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Éthique de la responsabilité



  1. #1
    Pierre de Québec

    Éthique de la responsabilité


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    Citation Envoyé par Hans Jonas
    La soumission de la nature destinée au bonheur humain a entraîné par la démesure de son succès, qui s'étend maintenant également à la nature de l'homme lui-même, le plus grand défi pour l'être humain que son faire ait jamais entraîné.
    Hans Jonas dans Le principe responsabilité, Paris, Flammarion, 1990, p. 15.

    Dans l'actualité persistante des changements climatiques, cette remarque de Jonas apparaît prophétique. Jonas (philosophe éthicien) dit aussi que que le modèle de toute éthique est celui de la sollicitude du père de famille pour ses enfants. Sérieusement, est-ce que votre agir quotidien démontre une éthique telle que vos actes préservent l'avenir de vos enfants, de vos petits-enfants?

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    Aux limites du monde des faits, le philosophe a trouvé celui des idées. (Karl Jasper)

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  3. #2
    didier9417

    Re : Éthique de la responsabilité

    bonjour,
    Jonas (philosophe éthicien) dit aussi que le modèle de toute éthique est celui de la sollicitude du père de famille pour ses enfants.
    c'est une définition sympathique....

    Sérieusement, est-ce que votre agir quotidien démontre une éthique telle que vos actes préservent l'avenir de vos enfants, de vos petits-enfants?
    je ne sais pas si nos actes préserveront l'avenir mais c'est le but;montrer dans notre quotidien a nos enfants la responsabilité de nos gestes(et donc des leurs).C'est une partie de l'éducation.Pour moi c'est une évidence....
    pourquoi sérieusement....?
    cordialement,
    "toutes les voies sont preférables aux autres"...de je ne sais plus qui...:)

  4. #3
    didier23

    Re : Éthique de la responsabilité

    Je me lance...
    Cette définition me gêne : un père de famille peut tuer pour sauvegarder ses enfants. Il me semble que l'éthique si elle se veut "une" doit prendre plus de hauteur plutôt que regarder le monde à l'aune de la cellule familiale.
    Cela dit je n'ai pas encore lu Jonas qui certainement utilise ces termes dans une acception plus large.
    Dernière modification par didier23 ; 08/11/2006 à 15h56.

  5. #4
    Pierre de Québec

    Re : Éthique de la responsabilité

    Citation Envoyé par didier23 Voir le message
    un père de famille peut tuer pour sauvegarder ses enfants.
    L'exemple de l'acte de tuer est acceptable pour la situation d'un père de famille qui pêche des poissons pour nourrir ses enfants. Bon, l'expression de Jonas est sympathique comme vous le dit didier9417 et elle est certainement discutable. Mais elle a le mérite de bien situer le concept d'éthique pour peu qu'on imagine le "bon père de famille" qui ne veux que le bien pour ses enfants.



    Citation Envoyé par didier9417 Voir le message
    pourquoi sérieusement....
    Parce que j'ai un doute. Les bonnes intentions ne suffisent pas pour engendrer de bonnes actions. Jonas dans son éthique sur la responsabilité adresse le problème de la relation de l'homme et de la technologie. Sommes-nous responsable dans l'usage que nous faisons de la technologie? La science étant éthiquement neutre, l'éthique origine des décisions que nous prenons face à la technologie.

    Exemple : Depuis peu, nous assistons à une baisse constante et significative du prix des écrans plats au point qu'il est déjà économiquement plus avantageux dans bien des cas d'acheter un écran plat qu'un écran à tube cathodique. Dilemme : Votre téléviseur est encore bon pour 10 ans et prochainement la TV haute définition fera en sorte que vous devrez vous procurer un convertisseur pour pouvoir utiliser votre vieille TV. Allez-vous mettre au rebut votre vieux téléviseur pour vous acheter un écran plat? Sachant que la fabrication d'un écran plat génère beaucoup de gaz à effet de serre et sachant bien qu'il y a des impacts forts négatifs que seuls vos enfants et surtout les enfants de vos enfants auront à subir?

    Ps. Il se peut que l'acquisition du convertisseur soit subventionnée par votre pays. Mais cela importe peu. À la base du problème éthique se pose la question du choix technologique qui est entièrement bridée par des considérations purement économique et de jouissance d'un bien maintenant sans égard aux conséquences futures. Il n'y a qu'à penser au fait que la technologie des écrans plats de type LCD ou plasma sera elle aussi, probablement, supplantée par les technologies de type OLED d'ici quelques années. Allons nous encore changer de téléviseur? Bref, le dilemme porte sur notre capacité à agir de manière responsable vis-à-vis les générations futures.
    Dernière modification par Pierre de Québec ; 09/11/2006 à 11h33.
    Aux limites du monde des faits, le philosophe a trouvé celui des idées. (Karl Jasper)

  6. A voir en vidéo sur Futura
  7. #5
    didier23

    Re : Éthique de la responsabilité

    Finalement ce qui me gêne un peu c'est que le terme "en bon père de famille" est une expression de droit. On l'utilise dans les contrats d'assurance par exemple. Dans ce sens-là on comprend tous ce qu'elle veut dire : gentiment, sans agressivité, sans désordre inutile.
    Mais quel sens a-t-elle sur le plan "philosophique" ?

