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Notions de paradigme et d'idéologie



  1. #1
    Luuw

    Cool Notions de paradigme et d'idéologie

    Bonsoir,

    Franchement arrivé sur ce forum et néophyte en la matière, je souhaiite engager une conversation sur les notions de paradigme et d'idéologie dans le câdre d'une réflexion sur l'épistémologie.

    Ma problématique est de définir d'une façon générale ces deux notions...

    J'ai du mal à voir la différence entre idéologie et doctrine, si j'ai bien compris, la notion d'idéologie intègre en plus de la doctrine l'aspect "comportement psychologique" appliqué à un groupe... Seulement voilà, pour moi la résultante de l'analyse d'un comportement psychologique d'un groupe aboutit aux idées, opinions et croyances qui forment la doctrine... J'ai l'impression que le serpent se mort la queue. Ma définition serait-elle erroné ? ou est-ce mon raisonnement qui ne tient pas la route ?

    définitions :
    Doctrine : Ensemble d’idées, d’opinions, et de croyances.
    L’idéologie intègre en plus de la doctrine, la notion de « comportements psychologiques » qui s’inscrit dans un processus collectif. Il existe différents types d’idéologies : sociale, politique, éthique, épistémologiques, etc.


    Concernant le paradigme : Mon interprétation, après m'être renseigné -> Représentation du monde, modèle cohérent de référence qui repose sur une base définie (courant de pensée, modèle théorique, etc.). Un paradigme évolue en fonction des découvertes faites au niveau philosophique, scientifique, expérimental, etc.
    L’élaboration d’un tel système de représentation à pour objectif de définir l’environnement, voir de le comprendre ou de le prévoir. Il peut également être utilisé comme «*maître étalon*», afin de définir un repère référentiel de mesure et de comparaison.

    Pouvez-vous me confirmer que cet "outil" peut être utilisé dans tous les domaines, aussi bien scientifique que philosophique sous cette appelation ?

    Merci !
    Luuw le néophyte

    -----


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  3. #2
    Mumyo

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Il me semble que le paradigme, est un postulat qui va conditionner la logique des raisonnements. C'est une proposition qui semble tellement évidente, qu'on ne la remet pas ou plus en question, qui est de l'ordre de l'implicite, et qui de ce fait passe inaperçue. C'est pourquoi un paradigme est généralement inconscient.
    Exemple : La terre est ronde. est une proposition communément admise par tous, et qui ne fait plus l'objet de remise en question et qui conditionnent les raisonnements de manière implicite. ( champ d'application : Science - Philosophie )

    La notion d'idéologie, est orientée vers l'action collective. C'est l'ensemble des principes, doctrines, adoptée par une population, en vue de conduire son action, qu'elle soit politique, économique. Elle peut avoir ce côté furtif, tacite, implicite, du paradigme, car l'idéologie ambiante n'est pas forcément consciente. ( champ d'application privilégié : Sociétal - Politique )

    La doctrine est l'ensemble des principes, et croyances adoptée par une communauté. En tant que telle la doctrine, est adoptée de manière consciente, et explicite. C'est un outils parfois empirique également orienté vers l'action du groupe restreint.
    ( Champ d'application privilégiés : Domaine militaire, politique, religieux ).
    Dernière modification par Mumyo ; 10/07/2008 à 07h25.
    Libre l'électron, toujours là où on ne l'attend pas, du coup tout se tient...

  4. #3
    Matmat

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Bonjour,
    l'idéologie ( et la doctrine) intègre une présentation du monde tel qu'on voudrait qu'il soit et d'ailleurs souvent l'idéologie énonce un "programme" , mais pas le paradigme qui est au contraire une représentation du monde tel qu'il est (tel que l'on croit qu'il est) , il n'y a pas de voeux dans le paradigme, à l'extreme on pourrait presque affirmer que l'homme ne choisit pas de paradigme ... c'est à dire que simplement l'homme "subit" les conséquences conceptuelles de ses nouvelles découvertes !

