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[Archéo Amériques] Toltecayotl



  1. #1
    tezcatlipoca

    [Archéo Amériques] Toltecayotl


    ------

    Bonjour,

    Posté ce jour, à l'identique, sur le forum Passion Histoire.


    TOLTECAYOTL

    Les Toltèques, tout comme les Aztèques qui leurs succéderont, sont issus de la grande famille appelée « Chichimèques ». Sur un plan strictement linguistique, leur parenté est encore plus évidente puisque ces deux peuples parlaient la même langue, le Nahuatl. Cette langue appartient au groupe Uto-Aztèque dont le berceau originel couvre précisément l’Oasis-Amérique. Comme sont nom ne l’indique que très imparfaitement, cette zone englobe l’ensemble des hauts plateaux (semi-)désertiques du sud-ouest des Etats-Unis et du nord-ouest du Mexique. Plus globalement les tributs chichimèques erraient dans toute l’Arido-Amérique, ensemble des territoires secs et déshérités au nord de la Mésoamérique. Géographiquement et culturellement la proximité des Toltèques et des Aztèques est donc assez flagrante mais l’écart des siècles séparant leurs migrations participe fondamentalement à bien les différencier.

    Les Chichimèques étaient donc initialement des bandes « sauvages » vivant de chasse et de cueillette dans les terres inhospitalières du nord mexicain. A bien des égards, on peut les comparer aux tributs amérindiennes qui occupaient l’essentielle de l’Amérique du nord à la même époque, tout en précisant avec force, que nombre de ces peuples n’étaient pas nomades, et pouvaient connaître des développements culturels remarquables qui sont souvent ignorés des non-spécialistes.
    A ce sujet, on doit immédiatement évoquer Casas Grandes qui démolit en partie l’image initiale que je vous ai livré des Chichimèques en les qualifiant notamment de nomades et de « sauvages ».

    Casas Grandes est une première, mais large parenthèse, que j’ouvre dans ce sujet consacré aux Toltèques.

    Paquimé Casas Grandes n’intéresse pas la période précédant la migration toltèque puisque les datations effectuées sur le site nous indiquent une période de développement correspondant, du milieu du 10ème siècle au milieu du 14ème siècle de nôtre ère. Nous serions donc tenté d’y voir un exemple instructif du développement d’une société sédentaire « Chichimèque » avant la migration qui conduira les Aztèques jusqu’aux rives du lac de Texcoco. Rassurez-vous, je ne sous-entends pas de rapport entre Paquimé et la légendaire Aztlan, patrie mythique des Mexicas (Aztèques). Ce serait faire un raccourci bien trop considérable et ne reposerait effectivement que sur de fragiles hypothèses, à la limite, fantaisistes.
    Par contre, il semble avéré désormais, que cette population ait eu une parenté plus directe avec les cultures de mésoamérique plutôt que celles, septentrionales, telles les Mogollons ou les Hohokams. L’interpénétration des influences restent malgré tout évidente.
    On peut noter dans l’organisation architecturale du site, plates formes et terrassements, jeux de balles (Ce dernier point devant être traité à part, j’y reviendrais ultérieurement), sont bien les éléments d’une relation importante avec les grandes civilisations mexicaines.
    De vastes étendues cultivables étaient aménagées par un important réseau d’irrigation.
    Casas Grandes demeura pendant plusieurs siècles un carrefour d’échange, marchand et culturel, entre l’Oasis-Amérique et les hautes civilisations précolombiennes de la même époque.

    http://www.beloit.edu/~museum/logan/.../casasgrandes/

    Sans pouvoir remettre la main sur l’origine précise de ma source, je me permets tout de même de vous parler des travaux de Charles Di Peso (Amerind Foundation).

    Selon ce chercheur qui s’est livré à un examen approfondi de la poterie de Casas Grandes, pour toute la période allant de 1060 à 1340 de nôtre ère, on retrouve les représentations d’un panthéon riche de Dieux appartenant aussi, sans ambiguïté, à la mythologie Mixtèque-Puebla, dans le sud du Mexique. 1340 marquerait la fin d’une première époque et correspondrait à une destruction de la ville avant sa renaissance.
    Une des fortes caractéristiques de la culture de Casas Grandes est le fait que les représentations des Dieux furent principalement figurées sur les poteries.
    Ainsi les récipients usuels deviennent le support de prédilection de cette culture pour afficher sa religiosité alors que dans le même temps, ce principe, en Méso-Amérique, s’exprime d’abord dans l’architecture, la statuaire et les stèles.
    On retrouve aussi, à un moindre degré qu’avec les Mixtèques, un lien indiscutable avec la mythologie Aztèque. La figure de Huitzilopochtli est assez fréquente mais plus encore celle de Quetzalcoatl qui dans ce cadre prend franchement les attributs d’une divinité solaire.