    Corrollaire : y a t il encore projet d'UNE éthique ?
    J'entends parler de l'éthique des scientifiques, de celle des médecins, de celle des journalistes... ce qui me semble être un signe qu'une éthique unifiée n'est plus pensable.

  8. #6
    didier9417

    Re : Éthique de la responsabilité

    Citation Envoyé par didier23 Voir le message
    Finalement ce qui me gêne un peu c'est que le terme "en bon père de famille" est une expression de droit. On l'utilise dans les contrats d'assurance par exemple. Dans ce sens-là on comprend tous ce qu'elle veut dire : gentiment, sans agressivité, sans désordre inutile.
    Mais quel sens a-t-elle sur le plan "philosophique" ?
    "en bon père de famille"dans le sens d'assurer la pérénité de l'espèce ne me dérange pas du tout....

    Corrollaire : y a t il encore projet d'UNE éthique ?
    J'entends parler de l'éthique des scientifiques, de celle des médecins, de celle des journalistes... ce qui me semble être un signe qu'une éthique unifiée n'est plus pensable.
    meme si chaque domaine a "son" ethique,il y a toujours(je crois) un sens commun .La responsabilisation de ses actes.

    Citation Envoyé par Pierre de Québec Voir le message

    . Les bonnes intentions ne suffisent pas pour engendrer de bonnes actions.
    effectivement,mais c'est le premier pas....sans intentions......Mais c'est évident qu'il faut que cela soit suivit par l'action.
    Jonas dans son éthique sur la responsabilité adresse le problème de la relation de l'homme et de la technologie. Sommes-nous responsable dans l'usage que nous faisons de la technologie?
    je ne vois pas comment on peut répondre non...a moins d'etre inconscient.

    La science étant éthiquement neutre.
    je ne comprends pas que la science qui n'est qu'un outil puisse etre éthique ou non....
    Bref, le dilemme porte sur notre capacité à agir de manière responsable vis-à-vis les générations futures.
    pour résumer mon idée,on est dans un systéme de consommateurs,le dilemne ne sera plus quand on décidera de passer dans un système de conso-acteurs,et ceci nous appartient a tous.Je pense que nous en prenons tous conscience,il "suffit" d'appliquer notre "éthique d'achat" au mieux.Quand aux capacités d'actions...malheureusement elles sont trop diluées,je veux dire,pour reprendre l'exemple des écrans plats,que la technologie(donc la science)nous propose des produits dont on connait les "inconvenients"(l'exemple des sacs plastiques est édifiant aussi!!),pourtant on les consomment allègrement...
    au point qu'il est déjà économiquement plus avantageux
    ...ce qui pourrait renvoyer l'éthique de la responsabilité aux "fournisseurs" de technologie(je sais c'est facile )mais si "personne" n'achéte la technologie "nuisible"....de facto le problème se resoud.

    exemple:
    il y a une bonne quinzaine d'année,une marque de thon ayant des méthodes de peche qui étaient du grand n'importe quoi(dauphins dans les filets,ect...)s'est fait afficher(via greenpeace je crois...).Campagne de dénigrement de l'entreprise,perte des ventes .Résultat,en tres peu de temps(moins de deux mois si mes souvenirs sont exacts), changement des méthodes de peche probleme résolu.
    Posté par didier9417
    pourquoi sérieusement....
    posté par Pierre de Québec
    Parce que j'ai un doute.
    je t'avouerais que moi aussi....
    cordialement,
    "toutes les voies sont preférables aux autres"...de je ne sais plus qui...:)