  5. #4
    acgames

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Bonjour,
    effectivement, c'est une distinction intéressante. À vrai dire, l'emploi de ces mots peut varier en fonction des auteurs, de leur domaine, etc.

    Dans tous les cas, une chose intéressante, lorsqu'on se pose ce genre de question, est de rechercher l'étymologie du mot employé.
    Par exemple, le mot doctrine désigne à l'origine l'enseignement. Il a donc une valeur de transmission : c'est sa principale distinction d'avec les deux autres termes.
    Ensuite, l'idéologie est un mot qui peut prendre plusieurs sens. Le sens "vulgaire" lui fait désigner une sorte d'opinion, quelque chose d'assez subjectif. Mais au sens strict, l'idéologie est la science, le discours sur les idées. C'est à dire sur les représentations. L'idéologie désigne ainsi, par abus de langage, ce qu'étudie ce "discours sur les idées", et donc une façon de représenter la réalité. Les paradigmes enfin, plutôt utilisés dans le cadre des sciences dites "dures", ou expérimentales, désignent également une représentation du réel, à travers, par exemple, des lois physiques. Il est alors construit par une axiomatique, c'est à dire des postulats qui servent à échafauder tout le reste.

    La démarche des sciences expérimentales, par exemple, est donc une idéologie (au sens de discours sur les représentations ) comme une autre, qui a son histoire, son évolution (les mathématiques ayant joué un rôle important dans sa construction). Aussi, contrairement à ce que dit Matmat à propos de l'idéologie, il ne s'agit pas nécessairement d'une vision idéaliste des choses, qui n'aurait aucun fondement ; il s'agit simplement d'une façon de voir les choses, avec ses axiomes, ses postulats.

    En outre, la définition de ces terme reste un sujet qui fait débat, entre les scientifiques comme entre les philosophes.

  6. #5
    shokin

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Citation Envoyé par Mumyo Voir le message
    Il me semble que le paradigme, est un postulat qui va conditionner la logique des raisonnements. C'est une proposition qui semble tellement évidente, qu'on ne la remet pas ou plus en question, qui est de l'ordre de l'implicite, et qui de ce fait passe inaperçue.
    Au fait, qu'est-ce qui différencie alors un paradigme d'un axiome ?
    Pardon, humilité, humour, hasard, tolérance, partage, curiosité et diversité => liberté et sérénité.

  7. A voir en vidéo sur Futura
  8. #6
    acgames

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Salut,
    un paradigme désigne généralement un ensemble d'axiomes fonctionnant de façon cohérente ; un système. Par exemple, la géométrie Euclidienne, munie d'un certain nombre d'axiomes, a été pendant longtemps l'unique paradigme de la géométrie, avant de se révéler insuffisante pour plusieurs raisons, dont la construction même de la connaissance en mathématiques.
    Dernière modification par acgames ; 10/03/2014 à 20h06.

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  10. #7
    karlp

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Bonjour à tous

    Si c'est à la conception de Kuhn que vous faîtes référence, alors le paradigme n'est pas un axiome ni un ensemble d'axiomes, bien que ceux ci interviennent directement dans la constitution d'un "paradigme".

    Ce concept est, chez Kuhn, "dynamique" ou "évolutif" (j'ignore comment exprimer correctement l'idée que sa définition n'est pas figée)

    Il désigne au départ un problème type (ex: quelles sont les lois qui gouvernent la chute des corps ?) ou un ensemble de problèmes.

    Ainsi que la solution nouvelle qui a été donnée à ce problème.

    Dans la mesure où cette solution est sous tendue par une théorie, il faut inclure celle ci dans la définition du paradigme.

