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Physiopathologie de la Douleur



  1. #1
    yousramedecine

    Physiopathologie de la Douleur


    ------

    Bonjour à tous,
    Je suis actuellement étudiante en troisième année de médecine générale, et j'aurai une question concernant la physiopathologie de la douleur.
    D'après ce que j'ai lu dans mon cours, les nocicepteurs sont des récepteurs sensibles aux stimulations douloureuses, mais je ne comprends pas: Comment est ce qu'il peuvent "connaître", "identifier" cette sensation douloureuse? Comment différencier la sensation lisse d'une surface pointue par exemple, comment est ce que le nocicepteur "sait" que la surface pointue fait mal ?
    C'est à dire que pour que le nocicepteur puisse "avoir mal", il devrait déjà avoir un éventail de toutes les sensations douloureuses qui existent et donc toutes les connaitre!!
    Je ne comprends pas.. j'espère avoir été claire au niveau de ma question
    Merci de votre aide qui m'est toujours bénéfique!

    -----

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  3. #2
    Dadabobo

    Re : Physiopathologie de la Douleur

    Salut,

    Pour commencer, reprenons la définition de nocicpteur : "Un nocicepteur (ou récepteur nociceptif) est un récepteur sensoriel de la douleur qui fait naître un message nerveux lorsqu’il est stimulé" (Wikipédia).

    Etant donné qu'il existe un large panel de danger pour le corps, ce dernier se contient plusieurs sortes de nocicepteurs. Par exemple les nocicpteurs de la famille des TRPV sont sensibles à la chaleur, l'acidité, la capsaicin (piment), etc., ceux de la famille des ASIC sont aussi sensibles à l'acidité mais également à certains venins.

    Pour comprendre leur fonctionnement, il faut en revenir aux bases de la biochimie. Mais ces derniers peuvent être mécaniques, thermiques, chimiques ou polymodaux (Wikipédia). Ce sont pour la plus part des canaux ioniques ou des récepteurs couplés à la protéine G.

    Pour répondre à la question de la différentiation dite "touché-piqué" (sensibilité épicritique), je t'invite à faire quelques recherches sur les mécano-récepteurs cutanés dont voici un bref schéma .

    Maintenant que le stimuli douloureux a activé le nocicpteur, ce dernier va propager le message douloureux le long d'un neurone nociceptif (fibres A delta (rapides) ou C (lentes) qui se projète principalement dans la corne dorsale de la moelle épinière. De là, un neurone nocicptif secondaire va remonter l'information de la douleur jusqu'au cortex somatosensoriel, cingulaire ou/et dans l'insula, via le faisceaux spinothalamique et donc le thalamus.

    De la, et selon plusieurs modalités (fréquence du potentiel d'action, cible corticale du neurone, etc etc) le cerveau va pouvoir qualifier le stimuli de nociceptif et donc traiter ce dernier comme de la douleur ! (mais je ne saurais t'en dire plus plus précisément, mes cours de neurosciences se font lointains )

    Je t'invite également à te renseigner sur la notion de portal gate, qui est, selon moi, un mécanisme passionnant de la douleur !

    En espérant avoir pu t'aider un minimum dans ta recherche !

    Dadabobo
    Dadabobo

  4. #3
    yousramedecine

    Re : Physiopathologie de la Douleur

    Bonsoir,
    Merci beaucoup pour ta réponse qui m'aide énormément à comprendre un peu plus le mécanisme de la douleur,
    Ce que je comprends pas bien c'est le fait que le nocicepteur puisse interpréter la piqure (par exemple) comme étant une douleur, en d'autres termes: pourquoi est-ce que la piqure ne nous donne pas une sensation de bonheur plutôt qu'une douleur?
    Merci encore