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  10. #7
    Téquila35

    Re : Éthique de la responsabilité

    Bonjour,

    A la question initialement posée ,j'aurai tendance malheureusement répondre : non, puisque nous ne pouvons tous que constater les effets nocifs des développements de production de produits de consommation de masse et technologiques . (rejet des déchets toxiques, gaz, épuisement des ressources naturelles). Développement répondant à notre demande de satisfaction croissant de nos besoins, besoins (au-delà des besoins vitaux) eux-même inventés par l’homme. Il me semble que pour beaucoup, cette satisfaction est une véritable course à l’accession au bonheur. (cf. ex de Pierre avec l’écran plan) ;
    L’éthique de nos actes ne devrait-elle pas remettre en cause cette recherche, dans un premier temps :
    • en commençant une réflexion individuelle.
    • en intervenant au niveau de l’éducation scolaire à partir du collège. (transmettre aux enfants les info nécessaires à la réflexion sur l’éthique de nos actes et sur la notion d’humanité tout simplement)
    Dans un second temps il faudrait aller au-delà de cette (simple, comme disent beaucoup) vue de l’esprit en agissant.
    Cette action est de mesurer, d’anticiper ce que pourraient être les conséquences de tout développement technologique. Les comités d’éthique existent à cette fin. Ce que je n’arrive pas à appréhender c’est l’impact positif de leurs actions au niveau de l’agir individuel quotidien c'est-à-dire mettre en lumière le principe de responsabilité de chacun envers l’avenir de nos enfants, petits enfants soit celle de l’humanité. Si quelqu’un a une idée à ce propos je suis preneuse.
    Bien cordialement

  11. #8
    didier9417

    Re : Éthique de la responsabilité

    bonjour,

    Citation Envoyé par Pierre de Québec Voir le message
    est-ce que votre agir quotidien démontre une éthique telle que vos actes préservent l'avenir de vos enfants, de vos petits -enfants?
    Citation Envoyé par Téquila35 Voir le message
    Bonjour,

    A la question initialement posée ,j'aurai tendance malheureusement répondre : non
    c'est bien dommage...je ne vois pas ce qui nous empeche individuellement d'avoir des agissements en corrélation avec la preservation de l'espece donc en adoptant une attitude adéquat.

    Il me semble que pour beaucoup, cette satisfaction est une véritable course à l’accession au bonheur. (cf. ex de Pierre avec l’écran plan)
    meme si je suis entiérement d'accord,j'ai la naiveté de croire que chaque nouvelle génération prends en compte de plus en plus cette conscience(avenir oblige...!!!),meme si les attitudes d'achat ne suivent pas encore.

    en intervenant au niveau de l’éducation scolaire à partir du collège. (transmettre aux enfants les info nécessaires à la réflexion sur l’éthique de nos actes et sur la notion d’humanité tout simplement)
    l'éducation commence a la naissance,attendre l'adolescence c'est excessivement tard!!!(une partie de l'apprentissage se fait aussi par mimétisme,nos enfants nous voient vivre...)

    Les comités d’éthique existent à cette fin. Ce que je n’arrive pas à appréhender c’est l’impact positif de leurs actions au niveau de l’agir individuel quotidien.
    L'impact positif d'un comité d'éthique...?
    la prise de conscience via l'acquisition de connaissance(àmha).
    bon,pour moi le soucis ,c'est le peu de poids d'un comité d'éthique....et sa reactivité d'une lenteur toute "suissesque" ce qui ne doit pas trop déranger les industries qui peuvent etre concernées!!(n'effleurons pas ce qui pourrait avoir un relend de complot via des politiques laxistes... )
    et justement,c'est a nous et nous seuls qu'il appartient de donner du poids a l'éthique,de par nos comportements quoitidien(exemple de la peche...)
    Mais comme écrit plus haut a Pierre de Québec,j'ai un doute...surtout concernant ,non pas la diffusion du concept "éthique de la responsabilité",mais sur la rapidité nécéssaire de ses applications.
    cordialement,

    ps:désolé amis suisse d'avoir utilisé cette image qui vous agacent...
    "toutes les voies sont preférables aux autres"...de je ne sais plus qui...:)

  12. #9
    shokin

    Re : Éthique de la responsabilité

    Citation Envoyé par didier9417 Voir le message
    "je ne comprends pas que la science qui n'est qu'un outil puisse etre éthique ou non....
    Il n'a pas dit que la science était éthique. Il a dit que la science était éthiquement neutre (càd ni éthique ni non éthique, tel que tu l'énonces), ni bonne ni mauvaise en soi.

    Vous êtes d'accord, il me semble, pour dire que ce sont plutôt les personnes ou leurs buts qui sont à critiquer du point de vue éthique.

    Shokin
    Pardon, humilité, humour, hasard, tolérance, partage, curiosité et diversité => liberté et sérénité.

  13. #10
    didier9417

    Re : Éthique de la responsabilité

    Citation Envoyé par shokin Voir le message
    Il n'a pas dit que la science était éthique. Il a dit que la science était éthiquement neutre (càd ni éthique ni non éthique, tel que tu l'énonces), ni bonne ni mauvaise en soi.
    Shokin
    oui c'est exact....merci de la précision.
    "toutes les voies sont preférables aux autres"...de je ne sais plus qui...:)

  14. #11
    actae

    Re : Éthique de la responsabilité

    Ce qui est une erreur. Il n'y a aucune raison de considérer que la science est "neutre". Rien n'est "neutre", dans la vie humaine.