    Mais attachons nous un instant à la description du site et à l’analyse chronologique de son développement.
    Dans un premier temps, nous avons là un simple village d’agriculteurs, à l’image de quelques autres que l’on trouvaient alors, dans cette région.
    Assez vite, par un contact privilégié avec les grandes cultures de Méso-Amérique, une cité se construit sur des spécificités particulières.
    Des quartiers d’habitations de type Pueblo et Anasazi apparaissent, à plusieurs étages. Les portes en T et les disques de pierre sous les colonnes de soutènement des plafonds sont des caractéristiques authentiquement Pueblo.
    Des plates-formes cérémonielles sont bâties et ceintes de mûrs en pierre nous rattachent par contre aux grands centres cérémoniels des hauts plateaux. Sans en posséder l’ampleur, la construction de ces successions de terrasses a demandé un travail considérable d’une importante main d’œuvre et sur de longues périodes de temps.

    Comme je l’avais indiqué, je reviens plus en détails sur le jeu de balle.

    Particulièrement bien connu dans la zone mésoaméricaine, il nous faut plutôt parler des jeux de balle, pour élargir le cadre géographique et culturel et faire ressurgir la réalité de l’extraordinaire diffusion de ce concept précolombien. La diversité de sa pratique et de l’ensemble des cultures qui s’y livrèrent est largement ignorée et je souhaite jeter un éclairage nouveau sur ce point.
    La vision que nous avons du jeu correspond à ce que nous en connaissons principalement par les Mayas (pok ta pok) et les Aztèques. Un terrain en forme de double T (Tachtli- représentation de l’univers) renversé, deux anneaux de pierre fixés verticalement en hauteur sur des murs, de part et d’autre de l’aire centrale. Deux équipes de joueurs, de nombre variable, parfois harnachés de protections, coudières, ceintures etc…, se disputait le contrôle d’une balle (symbolisant le Soleil) pour essayer de la faire passer dans l’un des anneaux (pouvant être associé au cycle temporel du calendrier).
    Plus qu’un simple jeu, il s’agit avant tout d’une cérémonie à caractère religieux à l’issue de laquelle on sacrifiait souvent une partie des participants. Nous ignorons si l’immolation concernait perdants ou gagnants, encore que ces termes soient mal adaptés à une pratique rituelle aussi étrangère à nos concepts occidentaux.

    Il nous faut dépasser cette étroite vision du jeu de balle pour aborder l’expression plus large que peut revêtir la grande diversité de la pratique des jeux de balle, bien au-delà des seules hautes civilisations mexicaines.
    A cet effet je vous livre quelques extraits du lien suivant qui reprennent bien les points que je souhaite développer.

    http://tc.revues.org/document180.html#tocto1


    Aire géographique nord américaine :

    « Analyser la logique interne des jeux amérindiens revient à déterminer leurs possibles contraintes structurelles. La notion de règle implique des conduites rationnelles concrètes, le sport étant une compétition motivée par des enjeux, il est essentiel que les adversaires soient assujettis aux mêmes règles, de façon à réduire au minimum les variables qui pourraient favoriser l’un des protagonistes. Seule la valeur sportive des adversaires doit déterminer le vainqueur. Mais ce principe ne peut s’appliquer strictement à l’analyse des jeux sportifs amérindiens. Les rencontres entre tribus n’étaient pas rigidement standardisées : les dimensions du terrain étaient variables, les tenues et équipements également, les périodes de jeu, le nombre de points nécessaires à la victoire, les distances de course, et même le nombre de participants d’une équipe n’étaient pas fixes. Pour Emmanuel Desveaux (2001 : 289) »

    « Le jeu de balle nord-américain semble se décliner à l’infini comme si étaient réalisées toutes les variations possibles à partir de la combinaison de quelques éléments de base, tels que la dimension du terrain, le nombre et le sexe des participants, la forme des accessoires, les occasions de jeu, etc. Il n’y avait pas deux groupes pour partager les mêmes règles ou façons en ce domaine. Du reste, plusieurs d’entre elles cohabitaient souvent au sein d’un même groupe. »