  5. #4
    Pterygoidien
    Animateur Biologie

    Re : Physiopathologie de la Douleur

    Citation Envoyé par yousramedecine Voir le message
    Bonsoir,
    Merci beaucoup pour ta réponse qui m'aide énormément à comprendre un peu plus le mécanisme de la douleur,
    Ce que je comprends pas bien c'est le fait que le nocicepteur puisse interpréter la piqure (par exemple) comme étant une douleur, en d'autres termes: pourquoi est-ce que la piqure ne nous donne pas une sensation de bonheur plutôt qu'une douleur?
    Merci encore
    La perception de la douleur se fait au niveau du cerveau, pas en périphérie.
    Pour continuer dans la lignée de l'explication (très complète et parfaite) de Dadabobo, les nocicepteurs sont relayés par des fibres nociceptives qui constituent des voies distinctes des autres voies sensitives (du toucher grossier protopathique, ou du toucher fin épicritique) : la voie nociceptive emprunte ainsi le faisceau spinothalamique latéral (et, accessoirement, d'autres voies dans une plus faible mesure, notamment pour les douleurs viscérales). Leur projection vers les aires thalamiques et corticales associatives sont donc différentes, et donc l'expérience sensorielle sera également différente.
    Les nocicepteurs ont été adapté au cours de l'évolution à détecter des stimuli qui traduisent une lésion tissulaire ou une potentielle lésion: un étirement excessif lié à des traumatismes physiques, par exemple de cisaillement, vont ainsi activer des récepteurs étirement-dépendants exprimés à la surface de fibres Adelta. On retrouve également des récepteurs mécaniques étirement-dépendants associés à des fibres non-nociceptives, mais là où elles diffèrent, c'est le seuil : il faudra provoquer un étirement beaucoup plus intense pour activer les fibres nociceptives, à des valeurs où les fibres non nociceptives seront déjà saturées.

    On retrouve également des thermocépteurs non nociceptifs, et des thermorécepteurs nociceptifs, avec des plages de sensibilité à différentes température, tous de la famille des TRP (TRPV et TRPM). Par exemple, la TRPV1 est un thermorécepteur nociceptif exprimé dans des fibres C (surtout) et des fibres Adelta qui détecte la chaleur ; il a également pour ligand la capsaïcine, présente dans le piment, qui donne une sensation de "brûlure" caractéristique.

    Les fibres C présentent une très grande diversité de récepteurs-canaux qui détectent différents paramètres qui, lorsqu'ils sont modifiés, traduisent une lésion ou une potentielle lésion. On peut à nouveau mentionner les canaux ASIC dont Dadabobo a parlé, qui sont sensibles à l'acidité : ils seront typiquement activé dans un territoire où le pH est acide, conditions que l'on retrouve dans certains territoires ischémiés ou infarcis. Par exemple, au niveau du muscle cardiaque, on retrouve des fibres C exprimant des canaux ASIC3 qui sont activés dans les accidents ischémiques (angor, cardiopathie ischémique, syndrome coronarien, infarctus du myocarde) et provoquent une sensation douloureuse.

    Les canaux qui provoquent donc la transduction de signal dans les fibres nociceptives sont donc des canaux distincts de ceux que l'on retrouve dans les fibres non-nociceptives. Non seulement ils répondent à des gammes de valeurs différentes, qui traduisent le plus souvent une lésion ou une potentielle lésion, mais ils sont relayés par des voies nerveuses différentes, et se projettent à différents endroits du cerveau. La voie la plus importante de la nociception est le système antérolatéral (faisceau spinothalamique).
    Dernière modification par Pterygoidien ; 06/05/2020 à 02h15.
    Bonjour et merci sont deux formules de politesse à la portée de tout le monde !

  6. #5
    yousramedecine

    Re : Physiopathologie de la Douleur

    Un grand grand merci à vous DadaBobo et Pterygoidien, je recopie vos réponses dans mon classeur de neuro tout suite! C'est plus que parfait pour moi
    Pour conclure voilà comment j'ai compris mon problème de comment le nocicepteur "reconnait la douleur" :
    Déjà la douleur est reconnue au cerveau, lui il est stimulé, et sa stimulation dépend de plusieurs facteurs, notamment: l'intensité du stimulus
    En gros j'ai compris que plus la stimulus a de chance de perturber l'organisme, de provoquer une lésion, le nocicepteur est stimulé pour "alerter"..
    Je comprends mieux, mais je me retrouve encore dans un cercle vicieux.. Comment alors ce nocicepteur détermine les seuils? Les fameux facteurs?
    Et si c'est en rapport avec l'évolution, y a t il une part d'hérédité dans tout cela? Est ce que nos nocicepteurs sont influencés par l' "expérience" de ceux de nos géniteurs?

  7. A voir en vidéo sur Futura
  8. #6
    Dadabobo

    Re : Physiopathologie de la Douleur

    Le nocicpteur ne choisi pas de lui même de se régler à un seuil plutôt qu'à un autre. Comme l'a dit Pterygoidien, il existe différents récepteurs qui réagissent à différent niveau de stimulation.

    Je te fais un exemple ci-dessous (attention, je n'ai pas vérifié si les valeurs sont correctes, mais juste pour que tu puisses mieux t'imaginer):

    Imaginons 4 récepteurs thermiques : F1, C1 et C2.

