement, quand je lis que vous employez le mot ghetto "pour marquer les esprits", je vois que, pour une fois, nous sommes d'accord. Le mot ghetto, dans la plupart des situations que vous abordez, n'est pas le plus approprié.

    Avez-vous des infos plus précises concernant ce quartier protégé sur le territoire national ? Quel JT et quel chaîne ? Les voyous qui molestent, est-ce une boutade, ou bien, est-ce que vous relayez les infos données ?
    Tout cela pour évaluer l'ampleur et la justification du phénomène ! Ici et/ou ailleurs.

    Aussi, je vous propose quelque chose, afin que vous vous rendiez compte que, les phénomènes de résidentialisation, parce que c'est bien ce dont il s'agît (des résidences gardiénnées pour vieux friqués par exemple), ne sont pas réservés aux seules personnes agées terrorisées par l'insécurité galopante telle qu'elle est présentée par JPP sur la première chaîne !

    Je vous propose de faire un petit tour autour de chez vous. J'ai vu que St-Vivien n'était pas très densemment peuplé avec son presque un millier d'habitant seulement en 99. Mais vous n'êtes pas très loin de La Rochelle. Cherchez les quartiers neufs, dans lesquels les promoteurs vendent de l'accession à la propriété et dont les appartements sont voués principalement au locatif privé. On a principalement à faire a du collectif en R+3 (parce que au-desssus, l'ascenseur est obligatoire) avec du parking souterrain. Couleur, blanc cassé, métal (alu), briquette, bois...
    Vous remarquerez qu'on ne construit en majorité que des résidences.

    Il faur dire que c'est à la mode chez les aménageurs, urbanistes, ou géographes de tout bord. On résidentialise ! Même et surtout, dans nos quartiers défavorisés ! Une petite cloture (qu'on peut enjamber la pluaprt du temps), un peu d'herbe, une petite barrière (qu'on ouvre sans clef) avant le hall... et une tour ou une barre devient une résidence. On ne dispose pas encore d'évaluations convenables, mais les premiers retours semblent très bons par rapport aux couts et aux économies réalisées (mise de départ, entretien, non-dégradation).

    Et par rapport à toutes ces résidences privées ou "de l'OPAC", il me semble qu'en France, les Gated communities sont un phénomène parfaitement marginal et insignifiant, quoi qu'en disent les médias, en particulier télévisés.

    S'il y a plus de ségrégation dans le logement (précisons qu'on ne vit pas que dans son logement, et qu'il faudrait donc réfléchir sur tous les lieux que nous habitons pour avoir une vision plus juste), et je serai assez d'accord pour être critique sur la mixité sociale (la sociologie contemporaine préchant l'individualisme groupal et le post-moderne), il ne me semble pas évident que ce que vous appelez ghettos locaux soient symptomatiques d'une tension insuportable. Au contraire, il semble que comme les autres espaces urbains, ils aient besoin de s'inscrire dans un certain "localisme". Dans cette optique et localement, pas de tension, mais un mouvement commun !
    "Trouver quelque chose ?... Mais c'est déjà fait" (turk et de groot)

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