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Médias, information et connaissance



  1. #1
    Paminode

    Médias, information et connaissance


    ------

    Bonjour,

    Je m'interroge sur le lien entre médias, information et connaissance.
    D'où une question : quand une information, véhiculée par un média, constitue-t-elle ou conduit-elle à un savoir ?

    Je constate l'omniprésence de médias véhiculant en permanence un flux continu d'informations :
    D'abord une véritable institution dans notre société, la presse écrite quotidienne ou hebdomadaire, dite parfois "généraliste" ou "d'opinion" : Le Monde, Libération, Le Nvel Obs, Télérama, etc. Difficile d'y échapper. Quel spectacle plus naturel que de voir une personne - ami, collègue, passager du métro - ouvrir son journal. On ne s'interroge jamais sur la signification de ce geste quotidien, banal à l'extrême.
    Il y a aussi la radio, le JT. Et toujours le terme "information" ; qui n'a jamais entendu les phrases : "Ce matin, j'écoutais les informations, et... " ou : "j'ai entendu aux informations que..."
    Et chacun, souvent, de justifier sa lecture ou son écoute de ces médias en affirmant "vouloir se tenir au courant de ce qui se passe dans le monde".

    Et il y a une autre presse, celle-ci plutôt mensuelle : La Recherche, Pour la Science, Science et Vie, Philosophie Magazine, Sciences Humaines, Cerveau & Psycho, Historia, Géo, etc...
    Et là, à propos du contenu de ces magazines, on parle rarement d'"information", mais plutôt de "connaissance" ou de "savoir".
    Est-ce que lire cette "autre presse" ce n'est pas également "vouloir se tenir au courant de ce qui se passe dans le monde" ? Pourtant, dans ce cas-ci, on entend rarement une telle justification.

    Mon interrogation concerne donc le moment où des informations relevant du flux continu généraliste sont susceptibles d’apporter un savoir et de devenir connaissance.
    Des exemples : Apprendre qu'hier s'est produit un énième tremblement de terre dans tel pays m'en apprend-il plus sur la notion de tremblement de terre ? Apprendre que ce matin un nouveau forcené s’est retranché avec une arme dans tel lieu m’apprend-il quelque chose sur la psychologie humaine ?
    Le flux quotidien d'informations peut-il faire sens s'il se contente d'aligner des faits, sans les rattacher à des structures théoriques globales ?
    Qu'en retiendra ma mémoire ?

    Une autre question annexe :
    Comment sont choisies les "informations" de ce flux quotidien ? Il existe des milliers d'événements à chaque instant dans le monde ; comment sont sélectionnés les quelques dizaines seulement de faits qui vont figurer sur les pages de tel quotidien ? Selon quels critères ? Quelles qualifications s'attribuent ceux qui déterminent que c'est de cela qu'il faut parler, au détriment du reste, pour que le public "soit tenu au courant de ce qui se passe dans le monde" ?

    -----

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  3. #2
    Cécile

    Re : Médias, information et connaissance

    Bonjour,

    Le but des médias est d'informer, bien avant d'apporter des connaissances.
    On ouvre avant tout un journal pour savoir ce qui se passe actuellement. Ensuite, selon le type de journal, on affine sa demande. Avec un généraliste, on veut connaître les infos considérées comme importantes dans plein de domaines. Avec un média spécialisé, par exemple en science, on cherche à s'informer sur ce qui se fait en sciences actuellement. Regarde le sous-titre de La Recherche, c'est "l'actualité des sciences", autrement dit ce qui se fait aujourd'hui (enfin, disons cette année) dans les labos.
    Lorsqu'on cherche à approfondir ses connaissances, il y a d'autres moyens plus appropriés, depuis l'enseignement jusqu'aux livres, en passant par les conférences, voire Internet.
    Les hors séries des journaux scientifiques constituent souvent l'intermédiaire entre information et connaissance.

    Mon interrogation concerne donc le moment où des informations relevant du flux continu généraliste sont susceptibles d’apporter un savoir et de devenir connaissance.
    Je pense que c'est à chacun d'entre nous de le faire, notamment en utilisant nos connaissances.