    Kuhn distingue dans la théorie nouvelle :
    - le noyau dur (les principes fondamentaux)
    - la "périphérie"

    Cette théorie nouvelle va motiver la constitution d'une "communauté" (chercheurs, enseignants, étudiants,...) qui partage:
    Une certaine "foi" dans la théorie nouvelle.
    Une certaine méthode de recherche qui vise essentiellement le progrès par "accrétion" et rarement par remise en question (celle ci ne touche qu'à la périphérie de la théorie et non au noyau dur : la mise en cause du noyau dur correspond à la recherche révolutionnaire)
    Une certaine "métaphysique" qui correspond à une certaine interprétation de la signification de cette théorie.
    Une certaine "idéologie" relative à l'importance et à la fonction que doit jouer cette science dans le cadre socio-historique où elle se développe.

    La constitution de cette communauté devient donc un phénomène social. L'appartenance au paradigme confère une certaine notoriété et un certain pouvoir.
    De ce fait, les individus seront parfois portés à préférer la "défense" de la théorie plutôt que la remise en question, si les faits viennent la réfuter. Les remises en cause restent cantonnées aux énoncés périphériques (sinon c'est la "révolution").
    Le paradigme implique parfois la tentation de discréditer les paradigmes "concurrents".

    Je n'ai pas le souvenir d'une distinction entre "idéologie" et "doctrine" pour Kuhn (mais ma mémoire n'est pas non plus un modèle de fiabilité)

    Kuhn insiste sur les effets de la recherche à l'intérieur d'un paradigme : dans la mesure où elle se refuse à toucher aux propositions les plus fondamentales, elle laisse le temps aux scientifiques de développer des applications pratiques et technologiques qui détermineront la puissance financière du paradigme (l'"idéal"de Popper n'est pas tenable : poussé à l'extrême, celui ci préconiserait une science en continuelle révolution); c'est d'ailleurs au niveau de la recherche appliquée qu'on aurait le plus de chance de se heurter aux obstacles qui motiveront la "révolution" et la naissance d'un nouveau paradigme.


    Pour finir, bien qu'on ait pu considérer que les approches de Popper et de Kuhn s'opposaient, ce dernier estimait qu'elles étaient complémentaires: l'approche de Popper serait plus "logicienne" et "normative", tandis que celle de Kuhn serait plus "historique" et "descriptive".

  11. #8
    invite10421055

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Citation Envoyé par karlp Voir le message
    L'appartenance au paradigme confère une certaine notoriété et un certain pouvoir.
    De ce fait, les individus seront parfois portés à préférer la "défense" de la théorie plutôt que la remise en question, si les faits viennent la réfuter. Les remises en cause restent cantonnées aux énoncés périphériques (sinon c'est la "révolution").
    Le paradigme implique parfois la tentation de discréditer les paradigmes "concurrents".
    Bonjour,

    Très intérressant, car on découvre qu'il ne suffit pas d'avoir des idées géniales pour faire avancer la science...Il faut parfois s'attaquer à une forteresse.

    Cordialement,
    Dernière modification par Ouroboros ; 11/03/2014 à 12h22.

  12. #9
    rik 2

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Citation Envoyé par karlp Voir le message
    Cette théorie nouvelle va motiver la constitution d'une "communauté" (chercheurs, enseignants, étudiants,...) qui partage:
    Une certaine "foi" dans la théorie nouvelle.
    Bonjour aussi! il faut distinguer ce que dit Kuhn sur les théories elles-mêmes et ce qu'il dit sur les paradigmes. "Une théorie est un ensemble d'explications, de notions ou d'idées sur un sujet précis", tandis qu'une "définition simple d'un paradigme dans le contexte scientifique serait l'ensemble des règles admises et intériorisées comme « normes » par la communauté scientifique, à un moment donné de son histoire, pour délimiter et problématiser les « faits » qu'elle juge dignes d'étude." Kuhn est revenu plusieurs fois sur cette notion, il a d'ailleurs parlé de matrice disciplinaire.

  13. #10
    mariposa

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Bonjour,

    Je partage grosso- modo ce qui a été écrit sur cette question.