    « Il existait cependant certaines constantes dans les jeux populaires de raquette (comme le lacrosse), de shinny (jeu de « double-balle »2); par exemple, l’interdiction pour les joueurs de toucher la balle avec les mains. Seuls bâtons ou raquettes étaient autorisés pour faire avancer la balle. De même, dans la « course avec balle3 », toute manipulation était prohibée. Plusieurs traits, comme la procédure pour commencer la rencontre ou pour comptabiliser les points, étaient communs à toutes les tribus. La position de l’aire de jeu par rapport aux points cardinaux était, elle aussi, immuable. On retrouve d’ailleurs cette particularité dans la pratique actuelle du base-ball par les Amérindiens : les bases sont ordonnées selon les quatre points cardinaux et l’on circule suivant la course du soleil »


    Tout cela pour souligner la fantastique variété que prennent les jeux de balle dans l’ensemble de l’Amérique du nord jusqu’à l’isthme de Panama et plus rarement en Amérique du sud, et pourtant, l’étonnante récurrence de certains principes qui sous-tendent quelques valeurs fondamentales communes.
    Dans ce registre, les Pr Scarborough et Wilcox ont publié une série d’articles intéressants (en 1991) qui identifie quelques grandes structures régionnales préhistoriques à partir de l’identification de divers zones géographiques dans lesquelles plusieurs cultures différentes partageaient une ou des pratiques de jeu de balle.
    (Un point essentiel serait d’avoir une documentation des fouilles qui ont été effectuées à Paquimé et qui documentent les aires de jeu de balle en cet endroit. Je ne possède pas ces références et je lance un appel à qui pourrait en fournir un accès simple et gratuit.)
    Je ne puis que relayer les allégations des chercheurs cités plus haut, qui affirment une relation évidente entre la pratique du jeu de balle à Casas Grandes (Paquimé) et celles (probablement un peu plus élaborées, des granges civilisations précolombiennes.

    Entre 1958 et 1962, une grande campagne de fouilles fût entreprise par l’Amerind Foundation, à l’initiative de son Directeur, C. Di Peso.
    C’est dans ce cadre général qu’il faut situer les travaux de J. Ravesloot qui étudia un ensemble de sépultures dans lesquelles furent retrouvés 445 corps.
    Il résulte des études statistiques faites sur ces inhumations, une meilleure connaissance des structures hiérarchiques de cette communauté.
    En ayant établit un ensemble de critères (un peu arbitraires selon certains chercheurs), localisation préférentielles ; soins apportés aux dépouilles ; qualités des offrandes, Ravesloot va classifier les tombes en quatre catégories.
    Dans la première, celle d’une « classe dominante », on rangerait 28 individus.
    On y trouve des hommes, des femmes et des adolescents qui auraient vraisemblablement assumés leurs rangs de façon héréditaire.
    Pour les trois autres catégories, où il semblerait que le statut des individus soit acquis,
    on trouve dans l’une d’elle exclusivement des adultes.
    Un ouvrage intéressant traite plus largement de ce sujet. En voici un compte rendu :

    http://jsa.revues.org/document1601.html


    Pour en revenir précisément à nôtre sujet, Casas Grandes, nous sommes dans un système de hiérarchisation sociale assez éloignée des simples structures villageoises, et cela couvrirait une période allant environ de 1200 à 1450 ap.JC.
    Cet apogée surviendrait donc au moment même de l’effondrement définitif de Tula, la capitale des Toltèques, que l’on soupçonne fort d’avoir été détruite par des Chichimèques.
    De même Casas grandes sera détruite et incendiée au milieu du 14ème siècle par des hordes sauvages, proches parents, qui décidément auront jouées un rôle majeur, durant des siècles, dans les apparitions et les déclins de presque tous les foyers culturels, du Rio Grande aux rives du lac Texcoco, et plus encore...

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  3. #2
    Skoll

    Re : Toltecayotl

    Salut tezcatlipoca,
    c'est ce que j'appelle un post-fleuve (ça veut pas dire que c'est après un fleuve); dis-moi juste (je suis complètement néophyte, mais je reste ouvert): s'agit-il d'un exposé, d'une question ou bien recherches-tu des gens intéressés par le sujet pour discuter, débattre, plus si affinités ?