    Des exemples : Apprendre qu'hier s'est produit un énième tremblement de terre dans tel pays m'en apprend-il plus sur la notion de tremblement de terre ?
    Le but n'est pas forcément d'en apprendre plus sur les tremblements de terre. Le but est d'apprendre qu'il y a eu un tremblement de terre dans tel pays, point. C'est de l'information.
    Le flux quotidien d'informations peut-il faire sens s'il se contente d'aligner des faits, sans les rattacher à des structures théoriques globales ?
    Il y a souvent, notamment dans les bons journaux, des informations moins "ponctuelles" que le simple tremblement de terre. Beaucoup de journaux, lors de ces catastrophes, donnent quelques explications sur le phénomène du tremblement de terre, les avancées en matière de prévision, les modes de construction antisismiques... C'est d'ailleurs l'occasion, pour les journalistes scientifiques, de placer un peu de science dans le journal, ce qui est habituellement difficile.
    D'autre part, dans beaucoup de journaux, il y a aussi des analyses, des points de vue... bref, ça va bien au delà de l'information brute. Pour ma part, lorsque je lis un quotidien, j'ai l'impression que ça me fait réfléchir.

    Qu'en retiendra ma mémoire ?
    Elle retiendra... un peu, si ça nous intéresse. Elle ne retiendra pas forcément moins, d'ailleurs, que ce qu'on a appris en cours, qui est aussi en grande partie oublié.
    Comment sont choisies les "informations" de ce flux quotidien ? Il existe des milliers d'événements à chaque instant dans le monde ; comment sont sélectionnés les quelques dizaines seulement de faits qui vont figurer sur les pages de tel quotidien ? Selon quels critères ?
    Vaste question. Chaque journal sélectionne les informations et la place qu'il leur donnera en fonction de ce qu'il imagine de son lectorat, de l'importance que les rédacteurs en chef accordent à tel ou tel sujet, de la règle de proximité (on parle plus facilement d'un mort près de chez soi que de 10 morts dans le pays, ou de 1000 morts à l'autre bout du monde). C'est subjectif, forcément, mais je n'imagine comment ce choix pourrait être objectif.

  4. #3
    Paminode

    Re : Médias, information et connaissance

    Bonjour Cécile,
    Citation Envoyé par Cécile Voir le message
    Le but des médias est d'informer, bien avant d'apporter des connaissances.
    (...)
    Le but n'est pas forcément d'en apprendre plus sur les tremblements de terre. Le but est d'apprendre qu'il y a eu un tremblement de terre dans tel pays, point. C'est de l'information.
    Naturellement. Mais c'est la fonction-même de cette information et le besoin que l'on peut en avoir qui ne manquent pas de m'intriguer. Je ne suis pas sûr que la question soit aussi simple qu'elle en a l'air.
    Je picore dans le Robert :
    Information :
    1) Renseignements sur quelqu'un, sur quelque chose.
    (...)
    3) Fait ou jugement qu'on porte à la connaissance d'une personne, d'un public, à l'aide de mots, de sons, d'images.
    (...)
    4) Ensemble des informations, et par extension, Action d'informer l'opinion sur la vie publique, les événements récents.
    N'apporte pas grand'chose.
    Citation Envoyé par Cécile Voir le message
    Il y a souvent, notamment dans les bons journaux, des informations moins "ponctuelles" que le simple tremblement de terre. Beaucoup de journaux, lors de ces catastrophes, donnent quelques explications sur le phénomène du tremblement de terre, les avancées en matière de prévision, les modes de construction antisismiques... C'est d'ailleurs l'occasion, pour les journalistes scientifiques, de placer un peu de science dans le journal, ce qui est habituellement difficile.
    D'autre part, dans beaucoup de journaux, il y a aussi des analyses, des points de vue... bref, ça va bien au delà de l'information brute. Pour ma part, lorsque je lis un quotidien, j'ai l'impression que ça me fait réfléchir.
    J'ai envie de dire : ça, c'est le meilleur des cas. Mais le JT ? C'est plutôt du brut light.
    Citation Envoyé par Cécile Voir le message
    On ouvre avant tout un journal pour savoir ce qui se passe actuellement. Ensuite, selon le type de journal, on affine sa demande. Avec un généraliste, on veut connaître les infos considérées comme importantes dans plein de domaines.
    Ce sont précisément des expressions comme "savoir ce qui se passe actuellement" ou "infos considérées comme importantes" qui auraient tendance à me chagriner.
    Je prends un cas concret. Imaginons : je viens de déménager, j'habite un nouveau quartier ; je m'informe : où est le poissonnier, le cordonnier ? Ces informations constituent des savoirs qui vont m'être objectivement utiles.
    Mais une information qui n'apporte pas de connaissance ? J'ai du mal à comprendre. Il doit y avoir différents niveaux de gratification.
    Citation Envoyé par Cécile Voir le message
    Chaque journal sélectionne les informations et la place qu'il leur donnera en fonction de ce qu'il imagine de son lectorat, de l'importance que les rédacteurs en chef accordent à tel ou tel sujet, de la règle de proximité (on parle plus facilement d'un mort près de chez soi que de 10 morts dans le pays, ou de 1000 morts à l'autre bout du monde). C'est subjectif, forcément, mais je n'imagine comment ce choix pourrait être objectif.
    J'imagine que la sélection se fait à plusieurs niveaux ; que ce qui parvient aux rédactions a déjà été amplement filtré (parfois, la même histoire surgit dans plusieurs organes de presse le même jour, et même dans plusieurs pays). En amont de la rédaction du journal ou de la chaîne TV, il y a l'AFP ou d'autres agences. Et encore en amont ? Des ambassades, des consulats, des organismes ? Je n'arrive pas à me représenter le premier niveau de tri parmi la foultitude de faits à chaque instant.
    Pourquoi est-ce tel jour que l'on parle soudain d'une guerre dont on apprend qu'elle dure en fait depuis déjà quinze ans dans l'ignorance et l'indifférence ?
    Il y a quelque chose qui pour moi n'est pas clair à la source.