    Je voudrais simplement faire remarquer une différence qui a été d'ailleurs exprimée implicitement. Les idéologies sont tournées vers le futur, elles impliquent une reprsentation collective de la société et dans ce sens reposent sur des systémes de croyances et donc proches des religions. A contrario un paradigme abouti est le produit d'une évolution provenant du passé. Un paradigme est constitutif de la Science et donc éloigné de toutes sortes de croyances collectives.

    Apres avoir opposé les 2 expressions il y a un point commun. Ce sont des circonstances historiques qui sont le terrain des idéologies et des croyances, ainsi que la construction de paradigmes.

  14. #11
    karlp

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Citation Envoyé par mariposa Voir le message
    . Un paradigme est constitutif de la Science et donc éloigné de toutes sortes de croyances collectives.

    .
    C'est là une croyance - qui de plus s'ignore être telle (ce qui caractérise les croyances intra paradigmatique selon Kuhn)

  15. #12
    mariposa

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Citation Envoyé par karlp Voir le message
    C'est là une croyance - qui de plus s'ignore être telle (ce qui caractérise les croyances intra paradigmatique selon Kuhn)
    Bonsoir,

    Je connais ce genre d'arguments et je ne suis pas d'accord car une croyance est un systéme de pensée fermé, ce qui ne peut pas être le cas de la Science dont les racines sont la "dictacture" des faits et qui donc doit évoluer avec les nouvelles découvertes.

    Comment défend-tu ( ou illustre-tu) le point de vue de Kuhn ?

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  17. #13
    karlp

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Il existe des systèmes de croyances, mais cela ne signifie pas que toute croyance est un système.

    Pour illustrer : votre formule selon laquelle un paradigme scientifique serait vide de toute croyance est un exemple. Si vous voulez un autre exemple, les newtoniens partageaient la croyance selon laquelle le temps est un absolu.

    Il faut ajouter qu'un paradigme scientifique ne se limite pas à "la science".

  18. #14
    Nicophil

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    "dictature", c'est tout à fait ça !

    Un nouvelle génération de chercheurs institue un paradigme comme un quarteron de jeunes colonels putschistes instituent une dictature.

    En tout cas, un paradigme scientifique est une institution, un phénomène social.
    Dernière modification par Nicophil ; 13/03/2014 à 18h44.
    La réalité, c'est ce qui reste quand on cesse de croire à la matrice logicielle.

  19. #15
    mariposa

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Citation Envoyé par karlp Voir le message
    Il existe des systèmes de croyances, mais cela ne signifie pas que toute croyance est un système.

    Pour illustrer : votre formule selon laquelle un paradigme scientifique serait vide de toute croyance est un exemple. Si vous voulez un autre exemple, les newtoniens partageaient la croyance selon laquelle le temps est un absolu.

    Il faut ajouter qu'un paradigme scientifique ne se limite pas à "la science".
    Bonsoir,

    Je trouve que c'est un abus de l'utilisation du mot de croyance car affirmer que le temps est absolu était a l'image du niveau de connaissance du XVIII siecle. Si on continu ce genre d'usage du mot croyance alors la MQ est une croyance etc...En conclusion la Science est un croyance et finalement tout est croyance et on fini par mettre sur le même pied les religions et les sciences.

    En fait ce qui est important est de differencier les croyances qui sont par définition immuables de la Science qui évolue. Le concept de temps absolu a été dépassé par le temps relatif sans aucun mort, ce qui n'est pasle cas des idéologies et des religions qui ont fait des dizaines de millions de mort par siécle.
    m

  20. #16
    karlp

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Bonjour Mariposa

    Vous vouliez un exemple de croyance associée à l'appartenance à un paradigme, en voilà une autre :

    Citation Envoyé par mariposa Voir le message
    En fait ce qui est important est de differencier les croyances qui sont par définition immuables de la Science qui évolue. Le concept de temps absolu a été dépassé par le temps relatif sans aucun mort, ce qui n'est pasle cas des idéologies et des religions qui ont fait des dizaines de millions de mort par siécle.
    m
    Cette croyance caractérise bien une position paradigmatique, opposée à un autre paradigme.