    Car si le sujet reste passionnant, lances-donc un appel à la discussion. Les forumeurs seront ravis de partager leurs idées avec toi.

  4. #3
    tezcatlipoca

    Re : Toltecayotl

    Salut à toi Skoll,

    A priori, cela ressemble assez à un exposé.
    Pour d’éventuelles questions, je suis prêt à essayer d’ y répondre.
    Quant à une discussion, je la redoute un peu, mais mon sujet n’étant vraiment pas grand publique, j’y échapperai probablement.
    Effectivement, ce genre de précisions n’étaient pas inutiles.
    Pour le « Post-fleuve », nous sommes encore tout proche de la source. Seule la sécheresse de vos messages pourraient en tarir les flots impétueux qui s’annoncent…

  5. #4
    lexovisaurus

    Re : Toltecayotl

    Très intéressant, j'avait déja vaguement entendu parlé ou lu des chose sur l''origine commune des aztèque et toltèque ainsi que leur lien avec les chichimèques. Merci pour ton sujet ça a recadré et précisé le sujet (surtout en ce qui concerne le jeux de balle) .

    Heureusement que tu ne t'es pas attaqué a la mythologie, j'ose pas imaginé la longueur du post et la prise de tête (je parle pour moi) pour ne pas mélanger tous les noms de leurs dieux qui sont tout simplement ipronomçable (a part 3-4 dieux aztèque j'arrive jamais à retenir les autre nom car trop compliqué pour moi )

  6. #5
    tezcatlipoca

    Re : Toltecayotl

    Bonsoir,

    Sincères remerciements Lexovisaurus.
    Je travaille à la suite... et tâcherai d'être économe en mots barbares.

  7. A voir en vidéo sur Futura
  8. #6
    tezcatlipoca

    Re : Toltecayotl

    Bonsoir,

    Suite du post N°1

    Remontons dans le temps…

    Les Toltèques apparaissent dans la « vallée de México » au milieu du huitième siècle de nôtre ère.
    Cette arrivée correspond trés approximativement avec l’effondrement de Téotihuacan et il est commun d’en faire une relation de cause à effet. Des traces d’incendie et de saccages sont d’évidence associables à la chute brutale de la mégalopole théocratique. Mais ces stigmates ne concernent apparemment que les quartiers des palais et des temples. Cela fait dire à beaucoup de spécialistes, que nous constatons plutôt ici, le résultat d’une révolte populaire, d’une insurrection ou d’une guerre civile, que les conséquences d’une invasion extérieure qui aurait, elle, en toute logique, provoquée des destructions sur l’ensemble des secteurs de la ville.
    Il est véritablement très difficile de conclure de façon catégorique sur ce qui a conduit Téotihuacan à son soudain déclin. Par ailleurs je peux évoquer certain travaux datant de la fin des années 90 qui indiquerait que la chute de la cité interviendrait en fait un siècle avant de ce que l’on imaginait jusqu’à maintenant (650 ap. JC.). On peut souligner le fait que son prestige perdurera à travers les siècles, notamment grâce aux Toltèques qui vont reprendre son héritage culturel pour le mêler intimement à leurs propres traditions.

    Si nous avons décrit les Chichimèques (d’époques ultérieures) dans le premier post de ce sujet, rappelons que les Toltèques faisaient partie de cette grande famille de bandes errantes.
    Paquimé Casas Grandes décrivait le cas exceptionnel et tardif, d’un village d’agriculteurs ayant connu d’importantes transformations socio-culturelles ainsi qu’un développement urbain sous l’influence marquée des grandes civilisations mexicaines.
    Il n’en reste pas moins que nos connaissances sur les peuplades Chichimèques de cette époques nous inclinent plutôt à voir en eux, en règle générale, de francs sauvages aux mœurs primitives. Si nous nous référons aux témoignages, qu’ils soient d’origines indigènes (Codex /manuscrits pictographiques) ou ceux des conquérants espagnols, nous nous heurtons rapidement au fait que la description qu’ils nous en donnent, ne correspond pas à celles de peuples capables de nuire gravement, voir de détruire, une formidable société citadine et organisée comme Téotihuacan.
    Dans tous les Codex traitant peu ou prou des Chichimèques, les images nous les montrent invariablement comme errant sans but, par petits groupes, et se livrant à la chasse.
    On les voit parfois occupant des grottes, se nourrissant de petits gibiers et du produit de leurs cueillettes. La seule arme élaborée qu’on leur connaisse est l’arc mais accessoirement ils se serviront de pierres ou de bâtons pour tuer les petites proies dont ils se nourrissent.
    Dans le meilleur des cas, ils sont vêtus de peaux de bêtes, mais beaucoup d’entre eux vont nus avec pour seuls ustensiles des sortes de filets, servant aux femmes à porter les enfants et aux hommes à y mettre le gibier abattu.