  5. #4
    JPL
    Responsable des forums

    Re : Médias, information et connaissance

    Pourrais-tu te rappeler que tu es dans Débats scientifiques et te limiter à ce domaine ? Ce qui risque de te montrer que ton interrogation initiale est assez largement hors thématique à mon avis.
    Rien ne sert de penser, il faut réfléchir avant - Pierre Dac

  6. A voir en vidéo sur Futura
  7. #5
    Cécile

    Re : Médias, information et connaissance

    @JPL : on peut recentrer sur l'information scientifique si tu veux, mais je crois que c'est plus intéressant si on reste sur une vision large de l'information, et qu'on prend pour exemples surtout les informations scientifiques. Ca te va ?

    Citation Envoyé par Paminode
    Je ne suis pas sûr que la question soit aussi simple qu'elle en a l'air.
    Non, elle est complexe, et la réponse apportée par les journaux est une des réponses possibles, mais sûrement pas la seule.
    Mais le JT ? C'est plutôt du brut light.
    Oui, question de temps (notamment).

    Ce sont précisément des expressions comme "savoir ce qui se passe actuellement" ou "infos considérées comme importantes" qui auraient tendance à me chagriner.
    En effet, c'est très flou, car c'est très variable selon les journaux.
    Je prends un cas concret. Imaginons : je viens de déménager, j'habite un nouveau quartier ; je m'informe : où est le poissonnier, le cordonnier ? Ces informations constituent des savoirs qui vont m'être objectivement utiles.
    Pour le lecteur de Match, "savoir ce qui se passe actuellement", c'est savoir quel people a fait tel ou tel truc, et je suis d'accord avec toi que ce n'est pas intéressant (pour moi) ni utile. C'est plus de la distraction que de l'information. En revanche, si on regarde d'autres journaux, par exemple Le Monde de ce soir, ça parle bien sûr des retraites, mais aussi de reconduites à la frontières, de BP... Les deux premiers sujets m'intéressent en tant que citoyenne et électrice, ils sont donc "utiles". Concernant BP, ça ne m'est pas utile directement, n'empêche que je trouve que c'est important d'apprendre des choses sur ce sujet. Une sorte de culture générale sur la manière dont marche le monde.
    Pour revenir sur le sujet des informations scientifiques (n'est-ce pas JPL ), je trouve également important de savoir que tel laboratoire a fait telle découverte, que tel satellite est lancé, que telle campagne de mesure a donné tel résultats... Ca ne remplace pas un savoir général, ça le complète. Et ce d'autant plus que je sais déjà des choses sur le sujet. D'où l'intérêt d'avoir aussi des connaissances "pures".
    Mais une information qui n'apporte pas de connaissance ? J'ai du mal à comprendre. Il doit y avoir différents niveaux de gratification.
    En sciences, y a-t-il beaucoup d'informations qui n'apportent pas de connaissances ? Je ne sais pas.

