Bonjour à la communauté,
Je poste ici les résultats de mes recherches dans le domaine des semelles cuvettes de remplacement, parce qu'ayant ce projet, je n'ai trouvé sur internet quasiment aucune référence à ce type de pratiques ni sur youtube ni ailleurs. Pour la cordonnerie 'classique' youtube regorge de très bons conseils et démonstrations de savoir faire, qui m'ont beaucoup aidé dans la connaissance générale des pratiques, produits, matériels, et vocabulaire. je référencerai à la fin de l'article les sources qui m'ont été les plus utiles.
J'ai décidé de poster ici, car je ne suis pas doué et n'ai pas le temps pour faire un tuto vidéo avec l'infrastructure, la mise en scène et le narcissismeque cela suppose, mais il me semble intéressant de partager le résultats à la fois pour aider d'autres, mais aussi pour recevoir la critique constructive de membres de cette communauté que je sais curieux et savants en tous domaines.
*Les photos et références arrivent dans un deuxième temps*
Le contexte:
Étant randonneur et promeneur à toute heure, j'ai adopté depuis une dizaine d'années un modèle de chaussures en cuir de modèle Cheviot, qui me vont comme des pantoufles, celles-ci sont munies de semelles cuvelles.
Etant par ailleurs un peu psycho rigide, je ne porte que ces chaussures et en achète une nouvelle paire identique tous les ans, quand leurs semelles sont lisses, j'ai donc une petite dizaine de paires usées, mais dont le chausson en cuir est souvent en bon état, et les jeter me semble une aberration, depuis plus d'un an je cherche donc soit un cordonnier soit une méthode pour renouveler ces semelles.
Vu que les cordonniers que j'ai interrogés m'ont envoyé gentiment promener, le projet, ici, sera de poser des semelles cuvettes trouvées sur un site de vente en ligne, sur trois de ces paires anciennes.
Les étapes:
- Démontage
C'est la partie la plus dure physiquement, il faut s'armer d'une bonne tenaille de couteaux, de patience et de délicatesse pour n'abîmer ni le cuir ni les coutures des chaussons, il m'a fallu, avec entraînement plusieurs heures de travail par chausson, j'ai essayé la chaleur sans trop de succès, le mieux est d'arriver à enlever le gros du volume sans risquer d'abîmer le chausson puis d'arriver à glisser un couteau de peintre entre la première de propreté et le cambrion en faisant levier pour les séparer. la finition se fait petit à petit avec la tenaille.
Le cuir se ponce bien, il est utile de le laisser brut, voire un peu granuleux/poncé, pour améliorer la tenue des colles, on lissera et graissera le cuir en toute fin de travail.- Cambrion
Pour le modèle de chaussures dont il est question ici, le cambrion d'origine n'est pas une 'tige plate' classique de bois de cuir ou de fer, mais un support en nylon qui couvre toute la première de propreté et est noyé dans la mousse synthétique (EVA) qui constitue la semelle.
Mon choix a été de ne pas utiliser le cambrion d'origine mais d'en recréer un 'à l'ancienne' en bois de chêne.
Pour ce type de projet, il est utile de s'équiper d'une ponceuse à bande, pour le cambrion, celle-ci est utile pour poncer doucement les deux extrémités de la pièce de bois afin qu'elle épouse au mieux la forme de la voûte plantaire du chausson.
Ensuite les cambrions sont posés à la colle de contact, en encollant les deux parties, et en les posant avec une forte pression après un bon quart d'heure (la colle doit sembler sèche au toucher, et peut être légèrement chauffée au décapeur thermique avant la pose).- Remplissage
Quand les cambrions ont bien séché, il faut remplir l'espace entre la bord de cuir du chausson et le cambrion. J'ai décidé de faire les remplissages en liège, le produit s'appelle 'Cork Filler', cela se tartine dans l'espace voulu en appliquant une bonne pression pour obtenir une surface régulière et homogène à fleur du cambrion. Une fois ce produit sec, il est égalisé très précautionneusement à la ponceuse à bande.- Garnisssage
Ensuite un second remplissage fait avec une feuille de liège de grain moyen de 4mm d'épaisseur, découpé sur mesure et présenté dans la future semelle, est collé sur la surface du premier remplissage.
Dans le même temps on peut marquer sur le chausson la trace de la cuvette, qui servira plus tard à ne pas trop dépasser avec la colle sur le chausson lors du collage de la semelle.
Un peu de Cork filler a ici été posé en finition entre la feuille de liège et le chausson dans les zones qui resteront manifestement creuses entre le chausson et la cuvette.- Semelle
La pose de la semelle est finalement assez simple, toujours à la colle de contact, le plus dur étant de viser précisément pour ne devoir ajuster qu'une fois (si on doit décoller, c'est foutu, le liège va se désagréger, il faut presque tout recommencer). Ensuite, après quelques coups de marteau sur toute la surface basse et latérale, il faudra appliquer une forte pression pendant un bon laps de temps, les cordonniers utilisent une presse, moi des serre-joints de maçonnerie.- Finition
Si tout s'est bien déroulé, il ne reste plus qu'à nettoyer les éventuelles bavures de colle, poncer légèrement les zones de cuir irrégulières ou souillées, cirer/graisser le chausson et passer à l'essayage (il faut attendre au moins 24h après collage de la semelle avant tout effort).- Addendum
Afin de manipuler les chaussons, de pouvoir leur infliger de pressions, coups de marteaux et les garder en forme pendant le travail, je me suis créé des moulages de l'intérieur d'une paire de ces chaussures, en époxy à forte fluidité.
La méthode a été de créer un 'coffrage' à l'aide d'un sac plastique très fin et étanche épousant au mieux l'intérieur de la chaussure et de verser dedans le mélange époxy qui prendra entre 1 et 4h pour effectuer sa prise.
Attention la prise provoque un dégagement de chaleur qui, bien que non excessif dans mon cas, pourrait engendrer des brûlures en cas de contact avec le produit en cous de prise (la température maximale observée a été de l'ordre de 80°C). Il est donc essentiel de faire cela dans un endroit dégagé, aéré, avec une surveillance.
Le résultat n'a pas été 100% parfait, le fond de orteils n'a pas été atteint partout sans doute à cause des sacs un peu trop petits, mais à l'usage, en ajoutant un peu de sable dans le chausson avant d'enfoncer le moulage, l'utilisation a été parfaite.
Voilà, j'espère que cette expérience pourra être utile à d'aucuns qui comme moi enragent de se séparer de souliers à peine abîmés mais rendus obsolètes par l'usure de leurs semelles soudées.
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tmaes
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que cela suppose, mais il me semble intéressant de partager le résultats à la fois pour aider d'autres, mais aussi pour recevoir la critique constructive de membres de cette communauté que je sais curieux et savants en tous domaines.