  15. #12
    didier23

    Re : Éthique de la responsabilité

    Je reviens sur l'idée de l'abandon "d'une éthique" au profit "des éthiques".
    La responsabilité de ses actes c'est bien mais ambigu.
    C'est sans doute très polluant d'utiliser du charbon mais moins risqué que de faire appel à l'énergie nucléaire, les éoliennes font monter le prix du foncier, à ce compte-là utilisons du charbon : nous ferons travailler plus d'hommes, oui mais à des tâches difficiles, etc...
    Ce que signifient ces petites phrases sans prétention c'est qu'aucune attitude n'est plus clairement lisible en terme d'éthique. Chaque acte est pris dans un faisceau d'implications : certaines bonnes, d'autres moins bonnes, mais impliquant éventuellement des situations catastrophiques. Nous sommes bien à l'ère de "l'effet papillon" y compris dans notre vie de tous les jours. On se demande parfois si acheter un paquet de café ou une banane ne risque pas de ruiner une économie locale par un ensemble de rebonds que nous ne savons maitriser.
    Il me semble que c'est dans ce contexte-là que quelques groupes humains se dotent d'une éthique : une muraille de belles paroles pour sauver ce qui peut encore l'être.

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  17. #13
    Pierre de Québec

    Re : Éthique de la responsabilité

    Citation Envoyé par didier23 Voir le message
    Je reviens sur l'idée de l'abandon "d'une éthique" au profit "des éthiques".
    La responsabilité de ses actes c'est bien mais ambigu.
    Comme une poule pas de tête, une éthique sans politique ne mène une société nulle part. Répondre de ses actes qu'en regard de sa propre éthique n'est pas en soi ambigu; je dirais plutôt que s'est proprement insuffisant à l'échelle d'une collectivité, d'une société.
    Citation Envoyé par didier23 Voir le message
    Chaque acte est pris dans un faisceau d'implications : certaines bonnes, d'autres moins bonnes, mais impliquant éventuellement des situations catastrophiques. Nous sommes bien à l'ère de "l'effet papillon" y compris dans notre vie de tous les jours.
    Il faut regarder les actions sous un angle collectif plutôt qu'individuel. Cela m'apparaît plus prometteur. Cet "angle" collectif, le politique peut l'indiquer, le choisir voir même l'imposer. Kyoto est un bel exemple où des pays ont décidés de réussir dans l'atteinte d'un objectif de réduction des GES (et d'autres pas dont le mien malheureusement - mais ce n'est qu'une partie remise!). Cette décision politique d'atteindre un objectif entraîne un choix de valeur qui en bout de compte agit sur les actes des individus.

    Aussi, les choix qu'un individu fait ne le sont pas sans raisons. Si d'aucun juge ses raisons "déraisonnables" prise dans leur ensemble (votre "faisceau d'implications"), il n'y a qu'à agir sur les valeurs de la société (cela passerait t-il ultimement par des lois?) pour qu'à plus ou moins court terme le cumul des gestes concoure aux mêmes objectifs, relève de la même éthique.

    Citation Envoyé par didier23 Voir le message
    Il me semble que c'est dans ce contexte-là que quelques groupes humains se dotent d'une éthique : une muraille de belles paroles pour sauver ce qui peut encore l'être.
    Que de pessimiste Didier! Je suis d'accord avec toi lorsque tu soulève les effets croisés des actions; effets qui dans bien des cas (sinon la plupart) sont pervers et sur lesquels les individus n'ont pas de prise. Mais, encore une fois je reviens à mon idée que la solution passe par le politique. C'est à lui de nous "imposer" le type d'actions acceptables en dépit des effets croisés. Et il faut bien voir que dans l'état actuel de nos décisions, de nos actions, nous agissons avec un éthique dictée par nos valeurs et donc ultimement selon la volonté du politique.
    Aux limites du monde des faits, le philosophe a trouvé celui des idées. (Karl Jasper)

  18. #14
    Mumyo

    Re : Éthique de la responsabilité

    Personnellement je prend en compte les données de la science sur le réchauffement :

    J'ai remplacé toutes les ampoules de la maison par des basse consommation...
    Je n'utilise plus de sac plastique,
    Je recycle, mais je déplore la quantité industrielle de plastique...qui envelloppe la nourriture des super-marchés...là j'ai pas encore trouvé la parade...
    Je vais installer une régulation de température sur mes radiateurs...
    J'utilise des appareils ménagers basse consommation quand c'est possible...
    J'éteins mon écran d'ordinateur, plutôt que de le laisser en veille...
    J'éspère que les chinois feront comme moi...
    J'éspère que les américains feront comme moi...
    J'espère que vous ferez comme moi...