  8. #6
    Paminode

    Re : Médias, information et connaissance

    Citation Envoyé par Cécile Voir le message
    si on regarde (...) par exemple Le Monde de ce soir, ça parle bien sûr des retraites, mais aussi de reconduites à la frontières, de BP... Les deux premiers sujets m'intéressent en tant que citoyenne et électrice, ils sont donc "utiles". Concernant BP, ça ne m'est pas utile directement, n'empêche que je trouve que c'est important d'apprendre des choses sur ce sujet. Une sorte de culture générale sur la manière dont marche le monde.
    C'est un peu cela, la question que je me pose. Cette déferlante continue peut-elle véritablement amener à une représentation cohérente, une Weltanschauung ?
    Ou au contraire à un bric-à-brac ?
    Je me suis moi aussi frotté à la lecture régulière de quotidiens et d'hebdomadaires pendant des années, et qu'en ai-je retenu, quelle représentation de l'existence et de la réalité ? Je vois avant tout un grand vide, ou un tohu-bohu de mots, ce qui est à peu près le même.
    Il est clair que je ne me pose pas ces questions en ce qui concerne la lecture de mensuels comme La Rech, Philo Mag ou Sciences Humaines. Une seule page de ces magazines, ou de livres d'essais, me donne l'impression de me fournir à l'opposé quelque chose d'essentiel, une structure. De façon épurée.

    D'autant plus que, dans l'information de flux tendu, s'il y a éventuellement une part de savoir, il me semble qu'il y a beaucoup de dramaturgie : des victimes, des êtres malfaisants...
    Je m'étonne vraiment qu'il n'y ait pas davantage d'études sur la fonction sociopsychologique de cette action en apparence banale de "lire le journal". (On préfère se focaliser sur Internet, plus "branché" ?)
    Et s'il y a beaucoup d'études sur la notion d'information en science (cf. le dernier Science & Vie), il me semble qu'il n'y en a pas beaucoup sur le sens plus quotidien ou "trivial" du terme.
    Citation Envoyé par Cécile Voir le message
    Ca ne remplace pas un savoir général, ça le complète. Et ce d'autant plus que je sais déjà des choses sur le sujet. D'où l'intérêt d'avoir aussi des connaissances "pures".
    .
    Voilà. Pour vous, ces informations viennent s'ajouter à un fonds déjà constitué, structuré. Mais qu'en est-il pour tous ceux à qui le temps manque, pour causes d'obligations (études spécialisées, occupations professionnelles, familiales) et pour qui, après le bac, il n'y a plus que cette presse quotidienne et hebdomadaire pour "s'informer" ?
    Dernière modification par Paminode ; 10/09/2010 à 10h49.

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  10. #7
    Cécile

    Re : Médias, information et connaissance

    Citation Envoyé par Paminode Voir le message
    Voilà. Pour vous, ces informations viennent s'ajouter à un fonds déjà constitué, structuré. Mais qu'en est-il pour tous ceux à qui le temps manque, pour causes d'obligations (études spécialisées, occupations professionnelles, familiales) et pour qui, après le bac, il n'y a plus que cette presse quotidienne et hebdomadaire pour "s'informer" ?
    Là, je parlais des informations scientifiques. Où la presse quotidienne, de toute façon, ne suffit pas pour s'informer. Quant à la presse spécialisée, les articles sont en général suffisamment développés pour rappeler les bases.

    Je me suis moi aussi frotté à la lecture régulière de quotidiens et d'hebdomadaires pendant des années, et qu'en ai-je retenu, quelle représentation de l'existence et de la réalité ? Je vois avant tout un grand vide, ou un tohu-bohu de mots, ce qui est à peu près le même.
    C'est sûr que les informations présentées ne restent pas forcément dans notre mémoire. Néanmoins, avec le recul, je m'aperçois que j'en retiens une partie. Et que cela sert à me forger mon opinion sur des questions sociales, politiques, voire économiques (même si là, c'est plus dur), donc à exercer mes droits et devoirs de citoyen (parmi lesquels de droit de vote). Ca fait peut-être un peu pompeux de dire ça, mais sans la lecture des journaux et l'écoute de la radio, j'aurais l'impression d'être une demi-citoyenne.

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