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La douleur, source de l'Intelligence ?



  1. #1
    _Goel_

    Question La douleur, source de l'Intelligence ?


    ------

    Bonjour,

    Je pense (raisonnement personnel non scientifique et sans fondement) que l'intelligence humaine est une réponse biologique à la douleur/souffrance (voire au stress) :
    - j'ai faim, je souffre, je me débrouille pour manger, je fais fonctionner mon intelligence (marche chez tous les animaux, voire chez les végétaux) pour trouver de la nourriture, manger et donc faire diminuer ma souffrance.
    - je fais un travail pénible et répétitif pour pas grand chose : chaque avancée technique (fabriquer un outil) me fait gagner sur ma souffrance (=> moins d'effort à fournir pour plus de résultat)
    - d'autres exemples de la sorte peuvent être trouvés.

    Des études sur l'IA ont-elles été faites en prenant en compte le facteur souffrance comme un moteur potentiel du développement de l'intelligence ?
    si oui, quels en sont les résultats ?
    si non, pourquoi ne fait-on pas d'études/recherches dans ce domaine ?

    Cordialement,

    Goel.

    -----
    Le succès c'est d'être capable d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme

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  3. #2
    Jean-Arcady Meyer

    Re : La douleur, source de l'Intelligence ?

    Votre position n'est pas très éloignée de celle des tenants de l'"approche animat". Plutôt que de parler d'intelligence - un concept que personne ne sait définir - ils préfèrent parler d'adaption, une capacité qui se définit par référence aux notions de "variables essentielles" et de "zône de viabilité" que Ross Ashby avait utilisées dans les années 1950.

    Avec Agnès Guillot, nous avons précisé tout cela dans un article que vous pouvez télécharger (http://animatlab.lip6.fr/papers/Guil...Article_IC.zip).

    Vous y verrez que, en gros, on peut penser que le moteur de l'adaptation (et, donc, de l'intelligence -- je suis en effet convaincu que, lorsque je saurai ce que c'est, je m'apercevrai que c'est très proche de la capacité à s'adapter...) c'est, davantage que la douleur/souffrance, une sorte d'"inconfort": plus l'une de mes variables essentielles se rapproche de la frontière de ma zône de viabilité, plus je me sens obligé de réagir de façon à m'éloigner de cette frontière. C'est cela que nous appelons l'adaptation.

    Alors, vu sous cet angle un peu plus général que le vôtre, il est clair que de très nombreux travaux d'IA exploitent ce point de vue. Vous auriez un aperçu de ces travaux et de leurs résultats dans l'article en question.

  4. #3
    _Goel_

    Re : La douleur, source de l'Intelligence ?

    Merci beaucoup !!!

    J'ai converti le fichier en PDF... pour me rendre compte que je le lirai demain !!!

    PS : cela vous pose-t-il un problème que je fasse héberger sur FS une version pdf de ce document, à titre consultatif ?
    Fichiers attachés Fichiers attachés
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  5. #4
    Jean-Arcady Meyer

    Re : La douleur, source de l'Intelligence ?

    Non, pas de problème.

  6. A voir en vidéo sur Futura
  7. #5
    _Goel_

    Re : La douleur, source de l'Intelligence ?

    Après avoir lu ce document, je serais de faire une analogie entre la douleur et le système de récompense (cf. document). Ai-je raison ?