  21. #17
    mariposa

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Citation Envoyé par karlp Voir le message
    Bonjour Mariposa

    Vous vouliez un exemple de croyance associée à l'appartenance à un paradigme, en voilà une autre :



    Cette croyance caractérise bien une position paradigmatique, opposée à un autre paradigme.
    Bonjour,

    Il faudrait que tu m'explicites ce que tu veux dire, car la seule chose que je peux comprendre c'est que tu sembles dire que tout est croyance!! Est-ce le cas?

  22. #18
    karlp

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    D'une certaine façon, c'est le cas (mais il existe probablement une différence qualitative entre divers types de croyances).
    Ce n'est pourtant pas ce que je veux dire.

    L'appartenance à un paradigme implique, pour les individus qui s'y rattachent, un certain nombre de croyances dues au fait même de ce rattachement. Cela ne signifie pas pour autant que tous les membres d'un paradigme partagent absolument les mêmes croyances.

    Ce que dit Kuhn c'est que lorsque on tire sa subsistance, son statut social, etc... d'un paradigme, il est assez "naturel" qu'on développe sur celui ci un certains nombre de croyances - portant sur le rôle de la discipline, son pouvoir explicatif, ses limites; mais également certaines croyances qui ne sont pas nécessairement identifiées comme philosophiques ou métaphysiques (mais le sont pourtant).

    A titre de nouvel exemple, vous vous souvenez sans doute d'une discussion dont l'objet était de savoir ce qu'il faut entendre par "fait brut". Il est ainsi fréquent que ceux qui travaillent quotidiennement dans une discipline perdent de vue que tous les faits auxquels ils ont affaire sont des faits construits. Cette croyance n'est pas sans effet, notamment lorsqu'il pourrait être question de mettre en cause le noyau dur de la théorie.

    Si nous considérons - autre exemple- le paradigme de la médecine scientifique, on peut constater que la croyance au monisme est largement partagée et que ce monisme est parfois confondu avec un "fait".

    D'une manière plus générale, ceux qui travaillent dans le domaine de la science (mais il n'y a pas qu'eux; les philosophes sont également concernés) ne peuvent pas ne pas croire que "dieu n'est pas trompeur" (c'est une image inspirée du cartésianisme: cela veut dire que l'on croit que le monde, la nature ou le réel ne sont pas "fous" ou "incohérents"). C'est là une croyance qui pourrait sembler indispensable au travail de la science (comment pourrions nous envisager la recherche de lois si nous admettions qu'elles peuvent changer d'un instant à l'autre ?), tellement indispensable que d'aucuns pourraient confondre l'impossibilité dans laquelle ils sont de ne pas y croire et "la vérité".

    Nous sommes nombreux ici à adhérer au critère de "réfutabilité" (c'est mon cas); pourtant il s'agit là aussi d'une croyance (Popper lui-même en convient) et qui, si mes souvenirs sont justes, a entraîné une difficulté pour déterminer le statut des théories sur le chaos. On peut voir, dans les petits films présentés par Brian Greene, que certains physiciens des cordes doutent eux-mêmes du statut scientifique de leurs constructions en raison de ce critère.

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  24. #19
    invite6754323456711
    Invité

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Citation Envoyé par karlp Voir le message
    Cette croyance caractérise bien une position paradigmatique, opposée à un autre paradigme.
    Laplace, a construit un paradigme qui a toujours aujourd'hui du mal a se faire entendre à sa juste valeur

    It is remarkable that a science, which commenced with a consideration of games of chance, should be elevated to the rank of the most important subjects of human knowledge.
    Qui la conduit à construire une épistémologie "La théorie des probabilités n’est que le bon sens reduit au calcul." utile entre autre à : Given that certain effects have been observed, what is (are) the underlying cause(s) (bien souvent inconnu et voir inaccessible à notre monde sensible ) ?