    Du côté espagnol, nous avons hérité d’un document exceptionnel. Ce sont les écrits de A.N.Cabeza de Vaca, « Naufrage». Membre d’une expédition partie explorer la Floride et dont le navire sombra en 1528 à proximité de l’embouchure du Mississipi, Cabeza de Vaca va devoir traverser à pied, accompagné par trois compagnons, la Louisiane, le Texas, les états mexicain de Chihuahua, Durango, passer la Sierra Madre occidentale pour finalement rejoindre une colonie espagnole à Sinaloa, dans le Nayarit.
    Un périple de 2800 Km qui se termine en l’an de grâce 1536 dans la ville de mexico.
    Cabeza de Vaca aura vécu pendant près de huit années avec ces tribus chichimèques, partageant totalement leur existence et pouvant après coup, nous livrer un ensemble d’informations, que, sans son infortune, nous n’aurions jamais eu.
    Dans ce récit, le conquistador nous entretient de la quête permanente de nourriture des « indiens ». Ces clans éparses n’avaient jamais été en contact avec les Espagnols et ils accueillent en leurs seins ces étrangers, partageant avec eux leur maigre pitance.
    Les Blancs sont souvent pris pour des chamans et les « indiens » viennent leur faire sanctifier toute nourriture avant de la manger.
    Passant d’un groupe à l’autre, dans une errance commune, couchant dans de sommaires abris de branchages, dans des grottes ou souvent à la belle étoile, suivant un chemin dont la prochaine étape était nécessairement un point d’eau, tenaillé souvent par la faim, dans des contrées caniculaires le jour et glaciales la nuit, il parait complètement évident que sans la « bienveillance » et parfois l’aide des autochtones, aucuns des espagnols n’auraient pu survivre à une telle aventure. Alors sauvages, primitifs, sans doute, mais pas plus sanguinaires que cela aux vues des conclusions que l’on peut tirer de cette histoire.


    http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%81l...Cabeza_de_Vaca


    Certes les témoignages dont je fais état, notamment ceux des conquistadores, ont été recueillis sept siècles après la chute de la grande métropole des hauts plateaux (Téotihuacan).
    Mais aucunes raisons ne tendent à accréditer l’idée qu’un quelconque changement sensible ne se soit produit chez ces peuples, pendant ce laps de temps.

    Sont-ce donc ces misérables amérindiens, par groupes excédants rarement deux douzaines d’individus qui sont sortis des déserts du nord dans les années 750 ap. JC. pour provoquer l’effondrement de la cité de Téotihuacan ? Selon ces descriptions cela parait presque impossible. Mais il est certain que le tableau que je viens de dresser ne nous montre qu’une partie de la réalité.
    Rappelons que Téotihuacan, ce centre culturel majeur précolombien, avait dominé l’histoire de la Mésoamérique pendant près de quatre siècles, jusqu’à peser politiquement sur les plus grandes cités Mayas de cette époque et d’entretenir des échanges commerciaux des côtes du Pacifique à celles du Golfe en allant au sud jusqu’au Honduras.
    Soulignons aussi que les Toltèques vont devenir pour les civilisations postérieures et surtout pour les Aztèques, le peuple fondateur, source essentielle de la civilisation.

    Pour ceux d’entre vous qui lisent l’anglais, j’ose conseiller ce lien sur TEOTIHUACAN