    Si vous avez d'autres idées je suis preneur...

  19. #15
    didier23

    Re : Éthique de la responsabilité

    Citation Envoyé par Pierre de Québec Voir le message
    (...) Que de pessimiste Didier! Je suis d'accord avec toi lorsque tu soulève les effets croisés des actions; effets qui dans bien des cas (sinon la plupart) sont pervers et sur lesquels les individus n'ont pas de prise. Mais, encore une fois je reviens à mon idée que la solution passe par le politique. C'est à lui de nous "imposer" le type d'actions acceptables en dépit des effets croisés. Et il faut bien voir que dans l'état actuel de nos décisions, de nos actions, nous agissons avec un éthique dictée par nos valeurs et donc ultimement selon la volonté du politique.
    Comme beaucoup je m'efforce d'être "pessimiste dans l'observation mais optimiste dans l'action".
    Non ce qui m'agace un peu c'est le remplacement d'une notion simple mais apparemment ringarde :"la morale" contre une notion floue, molle et plurielle : les éthiques.
    Morale et éthique concernent chaque citoyen mais se doivent d'être définies par le politique voire, osons le dire, par les hommes politiques et certains (la plupart j'espère) en sont conscients. Mais n'en parlent jamais.

  20. #16
    Pierre de Québec

    Re : Éthique de la responsabilité

    Bonjour Didier,

    Citation Envoyé par didier23 Voir le message
    Non ce qui m'agace un peu c'est le remplacement d'une notion simple mais apparemment ringarde :"la morale" contre une notion floue, molle et plurielle : les éthiques.
    Bien sûr, nous sommes tous des individus, alors à chacun son éthique. J'avancerais que les différences en termes d'éthiques proviennent de la marge de manoeuvre que la morale autorise dans nos démocraties laïques. Nous sommes loin de l'époque du crois ou meurt. Nous pouvons espérer que la prise de conscience du problème que pose la technologie va inférer une attitude morale plus responsable et qu'avec le temps, l'éthique de chaque individu s'en trouvera affecté pour le bien commun.

    ...Mais n'en parlent jamais.(les politiques)
    Vraiment? Depuis la fin de la seconde grande guerre, les discours moralisateurs des politiciens n'ont plus la cote auprès des électeurs. De nos jours, les politiciens modernes écoutent plutôt ce que leurs électeurs ont à dire sur les enjeux de sociétés qui les préoccupent ou bien parmi les enjeux de l'heure, ils anticipent ceux qui susciteront la grogne de leurs électeurs s'ils ne font rien. C'est sans doute un mélange des deux raisons qui expliquent l'adhésion des politiciens à des politiques environnementales fortes et, par exemple, le succès politique du protocole de Kyoto.

    Cela aura sûrement un impact sur les "règles" morales et ultimement sur l'éthique de chacun des individus. Et ultimement, il est même possible que les occidentaux acceptent de modifier de manière sensible leur mode de vie.

    Cordialement,

    PdQ
    Aux limites du monde des faits, le philosophe a trouvé celui des idées. (Karl Jasper)

  21. #17
    actae

    Re : Éthique de la responsabilité

    Citation Envoyé par Pierre de Québec Voir le message
    Bien sûr, nous sommes tous des individus, alors à chacun son éthique.
    Je pense que cette manière de voir est éminemment problématique. J'ai bien compris que c'était une concession que tu faisais à didier23, Pierre, mais n'as-tu pas le sentiment qu'elle entraine vers une aporie ? Il est bien difficile de penser l'éthique si l'on part du principe que chacun doit avoir la sienne. Et je pense que c'est également ce que dit didier23 lorsqu'il oppose une morale et des éthiques.

    Bon, d'abord, sur le plan conceptuel, il n'y a pas de différence entre "éthique" et "morale". L'un est simplement un terme issu du latin et l'autre du grec, mais ils sont utilisés comme parfaitement synonymes. Si l'on différencie les deux -pourquoi pas, mais il faudrait expliquer sur quelle base exactement.

