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L'histoire de "casse-crôute". Courte vie d'un merle.



  1. #1
    bettifree

    L'histoire de "casse-crôute". Courte vie d'un merle.


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    Bonjour,

    Dimanche 27 mai 2012 matin, en ouvrant les volets de la porte fenêtre j'ai aperçu un jeune merle dans le gazon. Il était immobile est paraissait bien faible.

    J'ai recherché le nid dans la haie toute proche et j'ai trouvé un ouvrage en mauvais état. Ce n'était peut-être pas le bon nid mais j'ai décidé de poser l'oisillon à l'intérieur.
    J'ai tenté de réparer la partie manquante du nid avec un mélange de feuilles et de boue pris dans le chêneau au-dessus de ma tête (j'avais observé que les merles appréciaient ce « matériau » pour la construction de leurs nids).

    Je me suis décidé enfin à toucher le petit oisillon (qui s’est à peine débattu).
    En l’examinant rapidement, je me suis aperçu qu’il n’avait pas de plumes sous ses ailes, surtout sur un coté.
    Sa tête était parsemée de duvet.
    Je l’ai posé dans le nid.
    Trente secondes plus tard il avait de nouveau fait sa descente infernale jusqu’au pied de la haie. J’ai renouvelé une deuxième fois l’expérience sans succès.

    Un peu plus tard, j’ai aperçu un deuxième oisillon, bien plus hardi que mon premier, qui sautillait et arrivait à atteindre les branches du bas d’un cyprès.
    J’ai vu un merle adulte pas très loin et j’ai donc laissé la nature choisir le destin des deux petits.

    Nous sommes partis chez des amis toute la journée et au retour, au moment de la fermeture des volets, mon épouse aperçu notre petit merle, de nouveau à quelques mètres de la porte-fenêtre, seul.

    Incroyable, car le quartier est infesté de chats et l’un d’eux était couché à une vingtaine de mètres de notre maison.
    Je me suis approché de lui, lui ai touché le poitrail doucement, il ouvra le bec lentement.
    C’était décidé, je devais essayer de le nourrir.
    Sans attendre je suis allé chercher un lombric et lui ai présenté au dessus de la tête. Il a ouvert le bec et après plusieurs tentatives et sorties du ver, il arriva à l’avaler.

    Il faisait nuit, je ne pouvais pas laisser ce petit merle se faire dévorer.
    J’ai aménagé une boite de chaussures avec une grille sur le dessus.
    J’ai déposé à l’intérieur les parties sèches du nid récupéré dans la haie. J’ai ensuite continué à lui donner des vers de terre et même un peu d’eau avec une seringue (sans aiguille…).
    Il avait dans son nouvel habitacle, à sa disposition, d’un coté une partie bien sèche en papier journal, de l’autre coté de la boite, des brindilles et de la terre sèche mêlée de mousse.
    Il choisi le coté nature pour dormir… nous l’avons appelé « casse croûte » car s’était sa destinée si il était resté dehors.

    Le lendemain matin (lundi), j’ai fixé la boite sur un pied muni d’un tube lisse en inox (pour le protéger des prédateurs qui auraient pu l’atteindre) et j’ai laissé mon petit merle à l’arrière de la maison avec une vue uniquement sur le haut de la boite.
    Je lui ai présenté la seringue et il a bondi dessus tellement il était affamé. Je lui ai donné un peu d’eau puis plusieurs vers à la suite. Il ouvrait grand le bec. Il sifflait sans cesse…

    Au cours de la journée, je n’en revenais pas de mes yeux, les merles adultes venaient le nourrir en se posant directement sur le dessus de la boîte.
    Le manège a continué jusqu’au soir. J’ai compléter aussi son repas avec les lombrics et avec les insectes déposés par les adultes.

    Le soir venu, juste avant la nuit je l’ai rentré au garage, ai remplacé le papier journal en fond de cage et laissé encore un peu les mousses qui confectionnaient le nid d’origine.

    Mardi matin, de nouveau dehors, il appela et il fût de nouveau pris en charge par un couple de merles (ses parents ?...) et j’ai même pu filmer la scène.

    Mercredi, idem et nous avons tenté une sortie de la cage pour voir s’il pouvait s’envoler. Il sautillait vigoureusement dans la pelouse mais il ne décollait pas.
    Le soir je décidai de lui fabriquer une cage plus haute avec trois perchoirs pour qu’il puisse s’exercer à sauter et pour qu’il ait une vue sur le devant à plein pieds.
    La mousse du nid d’origine était trop souillée et je l’ai éliminé.