    http://archaeology.la.asu.edu/teo/


    Si nous désirons espérer comprendre comment se produisit dans ces grandes lignes l’arrivée des Toltèques sur les hauts plateaux mexicains et leurs premiers contacts avec (au choix), la puissante et raffinée cité de Téotihuacan, ou les vestiges glorieux de ce qu’elle fût encore peu de temps avant leur arrivée, on peut tenter de voir quel fût l’histoire des Aztèques qui 600 ans après eux, vont se retrouver dans une situation étrangement similaire, tant sur les circonstances générales que dans la localisation régionale des évènements. On voit bien les limites de la démarche, mais nous allons rester extrêmement prudent et ne voir dans cette approche qu’un complément aux connaissances archéologiques.
    Dans son livre « L’origine des Aztèques », Christian Duverger compile et analyse admirablement une très grande variété de documents qui nous permettent d’explorer différentes théories des exodes et des migrations, tant Aztèques que Toltèques.
    Cet ouvrage est pour moi une référence capitale puisque mon exposé intègre une part importante du sujet dont il traite. Et, d’une certaine façon, quand bien même C. Duverger ne se serait jamais risqué à une telle comparaison, c’est de lui que m’est venu l’idée de faire le parallèle entre deux ethnies qui vivent la transformations brutales de tribus nomades en peuples civilisés, aux cultures dominatrices.


    EXTRAIT TIRE DE WIKIPEDIA :

    Les origines des Mexicas (Aztèques) et la fondation de Tenochtitlán
    En moins de 200 ans, un humble peuple nomade chassé par plus puissant que lui, devint le maître de la vallée de Mexico et de ses environs. Ils attribuaient leur succès à Huitzilopochtli et adoraient conter la glorieuse épopée de leur longue errance dans le désert. L'"empire" qu'ils bâtirent rapidement et la soumission des nations occupant ce territoire trouvait leur légitimité dans le fait que les Tenochcas (autre nom pour désigner les Aztèques) étaient d'après eux-mêmes le peuple élu du soleil pour diriger le "monde".
    De nombreuses tribus (notamment les Toltèques), qui peuplèrent (avant eux) les plateaux du centre avaient une même origine, le Chicomoztoc ☜ ("lieu des sept cavernes" en nahuatl) d'où elles seraient parties les unes après les autres. Les Aztèques seraient également venus de cette caverne mais ils auraient au préalable quitté Aztlán, cité mystérieuse construite sur une île qui a donné son nom à ce peuple, probablement situé à ce qui correspond au Nord-Ouest du Mexique actuel. Leur départ semble se faire en l'an 1-couteau de silex (1116). Guidés par Huitzilopochtli, ils erreront pendant plusieurs générations avant de se fixer sur les rives du lac Texcoco, à Chapultepec. Établis à Chapultepec, les Aztèques tombèrent sous la domination des Colhuacas. Ils ne tardèrent pas à se révolter et sauvèrent leur vie en se réfugiant dans les zones marécageuses du lac. Selon la légende, en un endroit désigné par Huitzilopochtli, un rocher portant un cactus où se tenait perché un aigle mangeant un serpent, ils fondèrent leur capitale Tenochtitlán, l'année 2-maison (1325).

    ☞ Chicomoztoc
    Ethymologie : Chicome= sept ; Oztotl=grotte.
    On peut le traduire par : Lieu des sept grottes

    Les questions qui se rattachent à Chicomoztoc sont infinies.
    Depuis la conquista, innombrables ont été ceux qui se sont interrogés sur l’origine, la situation et la réalité même de ce lieu qui revient inlassablement dans l’histoire des peuples du chien (Chichiméques).
    Beaucoup de chercheurs pensent encore de nos jours que cet endroit est un mythe forgé par les anciens mexicains, avant la venue des espagnols. Je suis personnellement très enclin à partager cet avis. Réalité ou légende, il n’en reste pas moins que Chicomoztoc est pour un ensemble de cultures du nord de la Mésoamérique, mais selon des modalités fort diverses, le lieu partagé d’une origine commune. Pour moi symbolisation de leurs ancien milieu (déserts de l’arido-amérique) et mode de vie traditionnel (nomadisme et haltes dans l’abri naturel de cavernes)...

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  10. #7
    tezcatlipoca

    Re : [Archéo Amériques] Toltecayotl

    Bonjour,

    ... L’importance des hordes chichimèques, la façon dont elles migrent dans ces régions et dont elles assimilent le haut niveau culturel des civilisations qu’elles rencontrent, doit à mon sens posséder quelques principes communs.

    J’en arrive donc à mon "morceau de bravoure", puisque je vous propose ma vision personnelle de ce qu’a pu être la genèse de la civilisation Toltèque à partir du long préambule que je viens de faire sur la parenté Aztèque –Toltèque et les facteurs convergeant dans leurs histoires respectives.

    Je ne propose là qu’un scénario possible. Ceci n’a donc pas la validité d’un rigoureux travail scientifique.
    Pourtant, j’ose espérer que les quelques pièces en nôtre possession du puzzle globale que j’essaie de reconstituer, donnent une certaine vraisemblance à ma libre interprétation d’une réalité qui ne nous sera sans doute jamais vraiment accessible.