    D'autres écrirons : "There are three kinds of lies: lies, damned lies and statistics"

    Patrick

  25. #20
    mariposa

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Citation Envoyé par karlp Voir le message
    D'une certaine façon, c'est le cas (mais il existe probablement une différence qualitative entre divers types de croyances).
    Ce n'est pourtant pas ce que je veux dire.

    L'appartenance à un paradigme implique, pour les individus qui s'y rattachent, un certain nombre de croyances dues au fait même de ce rattachement. Cela ne signifie pas pour autant que tous les membres d'un paradigme partagent absolument les mêmes croyances.

    Ce que dit Kuhn c'est que lorsque on tire sa subsistance, son statut social, etc... d'un paradigme, il est assez "naturel" qu'on développe sur celui ci un certains nombre de croyances - portant sur le rôle de la discipline, son pouvoir explicatif, ses limites; mais également certaines croyances qui ne sont pas nécessairement identifiées comme philosophiques ou métaphysiques (mais le sont pourtant).

    A titre de nouvel exemple, vous vous souvenez sans doute d'une discussion dont l'objet était de savoir ce qu'il faut entendre par "fait brut". Il est ainsi fréquent que ceux qui travaillent quotidiennement dans une discipline perdent de vue que tous les faits auxquels ils ont affaire sont des faits construits. Cette croyance n'est pas sans effet, notamment lorsqu'il pourrait être question de mettre en cause le noyau dur de la théorie.

    Si nous considérons - autre exemple- le paradigme de la médecine scientifique, on peut constater que la croyance au monisme est largement partagée et que ce monisme est parfois confondu avec un "fait".

    D'une manière plus générale, ceux qui travaillent dans le domaine de la science (mais il n'y a pas qu'eux; les philosophes sont également concernés) ne peuvent pas ne pas croire que "dieu n'est pas trompeur" (c'est une image inspirée du cartésianisme: cela veut dire que l'on croit que le monde, la nature ou le réel ne sont pas "fous" ou "incohérents"). C'est là une croyance qui pourrait sembler indispensable au travail de la science (comment pourrions nous envisager la recherche de lois si nous admettions qu'elles peuvent changer d'un instant à l'autre ?), tellement indispensable que d'aucuns pourraient confondre l'impossibilité dans laquelle ils sont de ne pas y croire et "la vérité".

    Nous sommes nombreux ici à adhérer au critère de "réfutabilité" (c'est mon cas); pourtant il s'agit là aussi d'une croyance (Popper lui-même en convient) et qui, si mes souvenirs sont justes, a entraîné une difficulté pour déterminer le statut des théories sur le chaos. On peut voir, dans les petits films présentés par Brian Greene, que certains physiciens des cordes doutent eux-mêmes du statut scientifique de leurs constructions en raison de ce critère.
    Bonjour Karl


    Je te remercie de la qualité de ton intervention et ce d'autant plus que je pense avoir tout compris ce que tu as écrit. Je vais donc faire une intervention partielle (provisoire) car je vais devoir partir et reprendre a plus tard la suite de cette discussion.

    La première remarque est que disserter sur le thème des croyances renvoie a la psychologie individuelle parmi un ensemble d'individus et donc a la sociologie qui elle même renvoie a l'histoire. Tout cela pour dire que pour réfléchir sur le mécanisme de croyance il faut s’intéresser aux religions en général et aux monothéisme en particulier. Il y a donc a ce niveau une notion de croyance individuelle et une notion de croyance collective. J'affirme, (sans preuves pour l'instant), que les systèmes philosophiques sont eux-mêmes des systèmes de croyances collectives.

    L’Homéostasie individuelle et collective.

    A ce niveau je suis parti pour dire que tout est croyance (comme tu le laisses entendre) et en même temps on ressent le besoin de distinguer différents niveaux de croyances. C'est pourquoi je suis arrivé à la conclusion d'introduire le concept d’homéostasie intellectuelle et collective. Comme je n'aime pas trop les propos verbeux je vais expliquer concrètement ce dont il s'agit.