    J'ai aussi une vision personnelle du fonctionnement du cerveau à lire au contitionnel (j'ai mis le présent pour faciliter la lecture) :

    Je pense que le cerveau humain à des rôles précis et limités en nombre :
    1. assurer les fonctionnement de base. Ici on est dans un domaine hautement critique, pas de place à l'intelligence, ni à la réflexion. On est très proche de la machine de turing (chaque instruction entraine une réponse claire et définie)
    2. Apprendre la douleur :
    ....- Retenir les contexte/scénarios/objets qui font souffrir, avec l'importance de la souffrance occasionnée
    ....- Faire en préalabe à chaque mouvement, une analyse comparative du contexte actuel (défini par l'état des capteur, de position, d'énergie etc...) et les contextes/scénarios/objet qui ont fait souffrir. Si ce mouvement fait souffrir plus que de ne pas le faire : ne pas faire ce mouvement !
    3. Régulièrement, faire un inventaire de toutes les actions, de tous les contextes, et de tous les objets de la journée.
    ....-Trouver des liens entre tous ces éléments similitudes/différences/sans rapport. Mettre sur chaque lien une information pour savoir s'il fait plus ou mois baisser (ou augmenter) la douleur. Oui, si on fait un dénombrement, cette tâche semble impossible sans une bonne optimisation. Elle n'en reste pas moins importante, car c'est cette mémoire associative qui va permettre de rattacher un contexte/scénario/objet actuel à une expérience passée et ainsi avaoir une réponse la plus adaptée possible.
    ....-Diminuer le poids des liens et des éléments dont on ne s'est pas servi récemment pour faire de comparaison

    Ce système (le cerveau) aurait du mal à fonctionner ex-nihilo, aussi, il faut des "instincts primaires" qui sont une sorte d'initialisation du cerveau et un garde-fou si on se trouve face à un problème insoluble ou nouveau (ex : ne pas s'alimenter fait souffrir ; être déplacé involontairement - a fortiori lors d'un choc, fait souffrir ; avoir une intrusion dans son organisme fait souffrir)
    Ces trois actions du cerveau me semblent dans un premier temps expliquer l'intégralité de son fonctionnement (au moins grossièrement). D'un point de vue technologique, chaque action en est à un niveau de développement différent :
    - La première action est technologiquement faisable et couramment utilisée dans notre vie actuelle (machine de turing)
    - La seconde action est utilisée de manière dégradée, par une analyse non pas en parrallèle, mais via une machine de turring : c'est très lent, limité & énergivore. Cependant cela marche sur des cas simples (cf. expériences sur l'IA)
    - La troisième action est très simple sur le papier mais impossible à concrétiser sans un système utilisant un fonctionnement massivement et réellement parrallèle (très loin du calcul parallèle de nos ordinateurs qui ressemble le plus souvent à un découpage d'un traitement linéaire sur plusieurs processeurs). Cette troisième action correspond au rêve et à l'apprentissage. C'est un processus extrêmement important qui monopolise le cerveau sur 1/3 de sont temps et qui peut conduire à la mort de l'individu en quelques heures s'il est interrompu ! (de là à dire que si le cerveau ne fait pas régulièrement un tri, le désordre progresse jusqu'à paralyser le fonctionnement de ce dernier...)

    Questions : Quelles sont les lacunes de mon raisonnement ? (outre les suppositions qu'il contient)
    L'intelligence n'est-elle pas conditionnée au calcul réellement et massivement parallèle ?
    Le succès c'est d'être capable d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme

  8. #6
    A. Guillot

    Re : La douleur, source de l'Intelligence ?

    L'effort que vous avez fait pour exposer votre vision personnelle du fonctionnement du cerveau mérite respect...! Puis-je vous inviter à consulter un article récent qui me paraît proche de vos réflexions: Prescott, T.J., Redgrave, P. and Gurney, K. Layered Control Architectures in Robots and Vertebrates. Adaptive Behavior. 7 (1): 99-127. 1999 ? Il est centré sur les réactions de défense chez le rat, un autre point de vue ayant quelque rapport avec le rôle que vous assignez à la douleur.

    Cependant deux questions subsidiaires:
    -Dans votre paradigme, quelle est votre définition précise de l'"intelligence"?
    -La place que vous donnez à la souffrance ne pourrait-elle pas tout aussi bien être celle de la production et économie de l'énergie cellulaire, inscrites à tous les niveaux d'organisation du vivant?

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  10. #7
    _Goel_

    Re : La douleur, source de l'Intelligence ?

