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Envoyé par Matmat Bonjour ,
J'ai relu récemment un ancien "Les génie de la sciences" ( un HS de "Pour la science" ) de novembre 2000 ( consacré à Poincaré ) , voici ce qui me surprend :
"Poincaré a été accusé de nominalisme : selon cette doctrine moyenageuse un ensemble , c'est à dire une collection d'objets , n'a pas d'existence autre que nominale et ne peut donc pas etre élément de lui-meme . Pour les nominalistes , les paradoxes de la théorie des ensembles n'existent pas . poincaré ajoute sarcastiquement qu'ils n'ont pas d'interet "
je ne comprend pas le "lien" entre le nominalisme et l'absence de paradoxe !
je ne comprend pas non plus ce que Poincaré veut dire quand il dit qu'il n'on pas d'interet . |
Salut,
dans les paradoxes de la théorie des ensembles, il y a par exemple la question de savoir si l'ensemble de tous les ensembles est un ensemble.
Poincaré avait une position plus ou moins intuitionniste qui considérait que les structures mathématiques avaient pour origine un réel extérieur au système mathématique lui-même.
Sa position s'opposait à une position plus "pythagoricienne" considérant que les objets mathématiques avaient une réalité en soi, qu'ils n'avaient pas à être reliés à une réalité externe. Cette idée est à la base des recherches de formalisation de logiques complètes qu'on retrouve avec Hilbert, Russel, Whitehead etc.
Pour Poincaré, les paradoxes de la théorie des ensembles sont purement formel, dûs à des cercles vicieux dans les définitions. Les êtres mathématiques qui y sont définis ne sont pas vraiment réels et les paradoxes montrent simplement les faiblesses des définitions dans les systèmes formels.
Par exemple, si on dit que "l'ensemble de toutes les forêts est une forêt", il ne peut pas y avoir de problème parce qu'on définit un être logique "ensemble de toutes les forêts", différent de la forêt, être réel.
Par contre, dans le cas de l'ensemble de tous les ensembles, on définit une chose "l'ensemble de tous les ensembles" qui devrait faire partie de lui-même, qui devrait faire partie de ce qui le définit. Le fait que l'ensemble et l'ensemble de tous les ensembles soit au même niveau fait que des paradoxes sont possibles.
Pour ce qui est du nominalisme, ça correspond à ce qu'on a appelé la "querelle des universaux" qui opposait des penseurs au 14e siècle sur la question de savoir si les genres, espèces, etc. avait une réalité en soi ou bien n'était que des "illusions" logiques.
D'un côté il y avait les "réalistes" qui reprenant les conceptions de Platon considéraient que ces êtres universels étaient tout à fait réel. De l'autre, les nominalistes (dont Guillaume d'Occam) considéraient que ces êtres n'étaient pas pleinement réel et que seuls existaient des êtres singuliers.
Ce débat du Moyen-âge s'est donc plus ou moins rejoué au début du XXe siècle au niveau des mathématiques et continue par exemple sur le fil
"Mathématiques et réalité".
Contrairement aux apparences, il n'est pas si simple de considérer que les mathématiques sont un simple langage différent du réel car cela pose la question de savoir comment nous fonctionnons si nous pouvons comprendre sans pour autant pouvoir dire ce que nous comprenons. Les mathématiques se veulent le meilleur langage de compréhension et si leur système est dépassé, il faut une métamathématique, un autre langage rationnel ou abandonner l'idée d'une rationalisation possible du monde.