    Lorsque l'on quitte son domicile pour aller se promener, pour aller au travail, on croie, on pense que sa maison n'a pas pris feu ou n'a pas été cambriolée. Disons que c'est une hypothèse raisonnable. Cette croyance est l'exemple le plus simple d'homéostasie intellectuelle. Cette croyance est nécessaire pour l'intégrité psychique de l'individu. En effet cette croyance est une réponse simple, expéditive, implicite, inconsciente rendu nécessaire pour les humains que nous sommes. Si ce mécanisme de croyance particulière ne fonctionne pas on tombe malade. Ce qui veut dire que pour bien vivre il est nécessaire de s'équiper au minimum de petites croyances qui toutes ensemble est un système d'homéostasie individuelle.


    Les Travaux de Laborit.

    J'ai inventé ce concept d'homéostasie a partir des travaux de Laborit. Son idée est qu 'un individu face a une agression a 2 réponses possibles positives: L'attaque ou la fuite. Une réponse qui n'est ni l'une ni l'autre aboutit au développement d'un cancer conséquence d'une dépression nerveuse. Sans me prononcer sur le développement du cancer (cela n'est pas de ma compétence) j'ai remarqué toute ma vie durant et encore aujourd'hui que cette analyse était conforme aux observations sur une multitude de gens que j'ai pu côtoyer. Ce que je fais c'est d'élargir l'homéostasie physique de Laborit en élargissant celle-ci en homéostasie intellectuelle.

    En conclusion provisoire je distingue profondément les croyances d'essences religieuses y compris leurs formes laïques des croyances que j'appelle homéostasies.

    Prenons l'exemple d'un chercheur qui veut trouver l'explication d'un phénomène. Pour imiter la démarche de Laborit je dirais qu il y a 2 solutions soient de croire que c'est insoluble, soit de croire en une solution qui qui met le chercheur en mouvement. L'attitude intermédiaire aboutit a des comportements de types dépressifs et je l'ai constaté a plusieurs reprises. En général l'attitude moyenne d'un chercheur est de produire des imitations sans intérêt car ce qui détermine son homéostasie intellectuelle c'est: publish or perish. En concret cela donne le prototype de chercheurs dont l'objectif est de faire une publication par an, c'est son estimation pour "bien" vivre ou survivre.


    Le cas de ceux que tu as cité qui travaillent activement sur les cordes. l'homéostasie peut prendre plusieurs formes: Par exemple on peut croire que cela n'aboutira a rien tout ou même considérer ce genre de théorie franchement idiote. Oui mais cette personne jouit des mathématiques utilisées et c'est cela son homéostasie. Cet exemple montre que l'homéostasie est une affaire individuelle et qu il ne peut être question de jugements. Des personnes ont besoin de toujours faire la même chose et d'autres changer sans arrêt d'activité.


    Pour finir succinctement les religions sont a la fois des réponses a des questions humaines (sauver son âme) et des systèmes de coercitions pour maintenir un pouvoir. Les systèmes de pensée aujourd hui ont d'ailleurs toujours ce role. Les systèmes philosophiques "modernes" sont des tentatives de réponses a des questions humaines récurrentes du style qu 'est-ce la réalité, le temps......

    A contrario les Sciences ont ceci de particulier est d'être contraintes par les réalités expérimentales (ou d'observation). Ce qui fait qu au niveau sociologique il ne peut être question de croyances, ce qui n’empêche pas qu au niveau individuelle la Science peut être vécue comme une composante homéostatique.

  26. #21
    shokin

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Il y a aussi Gustave le Bon, qui aborde les croyances dans son ouvrage (1911) Les opinions et les croyances

    Il m'arrive parfois de parler de parler d'"homéostasie cognitive" ou psychique, mais en parlant d'autre chose : je me rapproche de cette homéostasie si mon ensemble (de croyances, connaissances, opinions, pratiques) ne dépend pas de celui d'autrui, dans le sens où le fait qu'une personne ne pratique pas le même ensemble ne me dérange pas (donc pas besoin de faire de prosélytisme, d'essayer de convaincre de quelque croyance). En gros, il n'y a pas d'homéostasie en moi si je suis dérangé par le fait qu'une personne partage ou non la moindre de mes croyances.