    Jeudi, les adultes sont venus lui apporter des cerises et je continuais à compléter avec les lombrics. Par contre la vue dégagée l’impressionnait d’avantage et lui donnait des envies de liberté.
    Il souhaitait sortir en se lançant à travers les barreaux, retenu par les épaules.

    Toute notre famille a participé à son alimentation mais nous le laissions le plus possible seul avec son environnement animal. Pas plus de deux personnes en même temps vers la cage (dont une à distance) pour ne pas l’effrayer.
    J’ai changé plusieurs fois son papier au sol pour ne pas qu’il se salisse.

    Vendredi il avait de nouveau fait de gros progrès et se tenait sur le premier niveau à 10 cm du sol. Il était capable d’attraper les vers de terre directement au sol.
    Il penchait la tête sur le coté pour mieux les voir et frappait précisément.
    Il les secouait comme s’il avait voulu les nettoyer, les relâchait, et avec une vitesse et une adresse incroyable il les ingurgitait.

    Il chantait merveilleusement bien.

    Samedi les merles adultes ne venaient plus le nourrir. Après avoir mangé quelques vers de terre il semblait vouloir se nettoyer le bec et le frottait contre les parois.
    Il faisait super chaud et je décidai d’introduire une piscine avec très peu d’eau dans sa cage. Je l’ai attrapé pour le mettre dans la piscine mais il était apeuré.
    lorsque je l’ai posé dans les 2 cm d’eau, il est resté pendant 5 secondes, sur le ventre et le poitrail dans l’eau, sans bouger. Puis il s’est redressé d’un coup et est sorti de l’eau.

    Finalement après cette expérience malheureuse, j’ai confectionné une piscine de seulement 2 cm de haut et 20 cm de large. Je ne voulais plus rien lui imposer.
    Pour l’anecdote mais elle est vraie, je suis allé plonger dans notre piscine (la première fois cette année) car le temps s’y prêtait vraiment.

    Après 10 minutes, ma fille m’appelait, notre merlette (nous avions décidé que c’était une fille…) décidait de réaliser seule sa toilette. Nous étions émerveillés.
    Comment se petit être pouvait à se point progresser et connaître tant de chose sans que personne ne lui montre.
    Il se glissait dans cette flaque d’eau et éclaboussait toute la cage. Il a fallu bien sûr sécher toute la cage.
    J’ai oublié de vous mentionner qu’elle était confectionné avec un grand carton, les grilles de face avant et supérieure étaient en acier et provenaient de deux fours, les barreaux qui servaient de perchoirs étaient en bois, le reposoir inférieur pour l’arrivé des merles adultes ,également en bois.
    En fait cette cage était très fonctionnelle et j’en étais assez fier…

    Peu de temps après il continua ses prouesses, il réussissait à ce retourner sur son premier barreau pour monter sur le deuxième d’un petit saut et battements d’ailes, puis demi-tour de nouveau, et enfin le sommet de la cage.

    Vu les progrès, nous devions essayer de le lâcher dimanche matin pour vérifier s’il était capable de partir avec sa famille.

    Dimanche matin, pas de merle adulte à l’horizon.
    Je décidai de tondre la pelouse car je sais que l’herbe bien rase favorise la recherche des insectes et les merles affluent.

    Hélas, à 11h00, pelouse tondue mais mauvais temps, pluie ardente. Nous entendions bien des merles adultes dans le bois derrière la maison mais c’était trop risqué pour notre jeune apprenti.
    Il fallait attendre quelques jours pour que les conditions reviennent optimales.

    Il chantait, montait, descendait de son perchoir, il semblait en pleine forme.
    Je l’ai beaucoup nourri dans la journée.

    Le soir venu j’ai fait le plein de vers de terre bien frais pour le lendemain, l’ai nourri une dernière fois. Je changeai de nouveau son papier journal en bas de cage et mis pour la première fois un papier différent, glacé, type magazine. Il était sur le perchoir supérieur.
    Je l’ai fait boire 6 ml d’eau car contrairement à d’habitude, il ne boudait pas la seringue et semblait avoir très soif. Il ouvrait encore le bec mais il était l’heure de dormir.
    J’ai éteint la lumière du garage.