    Y a-t-il une éthique par profession, ou sphère, ou catégorie d'individus, ou même culture, ou civilisation, ou etc. ? Ce sont bien entendu des thèses qui se défendent. Notons que cette thèse récente, qui attribue des éthiques différenciées à des professions différentes, pose une différenciation entre professions au niveau des valeurs aussi importante que celle qu'on peut concevoir entre civilisations ou cultures. C'est vraiment véhiculer une représentation extrèmement atomisée de la société.
    Qu'il existe des morales différentes par civilisation, qu'on pose que la "morale japonaise", par exemple, soit différente de la "morale occidentale", ou que le système de valeurs américain soit à distinguer du système de valeurs dominant en Afrique de l'Ouest, pourquoi pas, ça se défend complètement. Mais qu'en France, il y ait une éthique des avocats, une éthique des scientifiques, et une éthique des boulangers, c'est peut-être un peu outré. Non ? Ou c'est confondre éthique et déontologie -qui, eux, ne sont pas synonymes, sauf, éventuellement, chez certains théoriciens anglo-saxons.

    Et même, allons plus loin. Certes, une vision culturaliste de la morale se défend nécessairement. Et personnellement, je pense qu'il est nécessaire de défendre le particularisme culturel contre la tendance à l'homogénéisation.
    Mais il ne faudrait pas non plus passer à côté du simple fait -Faktum, disait Kant- que toutes les cultures du monde, et toutes les civilisations de l'histoire, passées et présentes, contemporaines ou disparues, ont, étrangement, toujours institué le même petit nombre de principes fondamentaux. Il y a extrèmement peu d'exemples de morale dont on est certain qu'elles considéraient le meurtre, le vol, le sacrilège (l'insulte), etc. comme positives. Voila qui ne s'explique pas (avant qu'on puisse déterminer que la morale, et par conséquent, les éléments culturels et intellectuels de la réalité humaine ont un fondement physiologique, comme le proposait Piaget -ou Jung !) mais qui ne peut pas ne pas se constater lorsqu'on pratique un peu l'anthropologie.

    Le même Kant proposait une théorie pour rendre compte de ce fait : La morale est rationnelle. Par exemple, on peut constater que le mensonge est largement considéré comme immoral. Pourquoi, après tout ? Et bien, dit Kant, parce que lorsque j'écoute quelqu'un, je ne peux que partir du principe qu'il dit la vérité.
    Lorsqu'un homme témoigne à un procès, les jurés accordent foi à ce qu'il dit ; c'est uniquement pour cette raison que l'homme, s'il est malhonnête, peut produire un faux témoignage. Car si les jurés partaient du principe qu'un témoin peut mentir, ils ne l'écouteraient même pas. Et ainsi en serait-il de toute vie sociale : C'est uniquement parce que nous partons constamment du principe que l'autre ne ment pas que nous l'écoutons, et que la communication, par conséquent, est possible. Raison pour laquelle, lorsque nous découvrons que l'autre ment, nous en sommes fachés. Ce n'est pas seulement une question de "morale", comme on emploie le terme lorsqu'on parle de sa vieille grand-mère bigote ou que sais-je. C'est le sentiment profond, mais qu'on ne formule pas nécessairement, que le mensonge enfreint une sorte de règle implicite entre les hommes, sans laquelle la vie sociale serait tout simplement impossible.

    Par conséquent, l'individu immoral est celui qui, connaissant les principes éthiques, et les sachant, justement, communs, c'est-à-dire sachant que les autres les intègrent comme point de départ de leur appréhension du réel, les brave afin d'en tirer un avantage personnel. C'est ce qu'on appellerait aujourd'hui le "free rider".

    Il est donc fondamental, je crois, de comprendre que la morale ne peut être que commune ; et que, d'ailleurs, regardez autour de vous, elle l'est. Et que la promotion d'éthiques différenciées n'est souvent qu'une tentative pour légitimer une brêche morale. Kant le dit encore très bien : Celui qui ment tendra toujours à se justifier, au moins à ses propres yeux, en disant que "tout le monde ment." Mais au fond, il sait très bien qu'il n'en est rien. Et il le sait pour une bonne raison. Car si tout le monde mentait effectivement, son propre mensonge serait absolument inefficace à lui procurer l'avantage personnel qu'il recherche. CQFD.

    Donc, oui, je pense, contrairement à l'idéologie individualiste, que les hommes possèdent une éthique commune. Mais dire cela ne veut pas dire qu'on fait la promotion d'une morale particulière. L'erreur me semble être de rapporter l'éthique à la religion. Si j'entends un individu défendre l'idée que, bien entendu, il existe une morale et une seule, je me dis que j'ai affaire à un croyant, pour qui la morale appartient à la sphère du religieux. Et je suis alors d'accord avec Pierre, j'ai envie de répondre : Il est fini le temps du "crois ou meurs", où existait une vérité première et absolue.
    Mais c'est plutôt l'inverse : Les religions sont des doctrines qui, partout dans le monde, s'appuient sur cette morale rationnelle. Il n'y a pas une religion qui ait jamais professé : "Massacrez-vous les uns les autres". Ou, s'il y en a eu, et bien, étrangement, elle n'a pas fait beaucoup d'adeptes.