    Au milieu du huitième siècle les Toltèques investissent massivement les hauts plateaux mexicains, dans la région de Téotihuacan. Très probablement sous la pression d’un conflit cette afflux de population concernerait quelques centaines de milliers d’individus. Cette arrivée s’étalerait en fait sur plusieurs dizaines d’années et par petits groupes familiaux ou par tribus clairsemées, ce flux lent mais ininterrompu viendrait provoquer un important déséquilibre, notamment dans les ressources alimentaires disponibles pour les agriculteurs autochtones et les populations urbaines de cette zone. Quelques générations avant ce bouleversement, Téotihuacan avait connu des troubles importants, et la grande cité ne possédait plus les forces suffisantes pour refouler les barbares.
    J’imagine des alliances entre les cités et certaines chefferies. Pas de grand traité entre la métropole et un chef des barbares, mais des accords multiples se fondant sur un droit d’occupation localisé pour les barbares contre des allégeances aux élites locales. Assez rapidement, les chasseurs cueilleurs se transforment en agriculteurs et du seul fait de la pression démographique qu’ils représentent, des mariages sont conclus pour sceller les alliances et assurer une pérennité aux avantages que les uns et les autres tirent de cet équilibre précaire.
    Leur soumission dans un premier temps aux pouvoirs civilisés des grandes cités peut en avoir fait des mercenaires occasionnels dans les querelles intestines. Mais rapidement le vassalité se transforme en symbiose qui elle-même conduit les Toltèques à investir pleinement ce nouvel environnement.

    Le syncrétisme religieux est un principe constant dans les rapports interculturels en Méso-amérique.
    Que ce soit dans les guerres ou dans le cadre de relations pacifiques (politiques, économiques), les peuples précolombiens ont toujours additionné, agrégé, apparié leurs divinités pour enrichir leurs panthéons et complexifier à l’infini leurs mythologies. Les principes de leurs cosmogonies demeurent constants mais la diversité des figures divines, de leurs apparences et attributions, était le fruit de cette accumulation religieuse dans le temps et dans l’espace, héritages des prédécesseurs ou résultats d’unions volontaires ou subies.
    Il me parait probable que les Toltèques, lorsqu’ils arrivèrent aux portes de Téotihuacan, ne possédaient la religion qu’à travers quelques fondements basiques. On peut penser aux chamanismes et d’un rapport étroit avec les forces naturels.
    Par contre Téotihuacan et toutes les cités périphériques s’étaient construites sur une religion complexe, une représentation cosmique des forces de l’univers, un pouvoir théocratique absolu.
    Il ne fait guère de doute que les Chichiméques furent complètement fascinés par les réalisations de la civilisation de Téotihuacan. L’écrasante architecture du centre cérémoniel, bien sur, quand bien même la cité n’avait plus les atours de son glorieux passé.
    Il n’est besoin pour se rendre compte de l’effet sur un peuple du paléolithique que de vous rendre vous-même sur le site archéologique en ce début de XXI siècle. Vous constaterez, homme ou femme moderne, blasé un peu par nôtre sciences et nos techniques, de l’impression extraordinaire que peut laisser une telle visite, mille cinq cents ans après son apogée.

    L’agriculture dû être aussi une rencontre capitale pour les nomades et bien que moins brutale, ce fût certainement un motif profond de la mutation rapide de ce peuple vers sa nouvelle identité.
    Les Toltèques, malgré leur immersion dans ce milieu évolué, conservaient pleinement l’énergie sauvage de leurs pères. Cette force sauvage se mariant à l’organisation et aux techniques de la haute civilisation va propulser ce peuple dans une trajectoire guerrière, les conduisant à conquérir un large espace et à dominer leur époque pendant trois siècles...

  11. #8
    amod

    Re : [Archéo Amériques] Toltecayotl

    Bonjour,

    étant passionné par l'archéologie mésoamaéricaine, je vous propose d'illustrer la mythique montagne D'aztlan à l'aide d'une de mes peintures.
    C'est une vision de la montagne au milieu des marécages et des roseaux, sur la montagne on aperçoit les 7 cavernes d'où seraient sorties les tribus.

    Ca se passe ici : http://www.amaury-dubois.com/peinture-chatoyante/20-peinture-huile-aztlan.html

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