    Dans le cas des questions auxquelles on n'a pas encore trouvé de réponse(s), il est peut-être difficile d'atteindre une telle homéostasie, mais on peut toujours accepter de dire :

    - "je ne sais pas" (je ne développe pas de croyance ; je laisse un champ vide),
    - "ma croyance est une hypothèse",
    - "ma croyance est une conjecture",
    - "ma croyance est peut-être une proposition indécidable,
    - "X a certainement une bonne raison pour que cette proposition soit vraie [à éviter, tout autant que les arguments d'autorité],
    - "Dieu répond à toutes mes questions" [à ne pas encourager sur ce forum ],
    - ...

    (ces phrases pouvant elles-mêmes être des cognitions qui peuvent réduire la dissonance)

    Les faits et expériences peuvent conforter certaines homéostasies dont tu parles, et en perturber d'autres (les personnes devront adapter leurs représentations ; on parle de réduction de la dissonance cognitive (notamment pages 22-29 du pdf). Il me semble donc que, en science, nous devrions toujours envisager le changement de nos représentations, de la "cohérence cognitive", pas forcément un grand changement "copernicien" (même un changement "mineur"). De prime abord, la maison reste en bon état. Mais je peux toujours envisager des changements (incendie, cambriolage, inondation, etc.), être prêt à m'adapter (si le dernier train pour rentrer à la maison a eu un accident). Avec nos capacités à nous adapter. Et ces changements viennent, en science, de l'observation de faits (le train n'est pas là comme d'habitude ; l’œuf continue de tourner parfois, parfois non), pas juste d'une contradiction oratoire ("je pense le contraire").

    Le "publish or perish", ça me semble être l'absence d'homéostasie économique ou sociale. (créer un besoin arbitraire chez autrui) Ça me semble devoir tenir un rythme de production (des nouvelles chaque jour pour un journal, par exemple).
    Pardon, humilité, humour, hasard, tolérance, partage, curiosité et diversité => liberté et sérénité.

  27. #22
    invite6754323456711
    Invité

    Re : Notions de paradigme et d'idéologie

    Citation Envoyé par shokin Voir le message
    I
    Les faits et expériences peuvent conforter certaines homéostasies dont tu parles, et en perturber d'autres (les personnes devront adapter leurs représentations ; on parle de réduction de la dissonance cognitive (notamment pages 22-29 du pdf).
    La "croyance" moteur de notre propre mode cognitif d'apprentissage environnemental :
    http://www.fil.ion.ucl.ac.uk/~karl/E...0Inference.pdf
    http://www.fil.ion.ucl.ac.uk/~karl/I...he%20brain.pdf


    The characteristic of biological agents is that they a priori expect their physical states to possess key invariance properties. These priors are mandated by the very existence of agents and lead naturally to phenomena like homeostasis, and preclude surprising exchanges with the world. It can be seen that the role of prior expectations is crucial in this formulation: If each agent is a hypothesis that includes prior expectations, then these expectations must include the prior that the agent occupies an invariant (attracting) set of physical states. However, this is only a hypothesis, which the agent must test using sensory samples from the environment. Iff its hypothesis is correct, the agent will retain its priors and maintain its states within physiological bounds.

    This highlights the key role of priors and their intimate relationship to the structural form of phenotypes.

    It also suggests that simple prior expectations about homeostasis may be heritable and places the free-energy formulation (at least potentially) in an evolutionary setting.
    These arguments appeal to embodied cognition in that cognition and perception can be regarded as hypothesis testing about the environment in which the agent is situated, and which embodies the agent per se.
    Patrick

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