    Citation Envoyé par A. Guillot Voir le message
    L'effort que vous avez fait pour exposer votre vision personnelle du fonctionnement du cerveau mérite respect...! Puis-je vous inviter à consulter un article récent qui me paraît proche de vos réflexions: Prescott, T.J., Redgrave, P. and Gurney, K. Layered Control Architectures in Robots and Vertebrates. Adaptive Behavior. 7 (1): 99-127. 1999 ? Il est centré sur les réactions de défense chez le rat, un autre point de vue ayant quelque rapport avec le rôle que vous assignez à la douleur.
    Merci beaucoup !
    (Finalement peut-être que mon raisonnement n'est pas si abérant que je l'aurais immaginé )
    -Dans votre paradigme, quelle est votre définition précise de l'"intelligence"?
    A priori (j'ai posé mon raisonnement... sans chercher à inclure l'intelligence), l'intelligence serait une partie de "la réponse la plus adaptée à une situation (contexte/scénario/objet)" :
    - soit on se retrouve face à un scénario identique à un scénario mémorisé => réponse "machinale"
    - soit on se retrouve dans un scénario non prévu faisant appel à des notions enregistrées, liées entre elles... le tout aboutissant à une réponse plus ou moins adaptée... intelligente.

    Rapidement sans trop réfléchir, je définirais l'intelligence comme l'opposé du machinal...

    -La place que vous donnez à la souffrance ne pourrait-elle pas tout aussi bien être celle de la production et économie de l'énergie cellulaire, inscrites à tous les niveaux d'organisation du vivant?
    En fait, pour ne rien cacher, j'ai énormément de mal à me matérialiser la souffrance (voire la conscience)... Notamment avec le cas des personnes ne ressentant pas la douleur (très problématique pour évaluer un danger...), mais qui restent pas moins intelligentes !

    En effet, peut-être est-il plus sage de se baser sur la notion d'"économie de l'énergie". Cependant, j'ai l'impression que la douleur (et son opposé, le plaisir) sont de très forts éléments de motivation. et cette motivation pourrait aider/favoriser l'émergence de l'intelligence.
    Le succès c'est d'être capable d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme

  11. #8
    A. Guillot

    Re : La douleur, source de l'Intelligence ?

    Pas si facile que ça, n'est-ce pas, de définir l'intelligence (ou plutôt les intelligences,cf. Howard Gardner, Les Intelligences multiples, Retz, 2004)... !!

    Des comportements qui seraient opposés au machinal - ce que nous définissons comme cognitif opposé à réactif, déclaratif opposé à procédural , savoir quoi faire opposé à savoir comment faire -, beaucoup d'espèces animales autres que nous en font preuve, mais je suppose que vous ne visez pas spécialement l'humain dans votre définition.

    Quant à une hypothèse plus spécifique de l'émergence de l'intelligence abstraite et technique chez l'homme, j'avais déjà évoqué en 2006, dans le forum Fête de la Science de ce site, celle - très intéressante- des chercheurs écossais Whiten et Byrne, s'intitulant "l'intelligence machiavélique" (http://www.kli.ac.at/theorylab/AuthPage/B/ByrneRW.html).
    Elle suppose que l'intelligence humaine est le résultat d'une "exaptation", c'est-à-dire qu'elle a acquis une fonction qui n'était pas celle pour laquelle elle a évolué au départ.
    Cette capacité aurait commencé à émerger chez des ancêtres communs aux primates d'aujourd'hui. Les primates vivent en effet dans un groupe où les conflits potentiels peuvent être permanents, car les femelles sont en oestrus quasi constant, engendrant des compétitions incessantes entre mâles (je vois d'ici vos rapprochements avec plaisir et douleur... mais ma proposition d'économie d'énergie n'est pas loin non plus!).