    F1 détecte les températures comprises entre 10 et 20°C
    C1 détecte les températures entre 15 et 45°C
    C2 détecte les températures entre 35 et 100°C

    Si tu plonges ta main dans de l'eau à 15°C, tu vas sentir que cette dernière est froide, mais tu n'auras pas mal. En effet, le récepteur F1 est relié à des neurones sensoriels non-nociceptifs. L'information amenée au cerveau ne va donc pas être considérée comme une information douloureuse, mais juste comme "froid".

    Maintenant, si tu plonges ta main dans de l'eau à 40°C, tu vas sentir du chaud et un début de douleur. En effet, le récepteur C1 est activé (qui, comme le F1 n'est pas relié à un neurones nociceptif mais juste sensoriel de la température) mais également le récepteur C2 !

    -----------------------------

    Il est important de savoir que les plages de températures couvertes par les différentes températures s'entrecroisent. En effet, le récepteur ne va pas transmettre un message qui dit "28°C". Mais plutôt un potentiel d'action (PdA) d'une certaine fréquence. Si tu schématises ça, tu obtiens une parabole avec sur l'axe des y la fréquence du PdA et sur les x la température. On comprend alors qu'une fréquence H donnée par le récepteur peut représenter 2 température (une sur la partie ascendante de la parabole, l'autre sur la partie descendante).
    Le fait que les paraboles (et donc les marges de valeurs détectées) s'entrecoupent permet au cerveau de préciser si il est sur la température haute ou basse de la courbe. En effet, si on reprend les récepteurs fictif de ci-dessus, on peut imaginer que le récepteur C1 envoie un PdA de 30Hz lorsqu'il est confronté à une température de 18 et de 42°C. Comment le cerveau fait la différence ? Et bien simplement si on est dans une eau à 18°C, le récepteur F1 sera aussi activé (et F2 muet, comme il ne couvre pas les températures en-dessous de 35°C). Alors que dans une eau à 42°C, le récepteur F2 sera activé également (alors que F1 sera muet depuis longtemps).

    -----------------------------

    Pour finir l'exemple, plonger sa main dans une eau à 90°C représente un danger pour le corps ! C'est pourquoi le récepteur thermique C2 est un nocicpeteur, relié à un neurone nociceptif (et le reste est expliqué dans mon premier message ). Le cerveau va alors sentir une douleur intense qu'il va associer à une brulure !


    Je profite également de préciser que la douleur est avant tout une expérience et qu'elle est extrêmement modulable par le psychique. En effet, une personne déprimée sera plus sensible à la douleur par exemple. Il y a donc des variations inter-individuelles.

    Pour finir de répondre à tes questions :

    En gros j'ai compris que plus la stimulus a de chance de perturber l'organisme, de provoquer une lésion, le nocicepteur est stimulé pour "alerter"..
    Nope, pas vraiment. Il faut être plus précis que ça... il y a différents récepteurs sensoriels. Ceux qui détectent des stimuli inoffensifs et ceux qui détectent des dangers (les fameux nocicepteurs). Donc un stimuli dangereux va activer un nocicepteur contrairement à un inoffensif. Maintenant plus le danger sera fort, plus il va activer le nocicepteur (exemple ci-dessus avec la parabole des récepteurs thermiques).


    Et si c'est en rapport avec l'évolution, y a t il une part d'hérédité dans tout cela? Est ce que nos nocicepteurs sont influencés par l' "expérience" de ceux de nos géniteurs?
    Tout est du à l'évolution ! Donc en effet, on pourrait imaginer que tous les ancêtres qui n'avaient pas de nocicepteurs se sont tués en exerçant des activités dangereuses (et donc n'ont jamais pu se reproduire, etc etc tu connais l'évolution je pense). Pour creuser le côté génétique de la douleur, je t'invite à te renseigner sur les mutation aux canaux sodiques comme l'insensibilité congénitale à la douleur sur mutation "loss of function" du canal Nav1.7. (il existe aussi des formes "gain-of-function" avec des douleurs chroniques +++).


    J'espère avoir répondu à tout !
    Dadabobo

  9. Publicité
  10. #7
    yousramedecine

    Re : Physiopathologie de la Douleur

    Je suis émue à la lecture de ton texte,
    J'espère un jour pouvoir expliquer les choses comme tu l'as fait
    Grand merci à toi, j'ai bien compris!

  11. #8
    Dadabobo

    Re : Physiopathologie de la Douleur

    Avec grand plaisir !
    Dadabobo

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