    Bonnes Fêtes à tous.

  22. #18
    Pierre de Québec

    Re : Éthique de la responsabilité

    Citation Envoyé par actae Voir le message
    Je pense que cette manière de voir est éminemment problématique. J'ai bien compris que c'était une concession que tu faisais à didier23, Pierre, mais n'as-tu pas le sentiment qu'elle entraine vers une aporie ? Il est bien difficile de penser l'éthique si l'on part du principe que chacun doit avoir la sienne. Et je pense que c'est également ce que dit didier23 lorsqu'il oppose une morale et des éthiques.

    Bon, d'abord, sur le plan conceptuel, il n'y a pas de différence entre "éthique" et "morale". L'un est simplement un terme issu du latin et l'autre du grec, mais ils sont utilisés comme parfaitement synonymes. Si l'on différencie les deux -pourquoi pas, mais il faudrait expliquer sur quelle base exactement.
    Je sais bien que les concepts de morale et d'éthique sont pour plusieurs synonymes. Mais pour ma part, je fais une distinction basée sur le mode de régulation des comportements : autonome (i.e. venant de l'individu) versus hétéronome (i.e. venant de l'extérieur de l'individu). L'éthique réfère ici à un mode de régulation autonome du comportement et à priori un individu étant ce qu'il est i.e. un être unique, tout aussi unique sera l'éthique qui l'habite.

    Mais cette affirmation d'une éthique unique à chaque individu n'implique pas une éthique différente pour chaque individu. Cela ne va pas plus loin que la possibilité d'une éthique différente et encore là, ces différences dans une société sont généralement minimes.

    Citation Envoyé par actae Voir le message
    Y a-t-il une éthique par profession, ou sphère, ou catégorie d'individus, ou même culture, ou civilisation, ou etc. ? Ce sont bien entendu des thèses qui se défendent. Notons que cette thèse récente, qui attribue des éthiques différenciées à des professions différentes, pose une différenciation entre professions au niveau des valeurs aussi importante que celle qu'on peut concevoir entre civilisations ou cultures. C'est vraiment véhiculer une représentation extrèmement atomisée de la société.
    Pour ma part, cela s'appelle de la déontologie. Sur ce point, nous nous rejoignons. C'est tout proche de l'éthique mais le caractère régulatoire externe fait de la déontologie autre chose que de l'éthique. Mais alors, si le professionnel n'adhère pas à une règle déontologique mais lui préfère une autre règle qui, elle, serait profondément en accord avec son système de valeurs, c'est son choix à lui et ce choix relève d'une éthique. On pourra toujours arguer que ce choix est délictueux à l'égard de sa profession; à charge du professionnel de ne pas se faire prendre... autrement, il aura à se défendre et tenter ultimement de convaincre ses pairs que sa règle pointait vers la bonne action.

    Citation Envoyé par actae Voir le message
    Il est donc fondamental, je crois, de comprendre que la morale ne peut être que commune ; et que, d'ailleurs, regardez autour de vous, elle l'est. Et que la promotion d'éthiques différenciées n'est souvent qu'une tentative pour légitimer une brêche morale. Kant le dit encore très bien : Celui qui ment tendra toujours à se justifier, au moins à ses propres yeux, en disant que "tout le monde ment." Mais au fond, il sait très bien qu'il n'en est rien. Et il le sait pour une bonne raison. Car si tout le monde mentait effectivement, son propre mensonge serait absolument inefficace à lui procurer l'avantage personnel qu'il recherche. CQFD.
    Oui la morale doit-être commune car c'est un mode de régulation hétéronome des comportements. Mais entre la morale et l'éthique, il y a les moeurs, le droit et la déontologie; tous des modes de régulation qui viennent forger l'éthique de l'individu. Alors non au refus des éthiques différenciées car aussi séculaire que peuvent être les règles morales, de moeurs, de droit et de déontologie, elles ne sont pas figées à jamais. Les changements dans ses divers modes de régulations externes ne naissent pas spontanément; ils viennent toujours d'individu ou de groupes d'individus qui finissent pas imposer une nouvelle règle éthique comme un comportement morale.

    Exemple d'une règle venant d'un individu : le droit d'une personne de cesser un traitement médical sachant que cela entraînera sa mort. Cette règle est nouvelle (du moins depuis 1992, ici au Canada) et a entraîné des changements légaux.