    D’habitude si j’oubliais quelque chose et devais retourner dans le garage, je prenais une lampe de poche pour ne pas éclairer de nouveau le garage.
    Comme je venais d’éteindre 5 minutes avant, je ne pris pas de précaution particulière. Quand j’ai atteint sa cage, il a sursauté, il devait déjà dormir.
    Je lui ai dit juste pardon et je l’ai laissé pour la nuit. A demain…

    Lundi matin 4 juin 2012, ma fille et ma femme me disent que le merle doit être bien fatigué car il n’a pas chanté lorsqu‘elles sont entrées dans le garage.
    Après avoir déjeuné, je suis allé le voir, il était allongé sur le coté sur le papier journal. Il était mort.

    Je me suis effondré en larmes comme un gamin, j’ai pleuré de toute mon âme, honteux devant ma famille.

    Je l’avais tué.
    Trop d’eau ?
    Trop mangé ?
    Emanation de vapeur d’encre des magazines ?
    Crise cardiaque ? Son journal était légèrement humide et il avait pourtant fait plusieurs selles durant la nuit. J’ai repensé à son absence pendant 5 secondes couché sur le ventre dans sa piscine…

    Je l’ai enveloppé dans une page de magazine, j’ai creusé un trou dans le bois, l’ai embrassé, et l’ai recouvert de terre.

    J’ai écrit tout cela car j’étais attaché à cet animal par des sentiments très forts et j’ai besoin d’extérioriser.
    Je l’aurais pourtant libéré sans regrets quelques jours après car sa vie n’était pas derrière des barreaux.
    Mais je lui aurais dit au revoir et bonne chance.

    En fait, je n’ai pas compris.
    J’ai trouvé cela injuste.
    J’ai raté mon sauvetage.

    Je sais que comparer à la perte d’un être cher humain c’est un peu ridicule.

    Je me suis moqué souvent de gens qui mettaient des fortunes pour sauver leur toutou d’une mort certaine. De même, je ris encore aujourd’hui lorsque j’entends l’anecdote de mon collègue de travail qui me racontait qu’il avait offert 2 perruches à sa mère et que ces 2 malheureuses sont mortes en même temps, d’une crise cardiaque, lorsque le chien est entré brusquement dans la cuisine en aboyant.

    Je paierais pourtant cher en euros, pour voir notre petit « casse-croûte » ressusciter…

    -----

  2. Publicité
  3. #2
    Flyingbike
    Modérateur

    Re : L'histoire de "casse-crôute". Courte vie d'un merle.

    BOnjour


    Très joli récit, mais ne vous en veuillez pas, vous avez fait tout ce qu'il était possible de faire (et meme plus). Les oiseaux "abandonnés" sont très fragiles et même s'ils ont l'air de récupérer, souvent le mal est déjà fait et toute l'attention du monde ne suffit pas a leur survie. Dites vous que vous avez réussi à le faire chanter, et qu'il n'a sans doute pas souffert en comparaison de ce qu'il aurait pu subir en restant dehors. Je crois aussi que vous avez beaucoup appris.

    Bonne journée

  4. #3
    MoniaAgro

    Re : L'histoire de "casse-crôute". Courte vie d'un merle.

    Je trouve que c'est une très belle histoire et c'est fort triste qu'elle se termine mal.
    Je ne trouve pas votre tristesse ridicule, bien au contraire! Peu de gens sont capables de s'attacher à tout ce qui est autre qu'humain (ou même à tout ce qui est autre que ce qui est lié au "soi"). C'est d'ailleurs une des causes de notre chute. Je vous félicite pour votre implication et votre respect envers ce petit être.
    Au moins il n'a pas souffert (contrairement à si il avait fini en casse croûte pour chat) et il a eu droit à votre attention, à celle de votre famille et à celle de ses congénères.
    Bravo pour tout! Vous avez eu une belle expérience!

  5. #4
    bettifree

    Re : L'histoire de "casse-crôute". Courte vie d'un merle.

    Merci pour vos messages.
    C'est vrai que j'ai beaucoup appris et que c'était une belle expérience. J'aurais tant voulu qu'elle se termine mieux pour notre petit protégé.

    J'avais omis de dire qu'en milieu de semaine il avait eu aussi à supporter une "attaque" de petites mouches plates. J'ai pu rapidement les éliminer (4 au total en 2 jours) en les attrapant lorsqu'elles apparaissaient sur le dessus de son plumage. En fin de semaine il était capable de remettre en place ses plumes avec son bec. Je pense que si une mouche revenait, il aurait pu s'en débarrasser tout seul.

    Jamais plus je ne regarderai les oiseaux, et surtout les merles, de la même manière.
    Cette expérience m'a transformé.

  6. A voir en vidéo sur Futura

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