    Ils auraient alors développé une "intelligence sociale" qui leur permettait d'apaiser leurs congénères tout en profitant au maximum de la situation (d'où l'adjectif machiavélique), comme la capacité de comprendre les conséquences de leurs propres comportements pour mieux prévoir ce que les autres feraient dans les mêmes conditions, ou la capacité d'exprimer mais de contrôler aussi leurs émotions (ne pas pousser des cris de joie quand une nourriture se trouve proche mais pourrait être prise par un congénère).

    Cela a pu conduire au développement de notre conscience de soi (self-concept) et de nos capacités d'abstraction dont nous nous sommes servis (par quelle pression de sélection?) pour bâtir notre intelligence technique et intellectuelle, celle qui est très intensément testée avec les QI, bien plus que l'intelligence sociale.

    D'autres chercheurs en psychologie dite évolutionniste (assez décriée par les psychologues "classiques"; ouvrage en français: Workman et Reader: Psychologie évolutionniste, ed. de Boeck, 2007), tentent de prouver d'ailleurs que tout ce que nous développons comme prouesses intellectuelles serait encore fondé sur une intelligence sociale, étant donné la jeunesse de notre espèce et sous-espèce Homo sapiens sapiens, naissance estimée à seulement 120 000 ans environ.


    Pour en revenir aux systèmes artificiels, on pourrait alors en conclure que vouloir faire émerger (ou comprendre) une intelligence de type humain chez un système isolé relèverait de la pure utopie!! C'est une réflexion que, pour ma part, j'adopte totalement...


    Par ailleurs, est-ce qu'une intelligence de ce type garantit la survie de l'espèce, c'est-à-dire la robustesse du système dans des environnements en perpétuel changement?

    Il est dit que l'homme est l'espèce "la plus adaptative" car elle est restée "interfécondable" tout en ayant envahi tous les milieux. Nous serons effectivement bientôt 8 milliards d'individus sur notre planète, mais aussi quasiment les seuls représentants des Primates non en voie d'extinction.... On estime que les invertébrés et bactéries, algues, champignons, protozoaires, etc. comptent pour environ 95% de la biodiversité mondiale; les plantes vasculaires et les vertébrés (dont nous sommes) les 5% restants. D'ailleurs, d'après Stephen Jay Gould (http://www.hominides.com/html/biogra...jay_gould.html), ce sont les bactéries qui seraient les grandes gagnantes de l'évolution!


    Pour conclure et résumer toutes mes digressions, je dirai que si l'on veut chercher à comprendre l'intelligence humaine à l'aide d'un système artificiel, alors penchons-nous sur la façon dont elle a pu émerger spécifiquement au cours de l'évolution. Si l'on veut chercher à tout prix à implanter une intelligence humaine dans un système artificiel, alors demandons-nous d'abord si elle est bien adaptée aux objectifs poursuivis...?

  12. #9
    _Goel_

    Re : La douleur, source de l'Intelligence ?

    Oui...et non !

    Je suis très intéressé par ce concept de "cause sociale favorisant l'émergence de l'intelligence". Même si je resterais moins catégorique en disant que l'intelligence vient sans doute d'un ensemble de facteurs dont pourquoi pas une mutation génétique favorable (entre autres) et (je m'y tiens toujours) à la douleur/plaisir.

    Ensuite, je suis d'avis que l'intelligence n'est pas dûe au facteur social (elle n'a sûrement qu'été sélectionné par l'évolution sous la pression sociale). Cela voudrait dire qu'il y a intrinsèquement dans notre cerveau, qqch qui fait que nous sommes intelligents (cf. mon précédent mail).

    Et au fur et à mesure de mes réflexions, je trouve dans le calcul réellement et massivement parallèle ainsi que dans la douleur, se cachent peut-être les sources de l'intelligence... J'ai cependant un doute sur la douleur est-elle source ou cause de l'intelligence ? (voire, est-elle liée à l'intelligence ?)

    PS : merci beaucoup pour les documents cités !
    Le succès c'est d'être capable d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme

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