    Exemple d'une règle venant d'un groupe : un conquérant qui avec le temps finit par modifier les règles morales du vaincu (les exemples historiques pullulent).
    Aux limites du monde des faits, le philosophe a trouvé celui des idées. (Karl Jasper)

  23. Publicité
  24. #19
    Pierre de Québec

    Re : Éthique de la responsabilité

    Citation Envoyé par Mumyo Voir le message
    Personnellement je prend en compte les données de la science sur le réchauffement :

    J'ai remplacé toutes les ampoules de la maison par des basse consommation...
    Je n'utilise plus de sac plastique,
    Je recycle, mais je déplore la quantité industrielle de plastique...qui envelloppe la nourriture des super-marchés...là j'ai pas encore trouvé la parade...
    Je vais installer une régulation de température sur mes radiateurs...
    J'utilise des appareils ménagers basse consommation quand c'est possible...
    J'éteins mon écran d'ordinateur, plutôt que de le laisser en veille...
    J'éspère que les chinois feront comme moi...
    J'éspère que les américains feront comme moi...
    J'espère que vous ferez comme moi...

    Si vous avez d'autres idées je suis preneur...
    Excellent début.

    Le cas des sacs de plastiques illustrent bien les cas où il faut savoir distinguer entre ce qui est acceptable de ce qui ne l'est pas. Ainsi, l'usage du plastique et des assiettes en styromousse sont acceptables pour l'emballage de la viande (question d'hygiène). Mais l'usage du plastique pour le sur-embalage des denrée (exemple ici au Québec : deux pains, chacun étant emballé dans un sac de plastique et ensuite insérer dans un plus grand sac de plastique pour que le consommateur en achète deux à meilleurs prix que s'il achetait deux pains individuellement emballé) est inacceptable. De même est inacceptable l'usage des verres en styromousse sur les lieux de travail pour prendre un café...
    Aux limites du monde des faits, le philosophe a trouvé celui des idées. (Karl Jasper)

  25. #20
    Lord M

    Re : Éthique de la responsabilité

    Salut !

    La question est d'autant plus intéressante que ce vocabulaire revient souvent dans les questions environnementales et écologiques : "la terre que nous allons léguer à nos enfants".

    Quelle part de la population raisonne t'elle de cette façon ?

    De plus, sur quelle échelle de temps faut il considérer cette question ? Une génération (ne pas utiliser de sacs plastique pour que nos enfants ne soient pas ensevelis sous les déchets), deux génération (ne pas rouler en 4x4 pour réduire les risques que la montée des océans submerge la maison de nos petits enfants), beaucoup plus (rejeter la production nucléaire d'électricité pour que nos descendants ne soient pas confrontés à de graves problèmes de stockage des déchets nucléaires) ?
    Lord M

    What we do in life echoes in eternity

  26. #21
    Pierre de Québec

    Re : Éthique de la responsabilité

    Vous soulevez le rapport au temps de nos actions. Je vous propose une petite mise en scène.

    Je sors dehors et je m'assoie en face de mon voisin et nous entamons une discussion. Pendant ce temps, lui et moi, brûlons de l'oxygène et rejetons un peu de CO2, résultat de nos processus vitaux. Bref, nous vivons et notre empreinte écologique à cet instant est pour le moins minimale. En tout les cas, difficile d'imaginer moins comme empreinte écologique résultant d'une activité proprement humaine : une discussion qui dans l'échelle du temps de notre planète représente une durée infinitésimal.
    À l'autre extrême dans plus ou moins un milliard d'année, la terre sera bouffée par son étoile; notre soleil. Toute trace de vie sur terre aura alors disparue (ou aura disparu bien avant).
    Alors, sur quelle échelle de temps devons-nous juger nos actions à l'égard des impacts écologiques i.e. sur notre planète ? D'un coté, il nous faut préserver la planète pour pouvoir y vivre et de l'autre coté, cette même planète se transforme à notre insu - pas très vite me direz-vous - mais elle se transforme tout de même.

    D'une part, la prise en compte des dégâts déjà causés à la stabilité des cycles ayant cours sur notre belle planète (changement climatique, effondrement de certains stock de poissons par exemple) impose des actions immédiates et durables à l'échelle de plusieurs générations humaines.

    D'autre part, l'exploitation des matières premières au sens large (i.e. incluant par exemple la qualité de l'air que nous respirons voir même l'oxygène de notre atmosphère) nous imposes de ne pas puiser plus que ce que la régénération (recyclage inclus) des stocks de matière première permets. Donc, une échelle de temps peut être déterminée en comprenant bien les cycles naturelles de régénération et évidement par l'efficacité de nos technologies de recyclage et de nos habitudes comme consommateurs des ressources.
    Dernière modification par Pierre de Québec ; 10/03/2007 à 15h48.
    Aux limites du monde des faits, le philosophe a trouvé celui des idées. (Karl Jasper)

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